(Cliquer sur le régiment correspondant ou voir ci-dessous les derniers soldats entrés dans la Mémoire)

(Jean Cathebras au 342e RI)

Pages complètes des nouveaux soldats en ligne ci-dessous.

Un immense merci aux familles grâce auxquelles Massiges retrouve sa Mémoire ; à Annie Mandrin, Robert Beaufrère et à son petit-fils Adrian, sans lesquels beaucoup de ces recherches n'auraient pu aboutir !

NOVEMBRE 2018 : NEW ! Charles GAVACH 4e RIC

Joseph ROUZIERE 103e RI ; Auguste AUDEON 8e RIC ; Sauveur GIRAUD 4e RIC ; Clément BLAISE 101e RI ; François JEAN 4e RIC (page réactualisée) ; Jean Henri DARTIGUE-PEYROU 3e RIC ; André BOSC 4e RIC ; Georges TAUPIN 115e RI (Carnet de guerre)

 

 

DISPARU MPLF à VIRGINY le 06/11/1914

Charles François GAVACH, 32 ans

Maraussan, HERAULT

4e RIC, 2e Bataillon, 7e Cie

Né le 30/09/1882, fils de Charles et de Marie Cougnenc ; Classe 1902, matricule n°600 au recrutement de Béziers.

Profession : Propriétaire viticulteur

1,70m, cheveux blonds, yeux bleus

Charles épouse Rose Barthes à Cazouls le 09/06/1908 : Simone naît en 1912.

Soldat de 1ère classe au 17e RI le 12/08/1904

Rappelé à la Mobilisation générale le 02/08/1914 au 4e RIC

 

Extraits des nombreuses lettres adressées à sa femme :

Toulon le 12 août 1914

Chère Rose, me voici enfin rendu à Toulon depuis ce matin 7 heure. Le coup d’œil est magnifique dans le port, garni de bâtiments de guerre et de commerce. Je suis logé dans une école à proximité du port, d’autres sont logés au Mourillon ou dans de grands vaisseaux déclassés et amarrés à bord. Le début dans la coloniale s’annonce bien. Je me suis présenté au cantonnement à 8h et à 9h j’en ressortais pour aller diner en ville. J’ai jusqu’à 2h pour rentrer. Il parait que l’on n’est pas pressé pour nous habiller, preuve que l’on n’a pas grand besoin de nous.

Toulon le 14 août 1914

Nous sommes réunis en compagnie des Cazoulins, Blanc, Gibaudan, Coste, Donnadieu et Alfred Guiraud : de notre côté, du côté des Maraussain nous sommes trois, Balamon, Blanc et moi. Nous sortons et mangeons ensemble de ce côté tout va bien.

Je couche en ville en compagnie de Norbert Coste, nous couchons dans le même lit. C’est le seul moyen d’être tranquilles car à l’école on est la Compagnie et la place manque. Embrasse Simone bien fort.

(...) mon plus grand désir est qu’à Maraussan vous ne soyez pas inquiets sur mon sort. Je ne sais pas ce que réserve l’avenir mais le présent va bien.

Toulon le 21 août 1914

Balamon te remettra une lettre d’hier en même temps que celle-ci. Ce matin je lui ai donné mon ballot d’effets civils : veste pantalon et casquette. De cette façon je suis sûr que vous le recevrez.

Depuis mon arrivée à Toulon je n’ai rien fait, pas même une seconde d’exercice. Etant logé dans une école (plutôt entassés que logés) j’étais libre toute la journée. Il n’y a pas d’appel, c’est chose impossible car nous sommes trop nombreux.

Les premiers jours j’ai couché en ville avec Norbert Coste ce n’est que depuis trois ou quatre nuits que je couche à l’école sur un matelas.

Afin de dégager les réserves hier on a pris la décision de renvoyer les deux classes 1900 et 1901 chez eux où elles attendront une nouvelle convocation. Le restant (dont je suis) a été habillé et équipé. Il parait que nous devons partir. Toujours pour faire de la place, en prévision de l’appel possible de la classe de 20 ans.

Où irons-nous ? Personne n’en sait rien. Les bruits les plus contradictoires circulent mais personne n’est renseigné pas même les Officiers. Il en est même qui disent que quoique prêts nous ne partirons pas de longtemps. (...)

Du train dont vont les choses je ne crois pas que la guerre dure longtemps. La première grande bataille décidera de tout. Elle est du reste engagée depuis quelques jours et les rares nouvelles qui parviennent sont favorables.

Nous sommes de la plus ancienne classe maintenant, par conséquent en supposant que nous partions d’ici, nous n’irons jamais en première ligne. L’essentiel pour moi, sera donc de n’être pas malade.

De ce côté je me sens assez robuste pour résister à bien des choses. J’ai encore suffisamment d’argent. Quand les fonds seront en baisse (...) je vous enverrai un télégramme.(...) De votre côté vous m’enverrez de l’argent par mandat télégraphique.

Chère Rose je termine ma lettre en t’adressant mes meilleurs et plus tendres sentiments. Embrasse bien Simone et soigne la bien.

Sois courageuse et recommande à mes parents de l’être aussi. Je ne veux pas qu’ils soient inquiets car ils auraient tort de l’être : le fait d’être absent de la mais on ne signifie rien. Je reviendrai bien portant c’est mon ultime conviction. Dans ce cas à quoi vous servirait-il d’être inquiets. Courage donc et surtout confiance.

 

26 septembre 1914

Où en êtes-vous des vendanges ? En avez-vous rentré beaucoup ? A cette il ne doit plus rester dehors que les raisins abandonnés.

Le temps a-t-il été favorable ? Et Simone que fait-elle ! Pense t’elle à son papa ? Embrasse la bien fort. (...) Ton Ch. Gavach

2 octobre 1914

(...) On s’habitue à tout même à la guerre. Je commence à y être habitué. J’ai bon espoir quant au résultat final. Les Prussiens qui au début nous débordaient sont refoulés sur toute la ligne. Nous leur infligeons de temps à autre de cruelles leçons. La victoire nous encourage et c’est presque avec joie que nous frappons. J’espère que nous en serons débarrassés sous peu. Ce jour là marquera la fin d’un cauchemar sanglant et nous aurons assuré la paix. Ma plus grande fierté sera d’y avoir contribué.

Embrasse Simone bien fort et soigne la bien. Je vous embrasse à tous de tout cœur.

6 octobre 1914

(...) Je ne m’étends pas sur les incidents relatifs à la guerre, je te déclare seulement que j’ai confiance. Les Allemands sont tenus en échec partout, et repoussés à certains endroits. Nous faisons presque une guerre de forteresse. Nos positions sont très fortes et surtout bien armés. Avec cela et du courage il n’est pas douteux que nous les battions. C’est mon espoir et c’est l’espoir de tous les Français. (...)

Donne de mes nouvelles à tes parents de Cazouls. Excuse moi auprès d’eux de ne pas leur écrire trop souvent : Il m’est très difficile de me procurer du papier et des enveloppes.

10 octobre 1914

Je continue à être très bien portant. Le ravitaillement est très bien fait et nous mangeons bien et à volonté. En guerre c’est un des points essentiels. A ce sujet tout va bien.

Embrasse Simone bien fort et soigne-la bien. Est-elle toujours espiègle ? A-t-elle fait des progrès au point de vue du langage ?

12 octobre 1914

Dans tes lettres, ne crains pas de t’étendre. Donne-moi des nouvelles de là-bas, beaucoup de nouvelles.

Beaucoup reçoivent de petits colis postaux. Alfred Guiraud de Cazouls qui est dans ma section en a reçu un. Tu pourrais m’en adresser un de temps à autre : Chaussettes de laine, petit tricot, paquet de tabac bleu, mèche à briquet. Enfin bref de menues choses presque indispensables et qu’il est très difficile de se procurer.

14 octobre 1914

Je mets à profit un repos de quelques jours accordé au 4e Régt pour te communiquer mes impressions d’une façon moins brève que je n’ai fait jusqu’à aujourd’hui. Parti de Toulon le 21 août, je suis arrivée à Sedan après 56 heures de chemin de fer.

J’ajoute à titre documentaire que j’ai eu la chance d’être dans un wagon de 1ère classe. Après quelques jours de recherches le détachement dont je faisais parti a rejoint le 4e Régt le 26 août dans un bois entre Stenay et Beaumont. C’est là le moment précis où commence l’entrée en danse, c'est-à-dire l’entrée en guerre de façon effective.

La nuit du 26 au 27 août a été une terrible veillée d’armes. Dès l’aube nous avons foncé en lignes de Tirailleurs sur les Allemands. L’affaire a été chaude et très meurtrière de part et d’autre. Les ennemis ont été finalement bousculés et rejetés dans la Meuse.

Malgré notre avantage de par les nécessités de la tactique nous avons battu en retraite poursuivis de près par les Allemands. Au cours de cette manœuvre l’engagement le plus sérieux  a eu lieu à Vitry-le-François. Cette bataille a été pour ainsi dire le Chant du Cygne pour les Allemands. En effet après trois jours d’arrêt aux environs de Valmy l’ennemi a été refoulé sur toute la ligne.

Le changement de décors a été aussi complet que subit. En trois jours nous avons avancé de plus de 80 kilomètres.

 

Le 16 septembre le contact avec les Allemands a été repris au Nord de la Marne. L’affaire a été acharnée avec un léger avantage pour nous. Finalement des deux côtés on a creusé des tranchées des casemates et remplacé la guerre en rase campagne par une guerre de forteresse.

Nous sommes restés ainsi 25 jours. Le duel a eu lieu principalement entre Artilleries. Sur certains points ont eu lieu des attaques isolées.

Toutes facilement repoussées d’ailleurs. Le Haut commandement nous a fait remplacer le 11 courant et nous voici actuellement en arrière pour quelques jours. Comme tu vois ce repos est bien gagné.

Je ne suis pas du tout ébranlé au moral aussi bien qu’au physique, je conserve suffisamment d’espoir et d’énergie pour lutter jusqu’au bout. Ma grande joie sera la victoire finale. J’ai confiance et j’ai une foi entière à notre succès.

Voilà chère Rose, rapidement résumées les étapes de la campagne qu’il m’a été donné de vivre.

Prie Dieu pour qu’il m’accorde jusqu’à la fin la même protection.

Embrasse Simone bien fort. Ton image et la sienne sont toujours présentes à mes yeux. Vous êtes mes deux bonnes fées et je n’aspire qu’à un seul bonheur : Vous revoir. Je vous embrasse de tout cœur à tous.

15 octobre 1914

(...) Aujourd’hui j’ai une grande joie. J’ai reçu ta première lettre datée du 6 octobre. C’est avec émotion que je l’ai ouverte. En la lisant mon bonheur a été bien grand. (...) Le service postal n’étant pas parfait je n’avais rien reçu de personne. Tes nombreuses lettres y compris les deux recommandées sont restées en route. J’avais heureusement de temps à autre des nouvelles de Maraussan par Blanc et de Cazouls par Guiraud. Blanc se porte aussi bien que moi. Etant au repos je le vois souvent et avant-hier j’ai lu toute la correspondance que lui a envoyé sa charmante femme.

Je suis très content de savoir que les vendanges sont terminées et qu’elles ne vous ont pas trop donné de peine. Dans une prochaine lettre tu me diras si nous avons été riches et si les cours sont fermes.

Ma plus grande émotion en lisant ta bonne lettre m’a été occasionnée par le passage relatif à Simone. Elle pense à moi et me réclame souvent dis-tu. Je reconnais là, Chère Rose un trait charmant de sa délicatesse. Je t’en remercie de tout cœur. Continue à me rappeler à Simone. Soigne la bien et embrasse la bien fort à ma place.

16 octobre 1914

Hier le Colonel du Régiment nous a conduit en promenade militaire au monument commémoratif de la bataille de Valmy.

Ce pèlerinage a été émouvant et les paroles hautement patriotiques du Colonel ont pris une ampleur insoupçonnée grâce à l’image en bronze de Kellermann. Le Régiment formait le carré autour du monument drapeau déployé. Le spectacle était grandiose et terrible à la fois. Nous étions tous émus et fiers d’être Français. Il n’est rien de tel au milieu des tourmentes de la guerre pour retremper les hommes qu’un pareil spectacle dans un pareil décor.

17 octobre 1914

J’ai constaté avec joie les progrès de Simone pour l’écriture. C’est un grand réconfort pour moi de savoir qu’elle pense et parle souvent de son papa. Continue chère Rose à bien la soigner et à bien l’élever à ton image.

Tu pourrais me donner des détails sur les cours des vins, l’état du marché, et la marche de la Coopérative. Combien avons-nous de vin à Maraussan et à Béziers ?

19 octobre 1914

Je suis très content car maintenant je reçois de tes nouvelles. Hier soir j’ai reçu une carte datée du 5 et une lettre datée du 11.

Tu me dis que la municipalité a acheté de la laine, c’est très bien. Tu pourras m’envoyer des gants. Il ne fait pas encore bien froid mais cela ne va pas tarder et dans ce pays-ci il ne doit pas être agréable d’être démuni d’effets. Si tu m’envoies un tricot choisis si possible un tricot bleu ou noir, genre tricot cycliste avec un col.

J’éprouve un agréable plaisir à voir que Simone a grandi et qu’elle continue à être espiègle. Ses jeux et ses cris doivent sûrement remplir la maison. C’est un grand bonheur car de cette façon elle doit vous donner beaucoup d’occupation et beaucoup de joie.

Au sujet de mes amitiés nées de cette guerre je puis te dire quelques mots. Je suis très lié avec quelques gars de là-bas, tous réservistes comme moi : Vidal de Tourbes, Gauze de Florensac, Guiraud de Pézenas, mon camarade de combat et mon excellent ami est un parisien natif du Cantal nommé Chappe, c’est un très bon garçon et nous faisons cause commune. Il est établi Hôtelier à Paris Rue Bisson n°47. Nous sommes ensemble depuis Toulon, côte à côte dans la même escouade, coude à coude partout, dans les combats, au bivouac et à la soupe. Ainsi chère Rose tu peux comprendre quel genre d’amitié me lie à ce garçon.

Le train de vie est toujours pareil nous avons repris notre service des retranchements. Nous partons 24 heures dans les tranchées et 24 heures en arrière dans un cantonnement.

Je suis toujours très bien portant, l’état sanitaire est en général bon. Le ravitaillement se fait de façon régulière et les vivres sont très suffisants. Voilà chère Rose fidèlement résumés quelques points de ma vie de campagne.

J’oubliais de te dire que l’on nous a distribué des couvrepieds et des toiles de tente. La Croix Rouge nous fait de temps à autre quelques cadeaux. J’ai eu de cette façon une paire de chaussettes, une chemise et une flanelle.

 

Extrait de lettre de Rose adressée au père de Charles auquel elle envoyait toutes les lettres de celui-ci :

A la maison nous allons bien. Simone est toujours insupportable, lundi j’ai fait partir un autre colis à Charles avec son tricot de coton, une paire de chaussettes, deux boites de foie gras et du chocolat. Le bonjour de tous, une caresse de Simone.

23 octobre 1914

(...) pourrais-tu me donner des nouvelles des copains Maraussanais qui ont été mobilisés dans d’autres corps que le mien. Que font par exemple Bourdel, Carcenac, Balaman etc. qui doivent être versés au 34e Colonial et que je n’ai vu nulle part.

Renseigne moi aussi sur les cours du vin et l’état du marché. Comment marche la Coopérative ? A-t-on apporté des raisins à la cave ? Les expéditions se font elles ? La Société donne t’elle facilement des accomptes. Vous a-t-elle payé le solde de la dernière récolte ? Toutes ces choses là me feront plaisir et je saurais ainsi comment vont les affaires et comment va la vie à Maraussan.

Laisse moi maintenant te parler de Simonette, c’est encore là le plus grand bonheur que j’éprouve. Je suis très content de voir qu’elle fait des progrès à tous les points de vue. Avec sa grande amie Lucile elle doit avoir un bon professeur de gamineries. Vous devez passer des moments de douce joie.

27 octobre 1914

Je suis très heureux de voir que Simone est toujours démon, je vois d’ici les scènes qu’elle doit avoir avec grand-père. Mille baisers à Simone et à toi.

29 octobre 1914

C’est avec un plaisir très vif que je viens de recevoir les deux colis que tu m’as envoyé. Je les ai reçus en même temps. Je ne saurais trop te remercier, le linge, tricot, caleçons, bas, cache-nez, gants me seront très utiles. Le saucisson, le chocolat vont être pour moi des gourmandises, car les Allemands ayant tout pillé, il n’en reste plus dans le pays. Les deux paquets de tabac, la mèche, les papiers à cigarettes et le papier à lettres seront pour moi choses très agréables.

Dans un de tes billets tu me parles d’une veste caoutchoutée. C’est une excellente idée : Tu peux m’en envoyer une à la première occasion. Le pays est très humide et le soleil se montre rarement. Elle me sera très utile surtout si tu la choisis bien imperméable. Je te recommande maintenant de ne plus m’envoyer du linge de corps que pour le rechange quand celui que j’ai sera sale. Tous les vingt jours à peu près. Chaussettes, tricot sur la chair et caleçons. Quelques mouchoirs de temps à autre.

Simone est toujours espiègle et me réclame souvent. Elle a pris ma place au dodo et vous priez ensemble à mon intention. Je vous en suis reconnaissant à toutes deux et j’ai une foi entière dans l’efficacité de vos prières. Le seul bonheur qui remplisse mes rêves est de vous savoir en communion d’idées avec moi. Le rêve supprime la distance et je vous vois prier. J’espère fermement passer du rêve à la réalité. Ce jour là sera un jour béni et notre bonheur sera immense.

Virginy Marne le 30 octobre 1914

Le 4e Colonial a lutté le 16 septembre au nord du village de Virginy, et gagné du terrain au prix de gros sacrifices.

Malgré les contre attaques nous avons conservé nos positions en les fortifiant.

Depuis le 16 septembre nous en sommes là (2e Bataillon), excepté les 6 jours de repos passés en arrière à Hans. Nous prenons le service dans les tranchées et nous sommes relevés toutes les 24 heures. Les tranchées ennemies parallèles aux nôtres sont à 5 ou 600 mètres. Cette nuit nous avons été relevés par un autre régiment et nous voici à Hans au repos pour 3 ou 4 jours.

Fait saillant à te signaler : à l’affaire de Vitry le François ne pouvant tenir sous le feu terrible de l’artillerie allemande ma section a été obligé de se replier avec pertes sur un terrain découvert battu par les schrapnels. J’ai traversé debout presque seul ce terrain (800 mètres au moins) et avant d’arriver à un talus très haut dominant la Marne, j’ai rencontré l’Adjudant Chef de ma section blessé d’un éclat à la hanche, et sur sa prière désespérée, je l’ai aidé à se trainer jusqu’à l’abri. Une fois là et après l’avoir déshabillé j’ai réussi à l’amener le long de la marne jusqu’à la grande route distante de 500 mètres. Notre artillerie (canons de 75) très éprouvée se repliait juste à ce moment en désordre. J’avise une pièce et par cris et par gestes, l’Adjudant blessé à mon bras, je réussis à la faire arrêter. J’installe vivement mon blessé à l’affût entre les quatre roues et je monte à califourchon derrière lui pour le soutenir. Sur le siège se trouvaient aussi deux artilleurs blessés.

Ainsi installés la pièce repart au galop à travers Vitry le François. Une ambulance se trouve là, on descend, j’enlève mon Adjudant devenu très faible par la perte du sang et je le fais panser. De là on l’a conduit sur un petit charriot directement à l’hôpital. J’ai le souvenir toujours vivant des remerciements que ce pauvre garçon du nom d’Albertini m’a adressé en me quittant. Chère Rose, une bonne action n’est jamais perdue. Je suis heureux d’avoir fait mon devoir et d’avoir rendu un bien grand service à un camarade. Sans superstition aucune je suis convaincu que ce fait m’a porté chance car après cela j’en ai vu bien d’autres et suis toujours bien portant et j’ai surtout la conscience tranquille. Je n’y ai pas tout perdu car j’ai hérité de la musette d’Albertini garnie de pain et de jambon : Choses très utiles en campagne et propres à calmer les émotions d’un si rude combat. A toute chose malheur est bon.

31 octobre 1914 (à ses beaux-parents au sujet de leur fils Hervé, frère de Rose)

Chers Parents, (...) Je me permets ici en qualité de vieux de la vieille habitué aux sifflements des balles et au fracas du canon, de formuler des vœux pour qu’Hervé puisse affronter tous les périls avec le même bonheur qui m’a protégé jusqu’à ce jour. Je crois du reste que le plus dur est fait, et j’espère pour sa sauvegarde qu’il n’assistera qu’aux derniers coups de cette guerre. (Hervé sera tué à Verdun en 1916)

P.S. Dans ma section j’ai la chance d’avoir deux Cazoulins : Alfred Guiraud et Assémat (Azéma) domestique à Savignac chez Mme Veuve Chabert. Tous deux vont très bien. Nous parlons souvent du pays. Sitôt que l’un d’entre nous reçoit des nouvelles il les communique et nous discutons à  perte de vue sur la situation. Hier Guiraud a reçu un colis contenant entre autres choses des berlingots de Carpentras. Il m’en a offert et nous les avons croqués de compagnie. On fait ce que l’on peut en campagne on croque ce que l’on peut bien aisé d’en avoir.

31 octobre 1914 (à Rose)

Le commerce n’achète pas, c’est tout naturel, s’il achète c’est à bas prix. Je vous recommande de n’être pas pressés et d’attendre. Si la guerre se termine bientôt, le vin se vendra à nouveau un bon prix. Dans ce pays-ci c’est une rareté : les commerçants n’en ont plus en cave.

Je me rappelle dans notre mouvement offensif de la Marne avoir vu dans tous les endroits traversés les caves vidées, les maisons pillées, les granges incendiées par les Allemands. Ces vandales n’ont pas laissé une goutte de vin. Durant 80 kilomètres la route suivie par eux était pavée de bouteilles. Le pays est très riche ici et surement qu’après la guerre, les habitants ne seront pas longs à relever leurs ruines. Ils sont bons amateurs de vin, surement ils referont leurs provisions. La seule chose qui pourrait enrayer la hausse ne serait pas à mon avis le fait du consommateur, ce serait plutôt imputable aux commerçants dont la guerre aurait ruiné le crédit.

Avant de finir laisse moi parler de Simone. C’est encore là mon plus grand bonheur. Essaye de l’envoyer à l’école, tu me diras ses impressions. Je la vois partir avec ses amies et son petit panier. Pourvu qu’elle ne mange pas son goûter en route ! Embrasse la bien fort.

3 novembre 1914 : La température nous est clémente. Jusqu’à présent nous n’avons pas trop souffert du froid. Le temps est couvert depuis bientôt un mois sans grande pluie toutefois. (...)

5 novembre 1914 : (sa toute dernière lettre)

Je reçois à l’instant ta lettre du 28 octobre ainsi que le colis contenant 1 tricot 1 paire de chaussettes, deux boites de foie gras, chocolat et sucre. (...) Tu me parles d’argent. Je n’en ai pas du tout besoin car nous n’avons que de rares occasions d’en dépenser.(...)

Au sujet du linge quand tu m’auras envoyé la chemise et la veste caoutchouc arrête toi car j’en ai déjà trop. Envoie moi simplement à longs intervalles le nécessaire pour changer.

Je suis content de voir que vous pouvez encaisser les coupons à la recette et que la Coopérative paie en partie le vin de l’année dernière.

 

Son régiment est engagé dans les violents combats de Massiges (Côte 191) : Charles meurt des suites de ses blessures le 06/11/1914 à Virginy.

Primo-inhumé dans l'un des cimetières provisoires de Massiges-Virginy, il repose très probablement dans l'un des ossuaires de la Nécropole du Pont de Marson.

Avec l’aimable autorisation de son arrière-petite-fille Mme Françoise Baron, venue avec sa famille en mai 2018 à Massiges et Virginy.

« Ce voyage a été en tout cas extrêmement fort et émouvant pour toute la famille de 84 à 14 ans. Nous sommes plus que jamais très fiers de notre aïeul. »

 

Combats de MASSIGES de Juillet 1915 à Juin 1916

Joseph ROUZIERE

Jublains, MAYENNE

103e RI, 11e Cie

Né le 20/08/1993, fils de Henri et de Joséphine Paumard ; classe 1913, matricule n° 99.

1,60 m ; cheveux noirs, yeux roux

Profession : ouvrier agricole

Incorporé au 103e RI le 26/11/1913, parti aux Armées le 08/08/1914

 

Blessé le 28/09/1914 à Champien, évacué le 29/09/1914, rentré au dépot le 20/11/1914.

Le 103e RI combat à Massiges de Juillet 1915 à Juin 1916.

Extrait du carnet de Joseph Rouzière :

Citations :

Croix de Guerre, soldat de 1ère classe le 20/06/1917.

Médaille Militaire

(Avec l'aimable autorisation de Monique et Daniel ROUZIERE, son petit-fils, de visite à Massiges le 23/09/2018)

 

 

Blessé à MASSIGES le 28/12/1914

Auguste AUDEON

St Etienne de Mer Morte, LOIRE-ATLANTIQUE

8e RIC

(Avec son épouse)

Né le 02/09/1891 , fils de Henri et Jeanne Foucher ; classe 1912, matricule n°1459.

1,56m ; cheveux noirs et yeux bleus

Profession : manoeuvre

Engagé volontaire pour 5 ans le 14/12/1910 au 5e Régiment de Chasseurs ; passé au 6e Régiment de Chasseurs d' Afrique le 23/11/1913 et embarqué à destination de l' Algérie.

Rengagé pour 2 ans le 23/06/1914 au 8e RIC ; embarqué à destination de la France le 23/06/1914.

(Auguste Audéon avec ses frères d'arme du 8e RIC)

Son régiment arrive péniblement à Massiges le 14/09/1914.

"Toute la colonne subit un retard de 2h à cause du mauvais état de la route défoncée par les pluies.

L' artillerie allemande envoie des obus en avant du 4e RIC qui précède le 8e RIC. Le 14 au soir, le régiment bivouaque sur les pentes Nord de la Côte 199 face à Virginy. Le 4e RIC qui s' était avancé jusqu'à la Tourbe au NE de Virginy, cantonne dans ce village.

Le 8e Colonial reçoit l'ordre de relever le 24e Colonial qui occupait les crêtes à l'Ouest de 191 en liaison, à droite, avec le 4e Colonial qui occupe la crête à l'Est de 191

La ligne occupée, accrochée aux pentes sud de la Main de Massiges, entre la côte 191 et le ruisseau de l'Etang, est complètement dominée par les tranchées ennemies qui couronnent la crête. Tout mouvement de jour y est impossible : les patrouilles ne peuvent se déplacer que très prudemment, devant un ennemi très vigilant et d'autant plus actif qu'il se sent fortement soutenu par une nombreuse artillerie. les travaux très pénibles, ne peuvent s'effectuer que la nuit. Le village de Massiges où les unités sont en réserve à tour de rôle étant quotidiennement bombardé par l'artillerie ennemie, finit par être abandonné et les hommes couchent en permanence dans les tranchées qui sont approfondies et aménagées en conséquence : banquettes de tir, niches individuelles, créneaux. Pendant quelques jours les pertes occasionnées par le tir de l'artillerie allemande, continuent cependant à être fortes, en raison du manque de boyaux et de l'insuffisance des tranchées hâtivement construites avec les outils portatifs. Perte et reprise de la côte 191. Le calme apparent de l'ennemi ne devait pas toutefois être de longue durée. Le 26 septembre, en effet, à 4 heures, profitant d'un brouillard intense qui rend presque invisible les tranchées, il attaque sur tout le front de la Division. Le Régiment résiste victorieusement sans céder un pouce de terrain, mais à droite, la côte 191, tenue par le 4 e RIC, est perdue, et à gauche, la 6 e BIC perd la côte 180 et est rejetée au S. du Marson. Par une brillante contre-attaque, un bataillon du 4 e R.I.C., renforcé par le 8e RIC réoccupe dès 6 heures la côte 191." (Historique du 8e RIC et JMO de la 6e BIC)

Nommé Caporal le 23/09/1914.

Blessé par balle (joue gauche) le 28/12/1914 à MASSIGES, évacué le le 28/12/1914 ; rentré au dépot le 10/03/1915 ; rejoint les Armées le 20/08/1915.

Nommé Sergent le le 01/10/1915.

Blessé par éclat d'obus le 10/07/1916 à Barleux, soigné sur ambulance. Rejoint les Armées le 17/07/1916.

Citation :

"A été blessé en voulant assurer le ravitaillement en munitions de sa section isolée dans une tranchée conquise. Croix de guerre."

Dirigé sur Marseille à destination de l'armée d'Orient le 16/12/1916.

Evacué sur l' hopital de Salonique le 06/12/1917 pour pieds gelés. Rentré en France le 01/01/1918, dirigé sur l'hopital de Nice. Rentré au dépot le 08/04/1918, retour aux Armées au tiitre du 3e RIC le 16/07/1918, passé au 22e RIC le 01/04/1919. Nommé Adjudant. Rengagé pour 5 ans, passé au 3e RIC, embarqué à Marseille le 05/09/1922 sur le vapeur "Jupiter" à destination de l' AOF au 129e Régiment des Tirailleurs Sénégalais puis au 12e R.T.S. Rengagé pour 1 an au groupe aéronautique de l'A.O.F, embarqué à Dakar, passé au 14e Rég de Tirailleurs Coloniaux puis au 3e RIC en 1924.

Classé Service Auxiliaire en 1929, invalidité inférieure à 10% pour varices des deux jambes. Affectaction spéciale comme conducteur de machines électriques.

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur Christian AUDEON, son petit-fils)

 

 

MORT POUR LA FRANCE à MASSIGES-VIRGINY entre le 15 et le 17/09/1914

Sauveur GIRAUD, 25 ans

La Penne, BOUCHES-DU-RHONE

4e RIC, 2e Bataillon, 5e Cie

Né le 06/07/1889, fils de Sigismond et d' Aurélie Dravet ; classe 1909, matricule 293 au recrutement de Toulon.

1,64 m ; cheveux et yeux châtains

Profession : journalier

Incorporé au 158e RI le 05/10/1910

Rappelé à l'activité au 4e RIC le 02/08/1914.

Extraits des JMO :

Le 14/09/1914, le régiment arrive dans le secteur de Massiges sous le feu très dense de l'ennemi.

"Le terrain détrempé par la pluie, très glissant, rend la marche pénible." "Feu violent de schrapnelles qui bat la plaine."(22e RIC)

"Présence signalée de l'ennemi à Massiges et à la Côte 191 qui a l'air d'être fortement occupée."

"Fusillade intense provenant de lignes ennemies installées au pied de la Côte 191." (22e RIC)

A la nuit, le 4e RIC cantonne à Virginy.

"A 4 h le 4e Colonial reçoit l'ordre d'appuyer à droite l'attaque du 22e RIC."

"Le feu de l'artillerie ennemie redouble de violence."

Les 16 et 17 septembre, la situation demeure inchangée et le régiment de Sauveur Giraud doit tenir.

Ces terribles combats se traduisent par la mort de milliers d'hommes.

Dans un premier temps, Sauveur est porté disparu à Virginy à la date du 17 septembre 1914 ; le Comité de la Croix Rouge entreprend des recherches auprès des autorités allemandes, dans l'espoir qu'il ait été fait prisonnier. Sans succès.

Le jugement de décès ayant été transcrit 2 ans après le décès, il est très probable que le corps ait été retrouvé en 1916 sur le champ de bataille puis primo-inhumé dans l'un des cimetières provisoires de Virginy.

Il repose aujourd'hui dans l'un des ossuaires du Pont du Marson, auprès de ses frères d'arme. De trop nombreuses identités ont été perdues en 1923 lors de la translation des corps vers cette Nécropole !

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur Alain Giraud, son petit-fils, de visite à Massiges en Août 2018 avec son épouse)

 

BLESSE à PERTHES-LES-HURLUS et MASSIGES les 26/02/1915 et 31/03/1916

Clément Léon BLAISE, dit "le bon Blaise"

Auffargis, SEINE ET OISE

101e RI, 2e Bataillon, 7e Cie

Le capitaine Charles Delvert dans son livre "Carnet d'un fantassin" écrit :

"Samedi 1er janvier 1916, secteur de la "Main de Massiges" dans la tranchée Eitel.

Toujours la boue, la bruine.

Ce soir grande nouba pour l'arrosage de mes galons.
Blaise (1) a donné le Jeune Homme de Mourmelon" (chanson).

N.B.- Le champagne donné par le gouvernement était exécrable."

"(1) Communément appelé "le bon Blaise". Lieutenant commandant la 7e Cie.
Blessé le 25 septembre à l'attaque de Champagne, il venait de rejoindre le régiment (101e RI).
Vingt sept à vingt huit ans. Admirablement brave, il devait être blessé à nouveau le 31 mars 1916."

Né le 08/02/1888 à Auffargis au lieu dit Hameau de Villequoy, fils de François Blaise et de Marie Léonard.

Clément est le 6e enfant de la famille, ils seront dix.

A 12 ans, Clément entre en apprentissage pour apprendre le métier de fumiste (ouvrier qui installe et répare des conduits de cheminée) à Rambouillet (78).

Il est un pur produit de la "Revanche", ses parents sont lorrains, et son père a participé à la bataille dite de Reichoffen (en réalité bataille de Froeschwiller) "6 août 1870", sous Napoléon III.

De la classe 1908, il est incorporé le 06/10/1909 au 15e Bataillon de Chasseurs à Pied, sous le matricule 738, à Remiremont dans les Vosges.

En 1910, Clément est nommé Caporal puis Sergent en 1912.

De retour à la vie civile, il reprend son métier de fumiste à Rambouillet.

Le 14/10/1912, Clément épouse Elise Charbonnier. Le couple vit à Rambouillet.

Le 10/11/1913, naissance de leurs jumelles : Juliette et Jeanne qui décède à l' âge de 2 jours.

En 1914, Clément est entrepreneur de fumisterie.

Publicité dans l'annuaire de RAMBOUILLET de 1914

Il est mobilisé le 02/08/1914 au 2e Bataillon du 101e RI ; ses 3 frères aînés le sont dans des régiments différents :

- Alfred, né en 1874, mobilisé au 30e Régiment Territorial d'Infanterie (RIT), puis passe au 73e RIT et termine au 16e C.O.A. (Commis Ouvriers d' Administration)

- Raoul, né en 1878 mobilisé au 32e RIT, passe le 31/05/1916 au 296e RI dans la 4e Cie de Mitrailleuses. Blessé à Sailly-Sallicel dans la Somme le 03/11/1916, il décède à l'ambulance de Maricourt le même jour.

- Edouard, né en 1881, mobilisé au 21e RIC, puis passe au 23e RIC le 3 septembre, 3e Bat, 11e Cie.

Porté disparu le 05/02/1915 à Massiges dans le secteur du Cratère.
Sa famille apprend le 21/11/1915 qu'il est prisonnier au camp de Darmstadt en Allemagne. Il est libéré le 05/12/1918.
Après cette période difficile, il reprend ses activités d'entrepreneur en couverture et plomberie.

 

Le 07/08/1914, le 2e Bataillon quitte la caserne de Billy, à Dreux, il est le 1er à partir.
Les 1er et 3e bataillons quittent Saint-Cloud à 14h30 se rendent, musique en tête, à la gare de Sèvres-Marchandises où doit se faire l'embarquement. Le départ du quartier Sully a lieu au milieu de l'enthousiasme général, malgré un ciel gris. Il a plu toute la matinée, et pendant tout l'embarquement.

Clément et 2 camarades du 101e RI

Premier combat en Belgique le 22/08/1914 à Bleid. La 2e journée la plus meurtrière de l' histoire de France après celle du 25/09/1915 en Champagne.

Quelques chiffres diront jusqu'où le 2e Bataillon (Chef de bataillon Commandant Laplace tué) a poussé son sacrifice. Sur ses 800 hommes engagés le 22 août, seuls 150 rejoignirent Gomery et on ensevelit 583 cadavres sur le champ de bataille.

Clément est blessé par éclats d'obus à la main droite. Il n'est pas évacué.

Nommé Adjudant le 12/10/1914

Le 14/10/1914 : 2ème blessure à Armancourt par éclats d'obus jambe gauche et épaule droite.

Nommé Sous-Lieutenant le 28/10/1914.

1915

Du 25/02/1915 au 22/03/1915, son régiment est engagé dans les combats de PERTHES-LES-HURLUS :

Le 26/02/1915, à 15 heures, il est atteint de plaies multiples, à la jambe droite, au pouce et à l'index de la main droite par éclats d'obus.

Citation :

Le 26/09/1915, Clément est blessé pour la quatrième fois à Auberive en Haute-Marne par éclats d'obus "plaie au bras droit et plaie à la joue." Il sera cité une fois encore.

1916

Du 03/12/ 1915 au 07/04/1916, son régiment est engagé dans les combats de la MAIN DE MASSIGES (Oreille, Cratère, Médius, Verrue, Mont Têtu)

Nommé Lieutenant le 23/01/1916.

Le 08/03/1916, le 2e Bataillon relève à l' Oreille un Bataillon du 124e.

Mardi 28 mars le Capitaine Delvert écrit :

"Ciel gris. Je suis allé examiner les Petits postes de T 30 (7heures). Ai réveillé B. de mauvaise humeur. Comme par hasard Le Bon Blaise aussi était au lit, et au retour par T32, X de même. Décidemment on dort bien dans ces trous à rats !"

Clément est blessé pour la 4ème fois : (le 31 mars pour le Capitaine Delvert)
"Lieutenant à la 7e Cie le 1er avril 1916 à 22 heures, blessé dans les tranchées du secteur de la Main de Massiges, plaies de la main et du coude gauche, par éclats de grenades et intoxication par gaz."

Il est transporté à l'ambulance 8/4 au château de Braux-Sainte-Cohière (dans la Marne) secteur postal 71 et est fait Chevalier de la Légion d' Honneur... à l'Ambulance !

(Le brassard de deuil permet de dater la photo, postérieure au décès de son frère le 03/11/1916)

1917

Du 05/12/1916 au 13/02/1917 il suit les cours de Commandant de Compagnie à Montélimar. Puis retour au dépôt de Dreux.
Le Chef de bataillon Calté réclame le retour de Clément, à qui il avait promis de le garder au 2e Bataillon.

Le 23 mars Clément est envoyé en renfort au 101e RI à Vaubécourt (Meuse) comme Commandant de la 5e Cie.

Son épouse quitte le domicile conjugal.

Le 17/08/1917 il est cité à l'ordre du Corps d'Armée puis nommé Capitaine le 09/09/1917. A sa demande, il passe au 35e RI.

Le 15/10/1917 François Alfred BLAISE, père de Clément, décède à Auffargis, il est âgé de 77 ans.
Le 15/12/1917 il est dirigé sur la 57e DI de l'Armée d'Orient.

Départ de Marseille, il traverse l'Italie, et embarque à Tarente direction la Grèce. Il débarque à Itéa, et rejoint Salonique par camion, et chemin de fer.


Photo prise à Delphes, devant le temple d'Apollon.

"Il était normal que les officiers français visitent le site, devenu un symbole de l'hellénisme français, en réponse à l'importance des missions allemandes, surtout Olympie".

Le 30/01/1918 : affectation au 40e RI, Commandant de la 5e Cie. Il combat les Bulgares en Macédoine.

Le 12/05/1918 : affectation au 176e RI 1er Bataillon, Commandant de la 1ère Cie. Il passe de Macédoine en Albanie, et Serbie.
Le 19/09/1918 : la Bulgarie signe le 1er armistice.
Le 11/12/1918 : le 176e RI embarque sur le paquebot Californie, et arrive à Odessa le 17 décembre.

Le 19/12/1918 : dans l'après midi une manœuvre du 1er Bataillon permet d'occuper la gare des voyageurs, et les casernes du Génie. Les partisans de Petlioura ont signé un armistice. La plupart rendent leurs armes.

Le 24/12/1918 : deux détachements de 100 hommes, commandés par les Capitaines Blaise et Roussel, vont, en compagnie de volontaires russes, assurer l'ordre dans les quartiers ouvriers.

1919 : évènements de Kherson

Le 02/02/1919, Clément est nommé Capitaine à titre définitif.

Le capitaine Lanchon du 176e RI est désigné pour prendre le commandement d'un détachement franco-hellénique destiné à occuper Kherson..

Après l’arrivée des troupes alliées à Kherson, la situation reste calme d’apparence pendant tout le mois de Février.

Le 2 mars dans la matinée, les troupes de Gregoriev marchent sur la ville. Une compagnie hellène reçoit l’ordre de se porter en avant pour arrêter ces troupes. Le combat se déroule devant le dépôt des machines de la gare.
Les Bolcheviks perdent plusieurs centaines d’hommes, mais parviennent à s’infiltrer dans le quartier de Voyenna et provoquent un mouvement parmi les ouvriers dans le faubourg. La 2e Cie du 176e arrête et repousse le mouvement par le feu.
Les troupes bolcheviks se retirent en dehors de la ville.

4 mars : L’ ennemi se borne à des démonstrations lointaines et quelques tirs d’artillerie.

5 mars : Tirs ennemis sur la gare.

6 mars : La 1re Cie (Capitaine Blaise, 4 officiers, 64 hommes) reçoit l’ordre de s’embarquer à bord du torpilleur Mangini et quitte Odessa à 8 heures. Débarquée à 16 heures, elle gagne d’abord la citadelle.

7 mars : L’observatoire signale l’approche de trains ennemis. La Cie Blaise et une Cie hellène se portent, sous le commandement du Capitaine Blaise, à la lisière Est de la ville et se fortifient.

8 mars : Attaque générale des positions des alliés. Le groupe Blaise se replie et la 1re Cie se groupe dans une minoterie qui est organisée en fortin et arrête l’attaque ennemie avec l’appui de l’artillerie des torpilleurs Pluton et Algol.

9 mars : Attaque très vive de l’ennemi. Toute la garnison se replie sur la citadelle où elle résiste sur les remparts. Seule la Cie Blaise est restée dans la minoterie, qui, attaquée en vain, finit par être brûlée par les obus. La garnison se défend toujours, descend à la cave pour éviter les flammes, et exécutant ensuite une audacieuse sortie, rejoint la citadelle, malgré le feu enragé de l’ennemi.

10 mars : le 1er Bataillon revient de Kherson.

La brigade de Grigoriev s’empare de nouveau de Kherson, Nikolaïev et, le 8 avril, d’Odessa, après l'abandon de ces villes par les troupes françaises.

Citation :

"Le détachement de Kherson, composé des Commandants Blaise et...du 176e RI...a soutenu pendant huit jours une lutte héroique contre un ennemi 40 fois supérieur en nombre et ne se sont retirés du combat que sur un ordre du Commandement et dans un ? parfait."

Le 20/03/1919 : les démobilisables du 6e échelon sont embarqués sur le" Chios". Chef de détachement Capitaine Blaise.

(En 1917, après le décès de son père)

Démobilisé, il se retire à Rambouillet où il reprend ses activités de fumiste dans son entreprise.

En 1920, il est directeur des Ets Renaud, tôlerie de fumisterie industrielle, 89 boulevard Richard Lenoir, Paris XIe. Il est alors domicilié à Montreuil.

Le 03/09/1921 il se remarie avec Marguerite Rossi : belle sœur du philosophe Gaston Bachelard.

Le 05/07/1925 il est nommé Officier de la Légion d'Honneur.


Le 19/01/1929 sa fille Juliette décède, à l'âge de 16 ans.

En 1932 il est nommé Chef de Bataillon au 81e RI puis est rayé des cadres à sa demande en 1937, jugeant qu'il n'a plus l'âge pour être un Officier performant.

En 1938 le couple se retire à Vendeuvre-sur-Barse dans l'Aube, où il exploite une ferme.
Pendant la seconde guerre, il devient résistant, cache des aviateurs tombés dans la région, et soustrayant des jeunes du STO. Jean Moulin viendra le visiter à la ferme.
"De passage à Vendeuvre, j'ai rencontré par hasard une personne à qui je demandais un renseignement. Il m'a dit avoir bien connu mon père, et que celui-ci lui avait sauvé la vie de son fils, pendant la guerre." (Jean-Pierre Blaise, son fils)
En 1940 son épouse décède.
En 1944, il refait sa vie, et aura 2 enfants : Claudine et Jean-Pierre

Clément Blaise décède le 23 août 1958 à Neuilly-sur-Seine, il a 70 ans.

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur Jean-Pierre Blaise, son fils)

 

MORT POUR LA FRANCE à VIRGINY le 21/09/1914

Joseph François JEAN, 32 ans

La Digne d' Amont, AUDE

4e RIC, 2e Bataillon, 6e Cie

(Lors de son service militaire)

Né le 13/03/1882, fils de Jean Pierre et de Céleste Pujol : elle décède quand il n'avait que 2 ans.

Classe 1902, matricule 1504 au recrutement de Narbonne.

1,65 m ; cheveux blonds, yeux bleus

Cultivateur, il était père de 2 enfants.

De 1903 à 1906, il effectue son service militaire au 159e Régiment d'Infanterie Alpine basé à Briançon (Alpes).

Photo ramenée avec lui à LA DIGNE D'AMONT au mois de septembre 1906, au retour de son service militaire.

16e Cie Capitaine Martin

Ses skis norvégiens retrouvés en 2003 par son arrière petit-fils dans un pigeonnier familial qu'il venait de racheter, seront identifiés par la directrice du musée du ski à Oslo : ils datent de 1888-1890 !

En effet, quand le ministère de la guerre décida en 1902-1903 d'équiper de skis trois régiments alpins dont le 159ème RIA, des skis furent achetés en Norvège car en France il n'y en avait pas assez.

D'autre part, la tradition du 159ème était d'autoriser les appelés à ramener chez eux à la fin de leur service, leur paire de skis.

Le 13/08/1914, François est incorporé dans le 4e RIC.

La châleur de cet été est accablante et parfois meurtrière : le JMO du 4e RIC rapporte que "les réservistes non habitués au sac (35 kilos!), non entraînés, se couchent le long de la route, il faut en arriver aux menaces pour les faire avancer".

Son régiment prend part aux combats violents de septembre 1914 à Massiges.

"Depuis le 16 septembre, temps détestable, pluie et vent froid. Les hommes souffrent beaucoup surtout la nuit malgré les abris en paille qu'ils s'ingénuent à établir dans les tranchées".

La retraite de l'ennemi continue et le 4e RIC à l'avant-garde de la 2e DIC, le poursuit sans relâche. Le 4e RIC participe ensuite à quelques actions autour de Virginy et Massiges. Il relève le 22e RIC sur les hauteurs au Nord de Massiges et tient garnison dans des tranchées en attendant la reprise de la marche en avant".

L'acte de décès est établi au "26 Septembre 1914 à Virginy par suite d'un éclat d'obus au cou à 4 heures".

François JEAN reçoit, à titre posthume, la Médaille Militaire :

" Soldat courageux et dévoué. Mort pour la France dans l'accomplissement de son devoir le 21 septembre 1914 à Virginy " .

Croix de guerre avec étoile de bronze

Il repose à la Nécropole Nationale de Minaucourt (ossuaire n°1 ou 4), à quelques kms du champs de bataille.

"Son épouse Justine ( mon arrière grand-mère que j'ai connu car j'avais 6 ans quand elle est décédée en 1977 ) et ses deux fils : Eugène mon grand-père, à gauche sur la photo avec déjà sa casquette à la main et qu'il ne quittera plus jusqu'à la fin de sa vie en 1993, et René mon grand-oncle - au centre sur la photo - que je n'ai pas connu car il est décédé en 1963. La mémoire familliale dit que dans sa jeunesse, il aurait utilisé les skis norvégiens de son père car à l'époque, les hivers à La Digne d' Amont étaient beaucoup plus enneigés qu'aujourd'hui. Tous les deux ont été mobilisés en 1939 et juste après la " drôle de guerre " en 1940, ont été faits prisonniers : ils ont passé les cinq années suivantes dans un Stalag en Allemagne".

En 1921, sa veuve

En 1976, Justine Roy veuve François Jean et leur arrière petit-fils Joël Dufis 

"Je garde un souvenir impérissable de cette dame que j'ai toujours vu entièrement vêtue de noir . Elle l'a été pendant 63 ans ... " (Joel Dufis)

Son portrait retouché encore accroché dans la maison familiale.

Son frère aîné Célestin JEAN, 35 ans, soldat du 22e RIC, est tué à son tour le 03/03/1915 dans les combats de Vauquois.

La mémoire familliale raconte que peu de temps avant sa mort , il est venu en permission à La Digne d' Amont suite à une blessure reçue au combat (il aurait ramené du front avec lui une arme à feu) et à son départ pour retourner au front , il aurait dit qu'il allait venger son frère ...   

81 ans après, Joel Dufis a fait graver ses nom et prénom sur une pierre de l'ossuaire de Douaumont.

 

100 ans après, il est aussi venu à Massiges "rendre" à François ses skis...

101 ans après , Joel a ramené à François et Célestin de la terre de leur maison natale à LA DIGNE D'AMONT ...

103 ans après, il a déposé cette plaque au pied du Mur de la Mémoire : cette pierre de l'église de Massiges a servi à la création d'un monument à la gloire des Coloniaux de 1914 et 1915.

(Avec l'aimable autorisation de Joel Dufis, leur arrière petit-fils et arrière petit-neveu)

 

 

DISPARU MORT POUR LA FRANCE à VILLE-SUR-TOURBE le 20/09/1914

Jean Henri DARTIGUE-PEYROU, 30 ans

Orthez, BASSES PYRENNES

Caporal au 3e RIC



Né le 09/08/1884, fils de Jean et de Marie Pauline Narp ; classe 1904, matricule n° 384 au recrutement de Pau.

Fait exceptionnel, fruit du hasard : son frère Paul Edouard, mobilisé lui aussi, a le même numéro de matricule. Plus chanceux, il rentrera en 1919.

1,67m ; cheveux et yeux châtains

Profession : cultivateur

Service militaire au 18e RI de 1905 à 1907, nommé Caporal le 01/01/1907

Mobilisé au 3e RIC le 02/08/1914

"En septembre 1914, le régiment tient le secteur de Ville-sur-Tourbe avec le 7e RIC. Le régiment a tenu, malgré son faible effectif et une épidémie d' embarras gastrique fébrile, dans des circonstances exceptionnellement ardues." (Historique du 3e RIC)

Henri Dartigue-Peyrou écrit à sa femme la veille de sa mort :

Ma chérie bien aimée

Je t'écris quelques lignes à lueur d'un bon feu, dans une maison bourgeoise abandonnée, et je t' assure que ce feu est le bienvenu, car nous venons d' être relevés de la première ligne que nous occupions depuis le 16 au soir nuit et jour et avec la pluie surtout cette nuit dernière. Je te dirais que c'est le mauvais temps que je crains le plus, car les balles et les obus me sont tout à fait familliers, et cela parce que sens Dieu en moi me soutenir, à ce qu'il est doux dans ces moments de l'avoir avec soi, et de savoir qu'il est avec tous les miens, oui je suis tellemenr persuadé qu'il auprès de vous pour vous soutenir, que cela me donne une grande force pour moi, c'est ce que je lui demande chaque jour, je te dirais même que j'ai la foi qu'il nous réunira encore ici bas (...) Ecris-moi plus que je ne le fais car cela m'est difficile, surtout de les envoyer, et aussi est-il vrai de les recevoir, mais sur le nombres, en aurai-je quelques-unes. Adieu chérie au-revoir à ce moment tu me trouves dans la maison du maire c'est là que je trouve cette feuille avec d'autres semblables qui me seront utiles si je puis les conserver intactes de la pluie. Encore un baiser. Henri

Le 20/09/1914, de gros bombardements ont lieu sur le secteur. Mortellement blessé par une salve d'artillerie Henri Dartigue-Peyrou décède au poste de secours le soir même.

Un camarade enverra un courrier à sa femme lui expliquant les circonstances de sa mort dans un camp médical à l'arrière. Henri est pourtant porté disparu. Le jugement de décès ne sera transcrit qu'en 1920, une fois les prisonniers rentrés.

Deux témoins étaient obligatoires pour dresser l'acte de décès. Que l'un des deux témoins ait été tué, que le poste de secours ait été bombardé rendant toute identification ultérieure impossible, le soldat était porté disparu.

Situation dramatique pour la famille, compliquant singulièrement le travail de deuil et retardant de 6 années le versement d' une pension à sa veuve et la reconnaissance de ses enfants comme pupilles de la nation.

Probablement relevé au plus tard dans les années qui ont suivi la remise en culture des champs, son corps non identifié repose aujourd'hui dans l'un des ossuaires de la Nécropole Militaire de Minaucourt.

(Avec l'aimable autorisation de Laetitia Dartigue-Peyrou, son arrière petite-fille)

 

MORT POUR LA FRANCE à MASSIGES le 18/09/1914

André BOSC, 33 ans

Lanargol, LOT

Caporal du 4e RIC, 4e Cie

(Service au 4e régiment de Zouaves de Tunisie)

Né le 08/07/1881, fils de Julien et de Mathilde Montagne ; classe 1901, matricule n° 392 au recrutement de Rodez.

1,65m ; cheveux châtains, yeux gris

Profession : agriculteur puis employé à la mine de Décazeville (Aveyron) et enfin contre-maître dans une faïencerie en région parisienne.

Campagne de Tunisie de 1902 à 1905

Couverture et page de garde de son carnet de chant où il a écrit :

"Ce livre est à mois / Comme Paris est au roi / Je tiens à mon livre / Comme le roi à sa ville / Si vous voulez savoir mon nom / Regardez dans le petit rond / Si vous voulez savoir mon année / Regardez dans le petit carré / Si le public chérit mon livre / Je serai heureux comme un roi / Mais s'il est indigne de vivre / J'aime mieux qu'il meure que moi."

 

Nommé Caporal le 18/10/1903

André Bosc épouse Angèle Rosa Fabre le 26/04/1907 à Capdenac-Gare (Aveyron) puis monte à Paris comme contre-maître dans une faïencerie à Alfortville.

Rappelé à l'activité au 8e RIC, 27e Cie, le 01/08/1914 ; passé au 4e RIC, 4e Cie le 30/08/1914.

"Chère Rosa, maintenant nous y voilà, au milieu de la fournaise." (extrait de sa dernière carte écrite le 08/09/1914)

Son régiment prend part aux combats violents de septembre 1914 à Massiges.

Extraits du JMO :

"Le 15/09, la Division marche à l'attaque de la Côte 191" (terrain actuel de l' Association)

"Depuis le 16 septembre, temps détestable, pluie et vent froid. Les hommes souffrent beaucoup surtout la nuit malgré les abris en paille qu'ils s'ingénuent à établir dans les tranchées."

"Le 18/09, le régiment a l'ordre de se tenir sur la défensive sur la Côte 191 et la croupe qui descend de ce mamelon vers l' Est jusqu' à la route nationale de Ville-sur-Tourbe jusqu' à Cernay. Les artilleries arrosent réciproquement les tranchées. De notre côté, pertes insignifiantes les tranchées ayant été renforcées."

André Bosc est tué le 18/09/1914 dans les terribles combats de Massiges.

Il laisse une épouse et 4 enfants : Yvonne, Georges, Lucien, Andrée. Porté disparu pendant 4 ans, elle recevra un secours d'urgence de 150 fr en avril 1915.

Sa veuve Rosa

En début de guerre, à la demande de Joffre, les soldats sont primo-inhumés en fosse commune d' une centaine de corps. Dès 1915, les familles font pression pour réclamer des tombes individuelles dans l'espoir de récupérer un jour leurs corps.

L' acte de décès n'ayant été dressé qu' en 1918, il est fort probable qu'il n'ait été identifié que 4 ans plus tard.

Comme nombre de ses frères d'armes, il repose aujourd'hui dans l' un des ossuaires de la Nécropole Militaire du Pont de Marson.

Citation : "Brave caporal, dévoué, mortellement frappé le 16 septembre 1914 en accomplissant vaillamment son devoir à Massiges."

Croix de Guerre avec étoile de Bronze, Médaille Militaire

Monuments Aux Morts d' Alfortville et de Capdenac-gare (Aveyron)

(Avec l' aimable autorisation de André, Claude, Françoise, Anne-Marie, Pierre, Marie-Louise ses petits enfants ainsi que ses arrières et arrières arrières petits-enfants) 

 

 

Combats de MASSIGES du 24/12/1915 au 26/06/1916

Georges TAUPIN

Jublains, LA MAYENNE

Sous-Lieutenant au 115e RI

La version intégrale et captivante de son passage à Massiges est en ligne dans CARNETS ET PHOTOS puis Capitaine REVEILLARD du même régiment. Seuls quelques extraits sont retranscrits ici.

Né le 03/09/1888, fils de François et de Marie Lucie Leroux ; classe 1908, matricule n°479 au recrutement de la Mayenne.

1,60m ; cheveux châtains, yeux roux

Profession : maçon, entrepreneur

 

Classé service armé le 09/11/1914 à cause d'une "insuffisance musculaire", arrivé au 130e RI le 01/12/1914.

“ Bon pour le service armé infanterie “. J'étais content, j'allais donc pouvoir, moi aussi, prendre place parmi les combattants et, de cette façon, me hausser à leur niveau.

Nommé Caporal le 20/04/1915, arrivé au front (124e RI) le 02/05/1915, détaché au 1er Génie, Cie 4/52 jusqu'au 11/09/1915.

Passé au 115e RI le 05/10/1915 : "A notre arrivée, tous les survivants sortirent de leurs trous et alors un spectacle extraordinaire s'offrit à ma vue : douze jours de lutte et de souffrances avaient entièrement transformé ces hommes ; barbe longue, amaigris, les yeux luisants de fièvre, blanc des pieds à la tête par suite du terrain crayeux dans lequel ils vivaient, ils n'avaient plus rien d'hommes civilisés, on aurait dit une troupe de sauvages ; le contraste était d'autant plus frappant que nous, les nouveaux, nous étions frais et roses, la plupart habillés de neuf ; il est vrai que, quelques jours plus tard, nul n'eût pu reconnâître un ancien d'un nouveau, nous avions tous le même physique et même allure".

Nommé Sergent le 11/11/1915

13/11/1915 : cette fois nous ne montions pas en secteur mais devions exécuter des travaux de 2e ligne devant Tahure. Nous prîmes à nouveau les camions-autos qui nous débarquèrent à Suippes, puis, de là, nous gagnâmes à pied le village de Perthes-les-Hurlus, ou plutôt les ruines de Perthes car il ne restait au village, en tout et pour tout, qu'une cabane de cantonnier, le reste s'était écroulé, émietté sous les obus allemands. Chaque section se logea comme elle put dans de vieux abris, dont la toiture pourrie laissait filtrer l'eau, et infestés de vermine... comme repos cela se présentait bien. Pour ajouter encore au charme de la situation il se mit à faire un temps épouvantable, la neige tomba pendant plusieurs jours, puis après la neige vint la gelée, une gelée si forte que, bien qu'on ne fût encore qu'en novembre, on trouva un beau matin un des chevaux de la cuisine mort de froid. Notre travail consistait à creuser des tranchées et boyaux de communication devant Tahure, nous ne travaillions que la nuit mais, pour y arriver, il fallait s'offrir une promenade de 9 kilomètres et autant pour le retour ce qui faisait 18 et de plus, le Génie à la disposition duquel nous étions, exigeait une tâche de 2 mètres cubes et demi par homme ce qui représentait au minimum cinq heures de travail exténuant, dans un terrain crayeux, difficile à travailler... c'était du repos !...

Le 23/12, en guise de réveillon, nous montions à la Main de Massiges.

 

La Main de Massiges

24 décembre 1915 - 26 juin 1916

 

Le 24 décembre, dès que la nuit fut venue, mon Bataillon quitta donc Courtemont pour monter en 2e ligne à l'Index (...) enfin, après maints efforts laborieux, nous parvînmes à nous dégager de cette boue gluante et nous atteignîmes Minaucourt, en ruines également. Après avoir franchi la Tourbe au pont de Minaucourt, nous prîmes la direction de Massiges que nous laissâmes sur la droite et après avoir longé l'Auriculaire, l'Annulaire et le Médius , nous arrivâmes enfin à l'Index, en piteux état, bordés de boue jusqu'à la ceinture, et d'humeur morose, il était deux heures du matin... pour un beau réveillon, c'en était un ...

Bien qu'arrivés en pleine nuit, nous avions une petite idée de l'état du nouveau secteur que nous venlons de prendre, mais nous ne nous l'imaginions pas si déplorablement sale. Les coloniaux qui venaient de passer là cinquante jours, n'avaient pas touché à un outil, pas de boyaux, pas de cheminements, pas de passerelles sur les trous, rien que de la boue, encore de la boue et toujours de la boue, le 115e Terrassier avait du travail de tracé.

Le soir de Noël, je fus désigné comme chef de corvée pour aller à Massiges chercher le ravitaillement de la Compagnie et du Bataillon de 1 ère ligne. Je partis vers 8 heures du soir avec une quarantaine de poilus sous une pluie battante, m'éclairant avec une lampe électrique de poche. Je ne me souviens pas avoir pris jamais un bain de pieds pareil à celui que je pris ce jour - là : le long du Médius et des deux autres doigts avait été établi un chemin de rondins qui allait jusqu'à la route de Massiges, seulement, comme on avait négligé de faire des rigoles d'écoulement de chaque côté, les pluies précédentes avaient soulevé les rondins qui, surnageant sur trente centimètres d'eau, s'enfonçaient dans le liquide chaque fois que l'on posait le pied dessus, seulement si le rondin revenait à la surface, le piéton, lui, restait au fond, et cela se répétait sur une longueur de 1500 mètres, on devine sans peine si nous étions trempés !!... Encore, à l'aller il n'y eut que demi-mal, les poilus n'étaient pas chargés, mais en revenant avec des fardeaux de 40 à 50 kilos, sacs de pains, sacs de viande, de charbon, etc., ce fut non seulement dur, mais navrant, triste à en pleurer. Les malheureux poilus s'enfonçaient tout d'un coup dans la vase jusqu'à la ceinture, attendant, stoïques, qu'on vienne les retirer de leur position fâcheuse, mais ne lâchant pas leurs fardeaux : “ Il faut penser aux copains qui sont en ligne ! “ disaient-ils ; les braves garçons ! Que d'héroïsme caché sous leurs dehors frustres, ils ne songeaient pas à la boue qui leur glaçait les reins, ils ne pensaient uniquement qu'aux camarades qui étaient là-haut, au poste d'écoute, et qui, le lendemain, seraient heureux d'avoir du “ jus “ et de la bonne soupe chaude avec les denrées qu'ils avaient préservées de toute atteinte. Un dernier détail dépeindra mieux encore la situation pénible dans laquelle nous nous trouvions : le ravitaillement se faisait à dos d'homme, parce que les mulets ne pouvaient se mouvoir dans cette mer de boue, ce que la bête ne pouvait faire, l'être humain le faisait... cruelle nécessité causée par la guerre, cette guerre au cours de laquelle l'Humanité aura connu des misères et des souffrances sans précédents.

 

l'attaque devait être précédée d'une préparation d'artillerie de quatre heures et se faire ensuite par boyaux et à la grenade ; de plus, des sapeurs du génie devaient coopérer à l'attaque en lançant du liquide enflammé.

“ si le vent ne change pas, attaque demain “. Le lendemain matin, nous descendîmes à 180 en tenue d'assaut, couverture et toile de tente en sautoir, vivres de combat, etc... Nous touchâmes un demi-litre de vin en supplément aux cuisines puis nous attendîmes l'ordre de départ pour le Ravin des Noyers où se trouvait notre secteur d'attaque. Or, il arriva ceci : c'est que, une fois le vin distribué, le vent qui jusqu'alors soufflait du sud sauta brusquement au nord, rendant l'attaque impossible ce jour-là en raison de la coopération des lance-flammes, l'opération fut donc remise au lendemain et nous remontâmes à la cote 171 ; quant au “ pinard “ touché spécialement pour l'attaque, il ne fut même pas question de le rendre, la plupart des poilus l'ayant avalé séance tenante...

Le lendemain, même répétition que la veille, descente à 180, distribution de vin, vent favorable au petit jour et brusque saute au nord vers les 8 heures, les poilus tiraient de leurs pipes de larges bouffées qu'ils lançaient en l'air pour voir de quel côté le vent entraînerait la fumée ; n'eût été l'heure toujours grave de monter à l'assaut c'eût été comique... Finalement, vers 9 heures arriva une note de la Brigade contenant ces seuls mots : “opération remise à une date ultérieure”. Nous remontâmes une seconde fois à la cote 171 joyeux, ma foi ! C'étaient toujours quelques jours de plus à vivre pour certains d'entre nous !...

Le 10, départ de la cote 171, nous retournâmes au ravin des Pins où l'on apprit en arrivant que, quelque temps qu'il fit, l'attaque devait avoir lieu le lendemain, cette fois c'était sérieux. On nous dota de cuirasses, dites “ cuirasses Adrian “, sortes de lamelles de fer assemblées et recouvertes de gros drap qui nous protégeaient la gorge, la poitrine, le ventre et les cuisses ; c'était lourd, fatigant à porter, et d'une efficacité douteuse, une balle passait au travers comme dans du bourre et un éclat de moyenne force les traversait également, en un mot, cela ne répondait en aucune façon au but visé par l'inventeur. C'était, paraît-il, un essai que l'on voulait faire et, avant d'en doter l'Armée entière, le Haut Commandement voulait avoir l'opinion des combattants, de plus, l'inventeur avait oublié un détail important : dans l'Armée française il y a des soldats de toutes tailles, tandis que ses cuirasses étaient faites sur un modèle unique. Résultat : les cuirasses étaient trop grandes pour les petits et trop petites pour les grands. Enfin, après un ajustage qui s'avéra laborieux chacun finit par s'arranger de la sienne.

Le 11 au petit jour, nous quittâmes le ravin des Pins pour aller d'abord à la cote 180 où devait avoir lieu la distribution des munitions ; il faisait un temps exécrable, on ne peut plus mal choisi ; la neige, tombée la veille et l'avant-veille, avait détrempé le terrain, et pour ajouter à notre guigne une pluie fine, sorte de neige fondue, se mit à tomber sans arrêt à partir de 8 heures. A 11 heures, arrivée au Ravin des Noyers ; nous prîmes position, en attendant l'heure de l'attaque, dans des abris situés dans le boyau Lovaux ne laissant en 1ère ligne qu'un veilleur par section qui était relevé tous les quarts d'heure. A midi le bombardement cornmença et pendant quatre heures ce fut un roulement continuel d'explosions d'obus et de torpilles. Les Allemands répondaient avec énergie sur nos premières lignes et sur nos batteries.

A quatre heures moins le quart, la Compagnie se massa en première ligne, prête à se porter en avant. J'avais, avec ma demi-section, une mission spéciale à remplir : au signal d'attaque je devais monter sur la plaine, franchir en vitesse l'espace qui séparait les lignes allemandes et françaises et sauter dans un petit poste allemand afin de prendre à revers les défenseurs de la tranchée ennemie qui, pendant ce temps, seraient occupés à se défendre à gauche contre le reste de la compagnie attaquant par le boyau B 1. Afin de me faciliter la tâche, on avait fait creuser une sorte de petit boyau qui s'avançait comme un bras entre les deux lignes et à l'extrémité duquel était placée une échelle qui devait servir à l'escalade. Je m'engage avec ma demi-section dans le dit boyau, mais ceux qui l'avaient fait creuser n'avaient pas prévu notre équipement anormal, la cuirasse, la couverture et la toile de tente nous donnaient un diamètre supérieur à la largeur du boyau, au bout de quelques pas, impossible d'avancer ; je commande demi-tour et nous revenons en 1ère ligne. Le capitaine André passait justement, je lui expliquai la situation en lui demandant ce qu'il y avait lieu de faire : “ Engagez-vous dans B1 et appuyez l'attaque derrière la section Maurice “ me dit-il ; aussitôt dit, aussitôt fait. A quatre heures exactement, le génie fait sauter à la mélinite les barrages en sacs à terre, les sapeurs arrosent le boyau avec leur pétrole enflammé et nous nous élançons en avant en nous frayant un passage à la grenade. Tout d'abord, nous progressons sans trop de peine, l'attaque a visiblement surpris les Allemands qui ne s'attendaient pas à notre visite ; nous gagnons ainsi cinquante mètres dans le boyau ce qui nous conduit presque au carrefour de la tranchée à enlever mais là, nos ennemis s'étant ressaisis, nous opposent une vive résistance et un furieux combat s'engage à la grenade, au cours duquel nous subissons de fortes pertes, la majeure partie en blessés légers, heureusement.

Cependant l'attaque se déroulait mais n'amenait pas le succès escompté.

j'étais tellement fatigué, épuisé par ces dix-huit heures de tension nerveuse que c'est avec l'allure d'un homme ivre, titubant, me buttant aux parois des boyaux que je pris le chemin de l'arrière, j'étais à bout.

montés à l'attaque avec un effectif de 31 hommes, nous revenions six, moi comme sergent, un caporal et quatre hommes, j'avais eu vingt-quatre blessés et quatre tués. Je m'en tirais avec quelques égratignures, un éclat de grenade m'avait enlevé un peu de peau sur la main droite, un autre, ayant traversé la guêtre, était resté entre chair et peau à ma jambe droite, un peu de teinture d'iode là-dessus, et ce fut guéri.

Blessé le 11/02/1916 à la main et à la jambe droite par éclats de grenade (Massiges)

A la suite de cette affaire, je fus cité à l'ordre du jour de la 16e Brigade ; quelques semaines plus tard, on me remit la Croix de Guerre qui me causa un légitime plaisir, car, sans vantardise, j'estimais l'avoir bien méritée.

Citation : " Sous officier énergique, s'est particulièrement distingué dans les combats du 11 février 1916 par son activité et son courage. A été blessé."

Quant aux cuirasses, l'expérience avait été concluante. Elles convenaient merveilleusement à des cavaliers qui avaient des chevaux pour les porter mais, non à des fantassins ; la plupart d'entre nous les avaient jetées au début de l'attaque et trois mois après on en retrouvait encore sur les parapets ou dans la boue...

 

Le 21 vers 8 heures du soir, nous nous préparions à remonter aux tranchées, quand notre attention fut attirée par une quantité inusitée de projecteurs fouillant la nuit sombre ; nous percevions nettement un bruit de moteurs et tout d'abord nous crûmes à un raid d'avions, quand, tout à coup, nous aperçûmes pris dans les rayons croisés de trois projecteurs un énorme ballon dirigeable, un Zeppelin semblant se diriger vers l'Ouest, c'est-à-dire vers Paris mais qui, au bout de quelques minutes évolua lentement et reprit la direction de l'Est gêné sans doute par les projecteurs et aussi par les obus lumineux qui décrivaient en l'air leurs gracieuses trajectoires.

L'heure du départ étant arrivée, nous nous mîmes en route tout en regrettant de ne pouvoir suivre les péripéties de cette chasse au monstre qui promettait d'être intéressante. Nous arrivions à hauteur de la cote 202 quand tout à coup un cri s'éleva, se répercuta sur toute la longueur de la colonne : “ Ça y est, il brûle!” J'aperçus alors dans la direction de Bar-le-Duc un point rouge qui grossit, grossit démesurément puis se mit à descendre lentement d'abord, accélérant sa vitesse au fur et à mesure qu'il se rapprochait du sol. Arrivé à moitié de la descente, l'énorme boule rouge se divisa en deux, les deux tronçons se mirent à descendre avec une rapidité vertigineuse puis, ce fut la nuit... le Zeppelin avait vécu ! Il était tombé en flammes près de Revigny abattu par les artilleurs d'une section d'auto-canons. Au-dessus de nos têtes un deuxième Zeppelin fut visible un instant dans le reflet des projecteurs mais, ayant aperçu la fin tragique de son compagnon de route, il n'insista pas et fit demi-tour. Ce raid de dirigeables, si piteusement échoué, concordait avec le début de l'offensive allemande contre Verdun, comme nous l'apprit le communiqué du lendemain.

A peine avais-je fait de nouveau une dizaine de pas que j'entendis un sifflement et une explosion simultanés... un 105 venait d'éclater à deux pas devant moi dans le boyau ! J'eus juste le temps de mettre un genou en terre, me cachant la figure avec mon bras gauche, d'un geste instinctif, m'attendant à être criblé d'éclats... rien, pas une égratignure ! A quoi tient la destinée parfois ?... Sans la rencontre inopinée des deux poilus, je faisais deux pas de plus et l'obus me coupait en deux. Étourdi par la commotion, je me relevai au bout de quelques secondes, à demi asphyxié par la fumée, le nez, les yeux, les oreilles remplies de terre et de fumée... et tenant toujours dans ma main droite une petite canne en bambou que j'avais serrée si fortement, que les nervures du bois s'étaient imprimées dans ma chair.

Vingt jours plus tard, le 22 juin, se produisit un fait d'une rare audace et tout à l'honneur de celui qui I'exécuta : surpris de ne trouver personne dans la sape 19 où il vient de pénétrer, l'officier allemand qui commandait le détachement, s'avança dans nos lignes jusqu'à l'entrée de l'abri sans veilleur puis, évitant de se faire voir, il cria dans l'escalier, d'une voix brève, et en bon français : “ Les gradés à moi ! ” Croyant avoir affaire à un officier français, l'aspirant Tizy qui commandait la section, les deux sergents et les quatre caporaux grimpèrent les marches quatre à quatre et... furent faits prisonniers à la sortie par l'officier allemand qui, revolver au poing les cueilla délicatement au fur et à mesure qu'ils sortaient et les emmena dans ses lignes en leur disant ironiquement : “ Par ici, Messieurs ! ” Avant de partir, il fit signe à ses hommes qu'il avait suffisamment de prisonniers et ceux-ci nettoyèrent l'abri à coups de grenades, tuant ou blessant une douzaine d'hommes. après quoi, ils rentrèrent chez eux tranquillement, l'opération n'avait pas duré trois minutes !

Ce fut notre dernière affaire dans le secteur de la Main de Massiges, secteur qui avait coûté cher au 115e de Noël à juin, nous avions en plus de 200 tués dont 142 enterrés à l'Index, et environ 1200 évacués tant blessés que malades, ce qui représentait l'effectif total en combattants du régiment.

12 août 1916 : Était-ce donc encore la Champagne pouilleuse avec ses plaines arides et ses sapins rabougris qui nous attendait ? Hélas oui ! nous retournions en pays de connaissance... Tout à côté de la Main de Massiges où nous avions lutté pendant six mois, nous prenions le secteur de la Butte du Mesnil !


JMO du 08/05/1917 : "Le Combat rapproché commencé par un combat à la grenade dégénère en un corps à corps sanglant où le couteau joue son rôle. A notre droite, liaison avec le 317e, l'ennemi attaque avec des lance-flammes, contre-attaque."

 

Blessé le 08/05/1917 à la paupière inférieure droite par éclat de grenade dans le secteur de Moronvilliers (Marne)

Citation : "Sous officier énergique, courageux et du plus grand sang froid. Le 8 mai 1917, ayant été attaqué par un ennemi très supérieur en nombre, a fait évacuer momentanément un petit poste de tranchée sérieusement menacé par l'ennemi. Ayant été cherché des renforts, a contre-attaqué immédiatement et nettoyé l'élément de tranchée en causant des pertes sérieuses à l'ennemi."

Nommé Sous-Lieutenant à titre temporaire le 19/06/1917

Citation : "Officier très allant et très brave : le 26 novembre 1917 s'est élancé en tête de ses hommes à l'assaut des positions ennemies, a poussé jusqu' à la 3e ligne distante de 500 mètres du point de départ. a nettoyé ces trois lignes, remplissant intégralement la mission qui lui était confiée (Deux blessures au cours de la campagne. Deux citations) Croix de guerre."

 

Disparu le 15/07/1918 au combat de Chatillon sur Marne, fait prisonnier. Georges Taupin commence à écrire son carnet pendant sa captivité.

Promu Sous-Lieutenant à titre définitif le 17/08/1919 puis Lieutenant à titre temporaire.

Marié le 23/04/1923 avec Charlotte Paulin

Promu au grade de Capitaine de réserve en 1935. Chevalier de la Légion d' Honneur.

Georges Taupin est décédé accidentellement le 15/08/1943

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur Jean Simart, son neveu)

 

 

MORT POUR LA FRANCE à VILLE-SUR-TOURBE le 25/09/1915

Léon BEAUSSERON, 34 ans

Lussant, CHARENTE INFERIEURE

3e RIC

Né le 17/11/1880, fils de François et Léontine David ; classe 1900, matricule n°1139 au recrutement de La Rochelle.

1,61m ; cheveux châtains, yeux gris bleu

Profession : maçon

Service militaire au 49e RI en 1901, réformé en 1903 pour "dyspepsie chronique et rebelle"

Suite à l'hémorragie des premiers mois de guerre, de nombreux hommes réformés sont rappelés.

Classé dans le service armé le 11/12/1914, affecté au 7e RIC.

Arrivé au corps le 19/02/1915, passé au 3e RIC le 05/04/1915

Tué à l'ennemi le 25/09/1915 à VILLE-SUR-TOURBE

Primo-inhumé au Cimetière Militaire de Virginy, il est transféré en 1923 dans l'un des ossuaires de la Nécropole Nationale du Pont de Marson.

(Avec l'aimable autorisation de sa famille, de visite à Massiges en Juillet 2018)

 

 

MORT POUR LA FRANCE à la Ferme de BEAUSEJOUR, le 18/07/1918

Joseph Philippe CHAMAYOU , 32 ans

Paulinet, TARN
Caporal Aumônier Infirmier Brancardier au 215ème R.I., 6ème bataillon

Né le 1er Mai 1886 à Paulinet, canton d’Alban dans le Tarn, ce fils de cultivateur fit son service militaire au 96ème R.I. du 8 octobre 1907 au 29 septembre 1909. Il fut classé dans le service auxiliaire pour cause d’hypermétropie puis fut mis en réserve de l’armée active.


Lors de la mobilisation générale le 4 Août 1914, il était prêtre, professeur à l’école Sainte-Marie d’Albi (Tarn). Il sut tout de suite que son devoir pastoral et de citoyen l’appelait auprès des hommes qui seraient les plus exposés au front. L’abbé CHAMAYOU se porta donc volontaire pour être aumônier régimentaire au 215ème R.I. d’Albi (Tarn) et il fut rattaché au service infirmier du 6ème bataillon. Il effectua alors son ministère en soutane, portant un brassard marqué de la croix rouge.

En juillet 1916, il fut incorporé au régiment en tant que caporal brancardier et prit alors la tenue militaire et toutes les charges liées à son grade.

Il ne concevait son apostolat que par l’écoute des hommes qui se confiaient à lui et par l’exemple donné par ses actes de dévouement et de bonté, tout en se montrant sans crainte, tel qu’il était, sans bavardages inutiles. Les cigarettes qu’il offrait étaient une main tendue à ceux qui les prenaient pour échanger le temps de les fumer. Admiré et aimé de ses compagnons, respecté et apprécié des officiers, il était devenu « l’aumônier » qui convertissait ou ramenait à la pratique religieuse ceux qui s’en étaient éloignés. Il faisait l’unanimité et chacun de ses compagnons et même les officiers étaient fiers d’être vus avec lui.


«Caporal Aumônier brancardier aux tranchées de Beauséjour»

(Photo de Joseph CHAMAYOU extraite de l'album-photos du Sergent fourrier Hubert POUSSOU, 215e RI)


Ce petit homme râblé était un marcheur infatigable : chaque jour il parcourait boyaux et tranchées pour visiter les hommes auxquels il apportait du réconfort grâce à son dévouement, sa bonté simple et souriante, son calme imperturbable. Son courage était sans borne dans toutes les attaques et dangers auprès des hommes au front qu’il soutenait, encourageait ou secourait. Persuadé de n’avoir fait que son devoir il refusa plusieurs fois de recevoir les honneurs militaires dont témoignent les remises de médailles.

Jamais il ne fut blessé, au point que tous le croyaient invulnérable jusqu’à ce jour funeste du 18 Juillet 1918 lors d’une attaque à la ferme de Beauséjour dans la Marne ; il accompagnait alors un groupe de mitrailleurs et fut tué sous un violent bombardement.
3 citations attestent de son engagement militaire et reconnaissent son courage pour secourir les blessés et assister les mourants au mépris du danger.


Citation : à l’ordre de la Division N° 129 le 15 Août 1917 (texte à venir)

Citation :
« Très courageux et très dévoué, s’est dépensé sans compter dans les journées du 7 et 8 Avril 1918, faisant l’admiration de tous pour son insouciance au danger. »

Citation :
« Bien que faisant partie du service auxiliaire, est parti volontairement en 1914 comme aumônier régimentaire au 215ème régiment d’infanterie. Incorporé à ce régiment comme infirmier en avril 1916, n’a cessé de donner le plus bel exemple de courage et de dévouement, cherchant les endroits les plus exposés pour encourager les combattants, personnifiant le mépris du danger, a fait l’admiration de tous. A été tué le 18 Juillet 1918 en encourageant un groupe de mitrailleurs qui se mettaient en batterie à découvert sous un violent bombardement d’une extrême violence. »

 Avec l'aimable autorisation de la famille de Joseph CHAMAYOU. Texte composé par Monsieur Claude POUSSOU, petit-fils du Sergent Fourrier Hubert POUSSOU, son frère d’armes, dont les photos sont en ligne dans CARNETS ET PHOTOS)

 

 

Combats de MASSIGES de Décembre 1915 à Juillet 1916

René CAUCHEFERT

Neuilly Saint Front, AISNE

101e RI, 117e RI (3e Cie)

Né le 05/10/1886, fils de Louis et Marie-Edith Bombart ; classe 1906, matricule n°708 au recrutement de Soissons.

1,65m ; cheveux noirs, yeux bruns

Engagé volontaire pour 3 ans au 67e RI ; soldat de 1ère classe le 11/04/1906 puis Caporal le 18/09/1906.

Instituteur à l'école du centre de Soissons, il est mobilisé en Août 1914 au grade de Sergent au 267e RI, avec son frére ainé Fernand.

Lors de la retraite de Belgique, René Cauchefert est blessé à St Quentin le 29/08/1914 : "plaie en séton par baionnette avant-bras droit" ; son frère est lui blessé par balles à la hanche et à la tête en repartant chercher son Capitaine également blessé (a été cité).

 

René et Fernand Cauchefert

Rentré au dépot le 20/10/1914.

Passé au 9e Bataillon du 10e1 RI le 01/12/1915 puis au 117e RI (3e Cie) le 21/03/1916, René restera à Massiges et son secteur plusieurs mois.

Depuis le 06/12/1915, le 101e RI relève le 142e RI au sous-secteur Ouest de Massiges (Oreille, Cratère et Poste de secours).

Extraits du JMO :

Du 7/12 au 14/12/1915 : bombardements quotidiens du Cratère et de l'Oreille par obus 77 et 105, et obus lacrymogènes (12/12). Travaux nettoyage et entretien.

14/12 : relève par le 142e RI. Repos à Dommartin-sous-Hans

22/12 : relève du 142 et d'un bataillon colonial. La Cie de René Cauchefert prend position dans le village même.

24/12 : journée calme. Bombardement de Virginy, du Cratère et de la Verrue par obus 77 et 105.

 

Lettre écrite probablement à cette date par René Cauchefert :

"Cher oncle, chère tante,

Me voici en Champagne, en arrière du front avec les petits bleus de la classe 16. Comme mon adresse vous l'indiquera j'ai quitté mon régiment pour être affecté au 101e RI. J'ai quitté Dreux le 1er, deux jours après mon retour de permission. Je ne puis vous dire combien le départ a été pénible pour tous. Il est vraiment dur de

quitter son pauvre Papa dans l'état où je l'ai laissé et de le sentir souffrir toujours atrocement. Depuis mon départ je n'ai eu aucune nouvelle rassurante.

Aucune amélioration n'est apparue. Elle est cependant bien désirée et bien demandée. Le mieux est d'être courageux et de chasser l'ennui quand il nous prend.

Courageux, je le suis. (...)

Depuis que nous sommes arrivés il pleut tous les jours et nous pataugeons dans la boue crayeuse. Les pieds sont toujours dans l'eau ; malgré tout je ne suis pas enrhumé.

Nous sommes dans un malheureux petit village pauvre qui compte 130 âmes et qui abrite 750 hommes. Il est impossible de se ravitailler et il est défendu de franchir ses limites. C'est très difficile de se procurer même du lait. C'est vous dire combien les ressources sont restreintes.

Je couche dans la paille avec les 30 hommes de ma demi-section. (...) Mes hommes et mes camarades sont très gentils avec moi. Mes chefs sont bons, mais la discipline est sévère.

Fernand m' écrit. Papa a toujours de la fièvre et souffre de son bassin et des jambes. Que de souffrances il endure !" (...)

C'est à Massiges que le régiment reçoit l'ordre de partir pour Verdun en Juillet 1916.

Citation :

Après Verdun, le 117e RI est ramené en Champagne où lui est confiée la défense du secteur de la Butte-du-Mesnil (Août à Octobre 1916) avant de partir pour la Somme.

Nommé Adjudant le 12/08/1916.

Blessé grièvement à Moronvilliers le 15/05/1917 : "2 éclats d' obus au bras droit, humérus fracturé, vaste plaie de la région sous-claviculaire par éclat d'obus ; le projectile est passé à quelques millimètres de l'artère carotide et de la trachée artère." 

Citation : "Sous-Officier doué des plus belles qualités militaires. Grièvement blessé en dirigeant un ravitaillement en munitions sous un violent tir d'artillerie, après avoir donné pendant la période du 3 au 15 mai des preuves quotidiennes de courage et de dévouement."

Croix de guerre et Médaille Militaire.

2 ans lui seront nécessaires pour se rétablir.

Classé Service Auxiliaire le 12/02/1919, pension permanente de 15% pour "séquelles de fracture compliquée de l' humérus droit avec adhérences. Faiblesse du membre."

"Il reprit son emploi d'instituteur aprés la guerre puis devint directeur de l'école du Bussy s/Aisne et Soissons.

Aprécié dans la famille pour sa trés grande gentillesse et douceur, il ne parlait jamais de cette période douloureuse de sa vie pasée dans les tranchées.

Il mourut en 1957 à l'âge de 71 ans de polyarthrite (il a du laisser plusieurs années d'espérance de vie dans la boue du front)." 

Monsieur Rémi Cauchefert , son petit-fils.

 Avec son aimable autorisation.

 

 

Combats de MASSIGES en 1918

Albert Emile DEBOURG, 20 ans

NEW YORK, USA

HARLEM HELL FIGHTERS

Cie B, 369th regiment, 15 régiment de la Garde Nationale de New-York

Ce régiment Afro-Américain a combattu sous la 16ème Division de l' Armée française

 

Né le 15/08/1896 à Grenada BWI, Albert De Bourg est enrôlé le 06/06/1917 à New York sous le matricule 103162.

Il embarque pour la France le 12/12/1917 à bord du Pocahontas.

(US Pocahontas)

A l' époque, c'est encore l' Amérique de la ségrégation : l' armée US ne veut pas donner d' arme à ces hommes. C'est donc l' armée française qui prend en charge ces soldats et les fait combattre.

"Harlem Hellfighters at train barricade, in French uniforms" (Courtesy of NYPL)

"On leur fait faire des opérations coup de main : il s'agit de partir dans la nuit pour aller capturer des Allemands" (Eric Marchal)

Les premières décorations reçues en France par ces soldats l'ont été pour des actions menées dans le secteur de Massiges...

Avec 182 frères d' arme de la Cie B du 369 RIUS, Albert De Bourg repart de Brest le 09/02/1919 à destination de New York.

Il est démobilisé le 24/02/1919 et s'établit comme photographe.

Avec sa femme Marjorie, il aura 3 enfants : Edward, Randolph E. et Synthia.

Albert De Bourg est décédé le 08/04/1959, il repose au cimetière de Long Island.

Randie De Bourg, sa petite-fille, au départ juste de visite sur un simple champ de bataille, a été bouleversée d' y apprendre l' histoire de son grand-père !

Un monument en mémoire de ces combattants afro-américains sera érigé en leur présence le 23 Septembre, à la Main de Massiges, pour le centenaire de l' offensive Argonne-Meuse.

(Avec l'aimable autorisation de Mrs Randie Debourg, sa petite-fille, en visite en Juin 2018 à Massiges avec son mari Brad Carty et leur neveu en photo)

 

 

Combats de MASSIGES Janvier-Mars 1917, MPLF le 11/08/1918

Maurice René GUERREAU

Paris 10e, SEINE

13e RI

"Je ne puis que te parler de mon existence au jour le jour, et ce n’est qu’un long tableau de terreur, de boue, de chair hachée et de sang. Peux-tu me tenir rigueur de t’en épargner la description ? Je sais cependant que quand une personne tombe du 6è étage, tu ne te précipites pas pour la regarder !"

Né le 23/08/1895, fils de Michel et de Elisabeth Perrot ; Classe 1915, matricule n° 385 au recrutement de la Seine 1er Bureau.

1,66 m ; cheveux bruns, yeux marrons

Profession : sténo-dactylographe

"René est le plus jeune des 4 frères ( dont mon grand-père) qui sont partis en 14. Il n’avait pas encore 21 ans lorsqu’il s’est retrouvé à la main de Massiges. L’un de ses frères est mort en septembre 14."(Daniel Guerreau)

Incorporé à compter du 19/12/1914 ; soldat de 1ere Classe le 18/06/1915.

 

Extrait de l' Historique du 13e RI :

"En Janvier 1917, le 13e est désigné pour aller assurer la défense du sous-secteur de la Main de Massiges, qui a sa place déjà bien marquée dans les annales de la guerre et rappelle à tous les furieux combats de 1915.

Deux bataillons tiennent la Main de Massiges : le bataillon de droite est assis sur les croupes de la Verrue et du Cratère, le bataillon de gauche est sur la croupe du Pouce dominé par le Mont Têtu solidement organisé par l'ennemi et protégé par une véritable "mer de fil de fer".

Jusqu'au 13 février le secteur paraît tranquille, l'artillerie se taît obstinément, mais ce calme est le signe précurseur de l' orage ! Dans la nuit du 14 au 15 février, l'ennemi déclenche tout coup sur tout le sous-secteur un sévère bombardement par obus explosifs et obus toxiques de tous calibres.

Vers 4 heures du matin, une violente attaque se produit sur Maison-de-Champagne (...) suivie de contre-attaque de nos troupes, qui ont contribué à maintenir pendant un mois une certaine agitation dans le secteur".

Secteur 222, ce 13 Mars 1917

Chère maman

A de multiples reprises, tu m’as demandé une longue lettre. Mais que veux-tu que je te dise en un si long chapelet ? Je ne puis que te parler de mon existence au jour le jour, et ce n’est qu’un long tableau de terreur, de boue, de chair hachée et de sang. Peux-tu me tenir rigueur de t’en épargner la description ? Je sais cependant que quand une personne tombe du 6è étage, tu ne te précipites pas pour la regarder !

Il y a 25 jours, lorsque nous avons reçu ces fameux gaz, les Boches attaquaient sur notre gauche et enlevaient un saillant assez important. Nous étions en réserve. Bombardement, explosions dans l’air irrespirable, morts, blessés, empoisonnés (car nos masques étaient insuffisants contre cette nouvelle espèce de gaz). Le bombardement ne fit que diminuer pour reprendre avec plus d’intensité il y a 6 jours. Le 8, après un effroyable déluge de part et d’autre, notre contre-attaque se déclenchait. J’eus la curiosité de regarder l’assaut de mes camarades : à 500m de moi, des tirailleurs étaient couchés dans la neige, et sur eux, les schrapnells éclataient si serrés que les balles de plomb devaient être plus nombreuses que les flocons blancs. Puis ils se relevèrent pour se perdre alors dans la fumée et la brume de cet après-midi d’hiver, dont la grisaille à reflets blancs était sinistrement éclairée de courtes flammes. 

Et tandis que le tonnerre roulait toujours ses mille voix métalliques et déchirantes, derrière eux, à la place qu’ils occupaient tout à l’heure, quelques taches bleues mouchetaient d’une hermine 

irréelle le manteau blanc de la terre frileuse ; puis des points bleus se bordaient de rouge en se tordant doucement. Je rentrai à mon observatoire pour surveiller la droite. Les camarades reprenaient, à peu de choses près, le terrain perdu. 

Mais, le lendemain, le « Matin » bourrait le crâne de ses lecteurs, annonçant un succès français plus important qu’il ne l’était, et faussant pour cela le communiqué. Il serait à souhaiter que les badauds pussent se rendre compte des conditions réelles et de la portée d’une attaque avant d’hurler au succès. 

Je t’écrirai d’ici peu pour te prier d’acheter en volume « Les Mémoires d’un Rat », feuilleton de « L’œuvre », qui constitue pour moi un vivant souvenir, et avec l’auteur de qui j’ai correspondu.

Les meilleurs baisers de ton fils qui réclame la paix comme un droit. René GUERREAU"

Ce 19 Mars 1917

"Chère maman

Voici plusieurs jours que je n’ai rien de toi. Ma santé est toujours suffisante pour que je reste en ligne. Ici, secteur devenu un peu plus calme.

Que devenez-vous par là-bas ? Le cafard me travaille toujours, et il est plus facile pour nos députés de chasser un ministre de la guerre (Lyautey) que les Boches : les gens capables font peur aux incapables ! Les meilleurs baisers de ton affectueux, René Guerreau"

René Guerreau avec son escouade

Détaché comme sténo le 20/03/1917 puis à l'Etat-Major de la 169e Division le 05/10/1917.

Affecté à la Compagnie Hors Rang comme téléphoniste le 01/02/1918 puis

Envoyé en renfort au 13e RI le 28/01/1918 au 13e RI, dans la Compagnie Hors Rang (CHR). Composée de la garde du drapeau et de la musique du régiment, elle est aussi une unité combattante.

Affecté à la 6e Cie le 26/06/1918

 

Ce 26 Juillet 1917 (départ pour l'Argonne)

"Chère maman

Après une période assez mouvementée et agréable, me voilà revenu à la mélancolie du village que j’ai déjà eu l’occasion de te décrire. Et la date de la perm qui n’arrive pas ! Je commence à me dégoûter singulièrement. (...) Rousseau mort ! Et plusieurs copains avec dont les tombes viennent de s’installer ici. Ca fait toujours plaisir ! Mais, quelque désir que j’en aie, je n’ai pu m’arrêter à Ste M… pour l’aller voir. Le cimetière, d’ailleurs, est à cet endroit de peu d’importance : 10.000 habitants tout au plus. Il ressemble vaguement à un champ de cocardes tricolores, moisson bariolée qui ne peut avoir la prétention de remplacer les beaux épis humains sacrifiés à la folie sanguinaire de nos contemporains.

Ils étaient un quatuor d’amis : Rousseau est mort, Martinaud est mort, Sténuit et Lanourrice, excédés de carnage, viennent d’être condamnés au Conseil de Guerre pour faute contre la discipline. Tous étaient de ma classe. 4 vies sont brisées, 4 familles sont en deuil de nos 4 amis.  Mais les victimes n’arrêtent pas ceux qui ont soif de la guerre, et qui vivent, et qui font répandre le sang à leur profit. Toutes mes condoléance à sa marraine. Michaud est parti, je crois, faire un stage à l’arrière, pour une petite période d’instruction.

Ton bien affectueux, R. Guerreau"

Ce 4 Août 1917

"Chère maman

(...) Tu te plains que mes lettres soient rares : il ne se passe pas d’évènements pour une troupe en secteur ! Je t’ai déjà décrit le lieu où je me trouvais.

Aucun changement n’est survenu. Ne pouvant te parler des évènements, il m’est aussi difficile de te parler des gens. Ceux qui m’entourent sont indifférents, ou hostiles. C’est la lutte pour la vie, ici comme ailleurs, chacun daubant sur le voisin pour être mieux vu. Dans ce tournoi, je suis vaincu d’avance, car mon caractère n’admet que la droiture, et j’aime mieux faire tort à moi-même qu’à autrui. A l’encontre des soldats de la tranchée, ces hommes qui ont un petit filon sentent combien il est fragile, et tous s’aplatissent devant ceux qui peuvent le consolider de leur autorité : jamais le joug n’a autant pesé sur épaules plus avides de liberté, sur esclaves plus assoiffés de vie et de jouissances
Puisses-tu dire vrai au sujet de la proximité de ma permission ! C’est l’oasis au milieu du désert, c’est l’îlot où aborde la barque ballottée par la tempête, mais ce n’est pas encore l’arc-en-ciel signe de paix avec Dieu, car ces temps d’arrêt dans la course à la mort ne sont plus une consolation pour les Juifs errants que nous sommes, condamnés à souffrir d’une tourmente dont personne ne veut prévoir la fin.

Bons baisers de ton très affectueux, R. Guerreau"

 

René Guerreau est tué le 11/08/1918 à Rubescourt (Somme). Porté disparu, il sera retrouvé probablement lors de la remise en culture des champs et inhumé à la Nécropole de Montdidier, tombe n° 2350.

Médaille Militaire

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur Daniel Guerreau, son petit-neveu)

 

 

Mort Pour La France à MASSIGES Côte 191 le 25/09/1915

Camille Arsène VILAY, 22 ans

La Roche-Sur-Yon, VENDEE

23e RIC, 2e Bataillon, 7e Cie

(Camille Vilay avec un de ses frères d'arme identifié : Albert Dadure, retrouvé en 2013)

Né le 09/06/1895, fils de François et de Célina Démigné ; Classe 1915, matricule n°2017 au recrutement de la Roche-Sur-Yon.

1,65 m ; cheveux bruns, yeux verdâtres

Profession : maréchal ferrant

Incorporé au 23e RIC le 16/12/1914 ; passé au 1er Régiment des Cuirassiers le 26/01/1915

Passé au 23e RIC le 09/05/1915

Tué le 25 septembre 1915 à Massiges, Côte 191, par suite de blessure d'arme à feu.

Camille Vilay a été signalé dans le dernier bulletin , comme gravement blessé et disparu.

Depuis, signalé comme décédé.

Un de ses camarades écrivait aux parents du pauvre enfant à la date du 30 octobre , les détails suivants :

"J’ai la douleur de vous dire que Camille est mort. Je suis allé interrogé le brancardier qui le conduisait .Il serait mort au poste de secours des suites de ses blessures.

Pour plus de certitudes , je suis allé trouvé le secrétaire du commandant major chef du régiment . C’est de lui que j’ai appris que Camille était mort et qu’il avait été enterré à MASSIGES à 2 kms du champ de bataille , cela à été pour moi une grande surprise car tous ses camarades m’avaient dit qu’il était blessé aux genoux".

Inhumé au cimetière de la Place d' Armes, tombe n° 95.

Ré-inhumé en 1923 à la Nécropole militaire du Pont du Marson, tombe 428.

(Avec l'aimable autorisation d' Arnaud Vilay, son petit-fils)

 

 

Cactus Jean Antoine DESCHAMPS

Sousse, TUNISIE

Sergent au 2e Génie, 57e section de Projecteurs de Campagne

Né le 14 septembre 1887, fils de Antoine et de Marie Lesage ; classe 1907, matricule 1551.

1,69 m ; cheveux bruns, yeux bleus

Profession : géomètre, directeur d'exploitation (marchand de bois)

ENGAGE VOLONTAIRE pour 3 ans le 07/08/1908 à la Mairie de Lyon pour le 2e régiment du Génie.

Caporal le 20/05/1909.

Passé au 5e Génie pour être détaché à la Côte d' Ivoire jusqu'en 1911 : Cactus Deschamps travaille à la construction de la ligne de chemin de fer qui part d'Abidjan. Nommé Sergent le 01/09/1910.

Mobilisé à la Côte d' Ivoire le 04/08/1914, affecté au 6e Régiment d' Artillerie Coloniale, 8e Cie à Dakar le 26/08/1914.

Embarqué pour la France le 18/09/1914, en détachement sur le vapeur " amiral Hanudin (?) ", arrivé en France et passé au 2e Génie le 02/10/1914.

Passé à la section de Projecteurs du Mont-Valérien le 25/04/1915, parti aux Armées le 13/06/1915 (57e section de Projecteurs de Campagne). Ils servaient à éclairer le champ de bataille.

Auto-projecteur

"Juin 1915 Mourmelon appareil de 80" (Projecteur Barbier-Benard-Turenne)

"75 contre avions Juillet 1915"

"Mourmelon le Grand Août 1915 Arrivée des zouaves"

"20 Août 1915 Les mitrailleurs des tirailleurs arrivent à M. le G." (Mourmelon le Grand)

 

Sa section est engagée dans l' Offensive de Septembre 1915

"Notre campement au 106 septembre 1915 Cuisinier et popote des s.off."

"Septembre 15 Cantonnement du 106. Le départ des indésirables pour le Mont Valérien"

Prisonniers allemands, Septembre 1915

"Prisonniers Boches Attaque de Champagne Septembre 1915"

" Virginy Décembre 1915"

MASSIGES 1916

"Massiges Vue, tout ce qu'il y a de plus générale"

"Massiges l'entonnoir du cratère"

(A l'emplacement actuel de l'entonnoir !)

"La Verrue soldat Mazières et 77 février 1916"

"Soldat Mazières la Verrue fév 1916" et "Toubib Roumazeilles Virginy fév 1916"

"Massiges. La Chenille (ou Mont Têtu) Vue d'un créneau du Col des Abeilles"

Citation : "A dirigé pendant une semaine ? soumis à un bombardement continuel, a donné l'exemple à ses hommes et montré un mépris absolu du danger."

"A Verdun le 30 mai 1916. Intoxication par les gaz"

Cactus est militaire en 1916 quand il croise Yvonne Fougerat sur le pont de Suresnes.C'est le coup de foudre , ils se marient le 05/12/1916 à Boulogne (92) : ils auront 6 enfants.

Passé Sergent fourrier le 12/08/1916, passé au 1er Génie le 01/10/1916 puis au 21e Génie le 30/04/1917, formation nouvelle. Arrivé au corps le 01/07/1917, affecté à la 124e section de Projecteurs de Campagne.

Nommé Adjudant le 29/04/1918


Croix de Guerre, Médaille Coloniale avec Agraphe Côte d' Ivoire

En 1918, la famille part pour Morbecque (Nord), Cactus crée une scierie.

En 1932, c'est le départ pour Bessonbourg, près de Constantine,en Algérie. Cactus y dirige une entreprise de traitement du liège jusqu'en 1938, où la famille rentre en France, à Couzon-au-Mt-d'Or (69)

Cactus Deschamps est décédé le 9 aout 1943 à l'hopital Edouard Herriot à Lyon.

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur Jean-Marc Deschamps, son petit-fils, de visite à Massiges avec son épouse en Juin 2018)

 

Carnet de tranchée MASSIGES 1916

Gérard CHAUMETTE

Mansles, CHARENTES

Capitaine au 115e Regiment d' Infanterie


Né le 23 mai 1892 de parents instituteurs.
Reçu à l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm en lettres classiques, il est mobilisé en 1914 comme aspirant puis officier au 115ème RI. Il a fait notamment les batailles de la Meuse, de la Somme, le front de Champagne avec la main de Massiges et Verdun, la seconde bataille de la Marne.

Citation : "Jeune officier, doué des plus belles qualités militaires. S'est particulièrement distingué au cours de la grande offensive. Mis à la tête de son bataillon, après le balayage de la Suippe, s'est imposé à tous malgré son jeune âge par l'élévation de ses sentiments, sa maturité précoce et son sens tactique très développé, donnant à ses soldats l'exemple de sa bravoure et du mépris du danger; a su obtenir d'eux des efforts surhumains enlevant de haute lutte le village d'Etion et libérant ses habitants.»


Marié à Lina Poumailloux à Mareuil-sur-Lay en août 1918, il est reçu à l’agrégation de Lettres classiques en 1919 et est nommé professeur à La Rochelle puis à Nantes en 1922, au lycée Clémenceau où il fait toute sa carrière.
Il est à nouveau mobilisé en 1939 au grade de Commandant de réserve. Il demeure prisonnier de guerre en Allemagne dans un Oflag jusqu’en 1941 date à laquelle il rentre en France au titre d'ancien combattant. Devenu membre des Corps Francs "Vengeance" de Bretagne-Sud, il participe comme résistant FFI à la libération de la région nantaise.
Professeur de lettres, il a écrit sous le pseudonyme de Guy Deschaumes : Au pays de Ré, Paris : J. Peyronnet, 1927 ; Amédée Dufour, commissaire du Peuple ou Pour le bonheur des Dames, Paris : J. Peyronnet, 1928 ; Derrière les barbelés de Nüremberg, Paris : Flammarion, 1942 ; Vers la croix de Lorraine, Paris : Flammarion, 1945.
D’autres livres n’ont pas pu être publiés, notamment le « Casque bleu » qu’il aurait voulu dédier à « tous ceux qui gisent, ensevelis dans la gloire anonyme du champ de bataille, amis très chers ou camarades inconnus, soldats ou chefs, intellectuels ou paysans, en témoignage de fraternelle tendresse. »

Gérard Chaumette est décédé en janvier 1950.


Extraits de : « Le casque bleu »
Mémoires des tranchées sorties de l’oubli
Gérard Chaumette, capitaine au 115ème RI

Texte publié par sa fille Jacqueline Chaumette-Le Roux
Editions les Deux Encres, 2014

UNE ATTAQUE ALLEMANDE

Massiges, 22 Juin 1916


Au petit jour, les hommes quittant le service de nuit venaient de se jeter, rendus, sur leurs couchettes de treillage ou leur litière de paille fripée. Rien d’anormal. Tout demeurait silencieux.
Soudain, une série de formidables explosions mettent les dormeurs sur leurs jambes. La flamme tremblante des bougies saute et s’éteint au souffle puissant des Minen* géants.
Le Capitaine Arnaud grimpe quatre à quatre les escaliers de craie, et, sur le seuil de l’abri, regarde.
Depuis le Ravin des Noyers jusqu’au Mont Têtu, les lourds « seaux à charbon » montent régulièrement dans le ciel. Ils s’élèvent comme avec effort, puis, à bout de course, s’arrêtent, culbutent et viennent s’écraser sur le sol, qu’ils ébranlent de leur chute d’abord, puis du fracas énorme de leur explosion. Des nuages de fumées noires roulent sur les tranchées. Des chevaux de frise, des rondins fracassés, des tôles tordues volent en l’air, et, des éclats en lames de scie sabrent en sifflant l’atmosphère lourde. En même temps soufflent, miaulent ou hululent des projectiles de tous calibres, et un sinistre oiseau croisé de noir vire et glisse au-dessus des lignes. Avec la longue expérience des mœurs de leurs voisins et des habitudes locales, tous s’écrient :
« Ça y est ! Attaque pour aujourd’hui ! Ils vont remettre ça. »
Aussi exécute-ton sans plus tarder les mesures prévues par le Plan de Défense. On évacue les sapes* avancées que le bombardement rend intenables, pour se retirer plus en arrière ; et les sections de réserve, équipées et en armes, s’échelonnent sur l’escalier de leurs abris, prêtes à sortir pour le renforcement ou pour la contre-attaque.
Les uns garnissent le magasin de leur Lebel ; d’autres encore préparent les fusées rouges qui doivent demander le barrage, tandis que les mitrailleurs, de quart d’heure en quart d’heure, égrènent en chapelets leurs tirs de fonctionnement.
Les coups de téléphone portent de tous côtés les dernières recommandations et les derniers encouragements du Colonel à ses compagnies. Pas longtemps, car bientôt les fils sont coupés sans espoir de réparation. A chacun, maintenant, de se débrouiller à son poste.
Malgré les rafales violentes de 75, le pilonnage continue, régulier, précis, comme une pioche titanesque à coups égaux frappant le sol.
Il n’est rien qui mette les nerfs à aussi rude épreuve que ces coups méthodiques, persévérants, contre lesquels nulle parade n’est possible. Soumis aux chocs réguliers de ce marteau qui vous brise le crâne et vous broie la cervelle, on en arrive à souhaiter, de toute son âme, l’horreur du corps à corps, l’heure de l’action brutale, mais décisive, qui annoncera la fin de l’épreuve.
Jusqu’à midi, le tir de destruction continue sans arrêt, terrible, affolant, inlassable. Par instants, des blessés arrivent au P.C., pâles et défaits. On les panse à la hâte et on les étend au fond de l’abri, d’où monte une odeur fade de sang frais et de teinture d’iode.
Dehors, des agents de liaison courent sous la grêle des éclats. Le Capitaine Arnaud, pour étudier la situation, court aussi vers la première ligne. Avec la sûreté et l’automatisme des déjà vieilles habitudes, il observe la chute des Minen, écoute le bruissement soyeux des obus, tous les sens aiguisés par le danger qui rôde. Il bondit, se couche, repart, se colle brusquement aux parois du boyau*, puis, brusquement, reprend sa course. Il arrive ainsi dans la première tranchée.
Le sol est jonché d’éclats et une fumée grise, âcre, irritante, traîne languissamment sa longue écharpe sombre, effilochée par les coups de vent. Par endroits, la tranchée complètement écrasée est devenue inhabitable. Ses défenseurs se sont groupés dans les zones moins battues. Les uns, le nez en l’air, surveillent attentivement le vol menaçant des torpilles ; les autres, anxieux, immobiles, indifférents aux éclats qui ronflent, observent la ligne ennemie d’où peut surgir la vague d’assaut.
Insouciant, la cigarette aux lèvres, le pistolet à signaux en main, le chef de section va et vient, répétant à ses hommes les petites bravades qui fouettent le courage aux heures anxieuses :
« Vous en faites pas, les gars ! Ils peuvent sortir, les vaches ! Ils ramasseront une bonne gamelle ! »
Il ajoute, pour le Capitaine, entre ses dents :
« Bon Dieu ! Que c’est long ! Je crâne, mais je ne suis pas fier ! Pourvu qu’ils ne me cassent rien ! Moi qui dois partir en perm’ ! Pouah ! Que le tabac est amer, aujourd’hui ! »
De ci de là, tombent sans interruption des projectiles de Granatenwerfer, petites bombes à ailettes si brisantes qu’on les redoute plus que l’obus. Bombes, Minen, marmites, hurlent et vocifèrent ; les éclats sifflent ou grondent, la terre vole, des fragments d’acier pleuvent dru comme une grêle de Mars, les sacs à terre s’effritent, des parapets s’éboulent, des hommes tombent.
A midi tout se tait et chacun respire. Mais ce n’est qu’une courte trêve. Le bombardement reprend, toujours violent et méthodique. Cette fois, plus de répit !
Chacun, désormais, en a la certitude : les Boches, comme le 2 juin, vont sortir à la nuit tombante. Aussi, dès que le soleil se noie dans la fumée derrière la butte du Mesnil, les sections de réserve gagnent-elles leur poste sous la fureur du pilonnage.
Soudain retentit un cri, un hurlement d’alarme :
Alerte, les gars, les v’là !
Un cri strident comme un appel de clairon, qui serre la gorge et arrête les battements du cœur.
Le tir des torpilles a cessé et le tir du canon s’allonge. C’est l’attaque ! On allume aussitôt les fusées de barrage et, sur toute la ligne, s’épanouissent les grappes rouges, appel de détresse du fantassin à l’artilleur.
Les hommes que l’épouvante du bombardement avaient jetés comme des loques au fond des trous et des tranchées, se dressent le cops découvert, la crosse à l’épaule et la grenade à la main, l’œil fixé sur la plaine ravagée, qui fume encore.
Comme des diables sortant d’une boîte, de petits bonshommes apparaissent, courent, disparaissent, escaladent les réseaux en ruine, franchissent les entonnoirs. On a une impression d’irréel, de film cinématographique, mais ce sont pourtant, on le sait, de vrais Boches qui viennent pour conquérir et massacrer.
Alors, tous, sans penser, poussés par l’habitude et l’automatisme acquis, exécutent le geste nécessaire.
Toutes les mitrailleuses non détruites précipitent des rafales haletantes : la fusillade crépite, les grenades explosent parmi le tintamarre du barrage d’artillerie et tous s’efforcent de jeter, vers cet ennemi qui vient, comme une digue meurtrière, bien vite, le plus de métal possible.
Puis, on ne sait pas pourquoi, les obus se font plus rares, les coups de fusil s’espacent et le calme descend avec la nuit, reposant et frais. La plaine est redevenue déserte : seule la silhouette des piquets déchiquetés danse à la clarté des premières fusées.
Un groupe ennemi, progressant dans une zone moins battue, est seul parvenu près de la tranchée de résistance, mais là, pris sous la gerbe meurtrière d’une Hotchkiss de flanquement, les survivants de ce groupe doivent se terrer dans les trous d’obus, le corps ramassé sur lui-même, le nez dans la craie.
Tandis que la mitrailleuse dévide ses bandes derrière eux, pour leur interdire la retraite, une patrouille va les cueillir et les ramène tous sans difficulté. Seul le chef, un jeune aspirant, haut de six pieds, qui s’est défendu à coups de parabellum, semble désolé et abattu par son échec.
Tandis qu’un agent de liaison, carabine au poing, achemine les prisonniers vers le Bataillon, le Capitaine Arnaud visite ses hommes épuisés et son secteur écrasé par l’obus et la torpille.
Par cette nuit lugubre du mois de juin, en parcourant sous la pluie, les tranchées bouleversées que ses poilus ont su garder, en voyant grimacer sous les fusées les cadavres allemands lignés sur le parapet, il éprouve tout l’orgueil de l’œuvre accomplie, l’orgueil de tout leur courage viril, plus fort que la terreur et que la mort.
Des équipes de travailleurs réparent les boyaux écroulés ; des brancardiers relèvent les blessés douloureux, et, toujours immobiles au créneau, comme hier et comme demain, les veilleurs sous l’averse glacée montent leur éternelle garde, symbole d’une patience indestructible et d’un sacrifice persévérant.

 

LA MONTEE EN LIGNE

Massiges, Noël 1915


C’est l’heure où partout, dans les lointaines campagnes, les tremblants falots guident vers l’église la démarche chancelante des vieux et le pas guilleret des enfants… Minuit ! L’heure de la Nativité ! Ils se rappellent les messes de minuit passées, le bruit des sabots par les chemins glacés, la nef ruisselante de lumières, l’élan mystique, qui faisait, dans la banalité de leur vie, comme un trou de clarté. Puis le retour, la volaille savoureuse et les joyeux devis autour de l’âtre tiède, où se consume la bûche majestueuse.
Cette nuit de Noël 1915, à minuit sonnant, ils font la pause près de la ferme détruite des Cruzis. La nuit est morne et froide : les villages, par crainte des avions, ont éteint leurs feux et se sont drapés d’ombre. De vagues lueurs indiquent les cagnas de la cote 202 que la contre-pente protège, et, du côté du Nord, des fusées fugitives tracent, sur l’horizon noir, des paraboles d’étoiles filantes. Des éclairs plus rouges, plus larges, s’épanouissent soudain puis reparaissent, et de profondes et lointaines explosions roulent sourdement. « Ils crapouillotent là-haut pour fêter Noël », pensent les poilus. Ils frissonnent et songent qu’après quinze jours de repos, qui les ont déshabitués des peines de la tranchée, ils vont retrouver les marmites, les Minen, et surtout, par ce Décembre pluvieux, la boue ignoble et envahissante. Ils le savent déjà, par leurs chefs, par les quelques coloniaux qu’ils ont vus au cantonnement, ils vont occuper un secteur difficile, pas encore organisé, envahi par la boue, empuanti par les gaz, écrasé de torpilles. La Butte du Mesnil, Maisons de Champagne, Massiges, ce sont des noms qu’enregistrent souvent les communiqués ! Ils claquent des dents, transis de froid et d’angoisse. Il en est ainsi, chaque fois qu’après un répit à leurs maux ils retournent en ligne. La reprise du contact avec la tranchée paraît toujours douloureuse : c’est un affreux moment à passer. Après, bah ! On se réadapte et l’on subit comme l’inévitable, patiemment, les caprices du ciel et la chute des obus. Aujourd’hui, leurs appréhensions s’aggravent de tous les bruits alarmants qu’ils ont recueillis sur leur nouveau secteur et aussi de l’âpreté farouche de la bise d’hiver.
Dans un lieu accoutumé, où l’on a ses habitudes, où l’on connait le coin de gourbi qui vous est échu une fois pour toutes, les boyaux d’accès, les créneaux dangereux, on se sent plus tranquille ! Mais l’inconnu, c’est l’inconnu qui effraie !
Ils sont repartis maintenant, ont tourné à gauche, en suivant, à tâtons, la piste visqueuse. Ils se taisent, tout à leur effort, et l’on n’entend que des jurons étouffés et le bruit de décollement des godillots que lâche la boue.
Tout en peinant, ils songent à la grange bien close où ils s’étendaient hier encore sur la botte de paille, enroulés dans la couverture. Trouveront-ils seulement, en ligne, un trou où se blottir ?
Cependant, la lourde colonne par deux progresse pesamment dans la plaine de boue, vêtue d’obscurité. Par moments, la ligne blanchâtre d’un boyau barre la route : une lampe de poche éclaire l’obstacle et ils passent à pas lents, un à un, sur une planche dansante. Puis, la colonne, s’étant étirée, se coupe. On se perd, on crie, si bien qu’enfin la tête s’arrête et l’on se regroupe tant bien que mal dans la nuit. Près du village de Minaucourt, on rejoint la route : une boue liquide la recouvre, des entonnoirs la défoncent et obligent le pied à tâter prudemment le sol avant de se poser.
On marche, on marche toujours puis, brusquement, apparaît une masse plus sombre encore que la nuit, et piquée de points lumineux !
« Le pont de Minaucourt, » dit le guide, « où se fait le ravitaillement, et la cote 180. On a là une compagnie de réserve près du P.C. de la Brigade ! »
La route s’arrête et forme un T, la branche de droite filant sur Massiges, celle de gauche vers Beauséjour et Perthes les Hurlus.
Là, au pied de la haute colline, près du carrefour, on fait la pause.
« Le coin n’est pas fameux, » avertit le guide, « mais ils ont l’air tranquilles maintenant. Ils ont balancé une volée de bombes à minuit, sur les premières lignes. A cette heure, ils sont calmés ! »
Le temps de souffler un peu, puis, perpendiculairement, à la file indienne, on attaque la cote 180. Tantôt, un sentier de caillebotis, incliné à 45 degrés et savonné par le gel, fait déraper les semelles et s’abattre les hommes ; tantôt, un escalier, taillé dans la craie et renforcé de rondins, leur offre ses marches usées. Ils montent lentement, essoufflés, et le guide a déjà atteint le sommet que la 4ème section piétine encore en bas, sur la route.
Ils longent des abris de rondins appuyés à la contre-pente, d’où sortent des rires et des chansons. Une porte brusquement s’ouvre à leur passage et leur jette un flot de lumière à la face.
« C’est la relève ? » leur crie-t-on. « Quelle compagnie ? »
« Sixième ! »
« C’est pas pour nous, vous allez jusqu’en ligne. Bon courage, les gars ! »

La porte grince en tournant sur ses culs de bouteilles, et la nuit se referme.
« Le boyau D2 ! » annonce le guide, et l’on s’engage dans un boyau spacieux pavé de caillebotis. Les fusées, maintenant toutes proches, montrent ses parois bien nettes, tapissées de fils téléphoniques dûment étiquetés.
« On nous a rien bourré la caisse, » s’exclame Montmare, « en nous parlant d’un secteur infect ! Y a d’jolies cagnas bien propres et voilà un boyau palace ! Plus bath qu’aux Marquises ! »
« Espère un peu, » riposte le guide. « Tu verras autre chose. Ici, c’est le secteur de la Brigade, c’est pas le tien. »
« Dommage ! » ronchonne Montmare, « j’m’arrêterais bien là. Mon sac me pèse ! »
On continue, un bon moment encore, cette marche en ligne brisée dans le boyau*, puis, soudain, le plancher des caillebotis plonge pour redescendre la colline en pente rapide. A la lueur des fusées, on voit, au-dessous, ses parapets blancs en dents de scie courant vers le ravin. Devant les yeux, un énorme promontoire blanc semble dominer un océan noir.
« L’index » dit laconiquement le guide, « P.C. du Colonel ! »
Puis il ajoute pour le capitaine Arnaud :
« Nous n’y passerons pas ; nous couperons par le ravin pour éviter l’embouteillage. »
Rapidement on dévale la pente : on entend murmurer un ruisseau. Le guide s’arrête brusquement.
« Le boyau est coupé par l’eau dans le fond ; il faut grimper là, à gauche. Je vous avertis que c’est sale ! Faites dire à vos hommes de ne pas se lâcher. Il y a de vieilles tranchées pleines de boue : un mulet s’est noyé, la semaine dernière. »
Le renseignement se transmet de bouche en bouche et rejoint ainsi les derniers hommes, jusqu’au bout de la crête.
Derrière le guide, le capitaine Arnaud grimpe et fait un pas en avant… Malgré lui, une exclamation lui échappe. D’un seul coup, il s’enfonce dans la boue jusqu’aux genoux. Alors tous, l’un après l’autre, quittent le boyau* bien sec pour le champ de fange. Puis, s’engage une lutte opiniâtre, farouche, entre l’homme qui veut et la matière qui fait obstacle. Les jambes déjà lourdes se sentent tirées par une poigne qui les attache au sol, par une ventouse qui les happe. Dans un effort désespéré, elles s’arrachent à l’étreinte et fendent, de toute leur puissance, l’étang noirâtre et sans vagues. Le poids de leurs havresacs, de leurs musettes, de leurs fusils, pèse sur le dos des hommes et les enlise davantage. Leur respiration se fait difficile et sifflante ; leurs doigts nerveux font sauter le crochet du col. Ils sacrent à mi-voix, s’interpellent pour ne pas se perdre, et peinent, avec lenteur, comme des bœufs liés au timon.
Ainsi, tant bien que mal, ils atteignent un chemin de fascines et de caillebotis qui traverse, comme une digue, la vase du ravin ; ils se hissent, s’attendent et se groupent, essoufflés, sales et bottés de glaise.
Alors, dans un concert de cris félins, tout d’un coup, une rafale de 77 s’abat, à droite et à gauche du chemin repéré. Heureusement la boue amortit l’explosion.
« Pas d’gymnastique ! » crie le Capitaine. Et, pendant que les obus claquent çà et là, la galopade des jambes lasses retentit sur les caillebotis, comme un cliquètement de mitrailleuse affolée.
Au Bois Valet, un nouveau guide prend la tête et engage la colonne dans de nouveaux boyaux, étroits, écroulés par endroits et envahis par la boue. Mais ils sont las ; il faut s’arrêter pour des pauses fréquentes. Leur marche s’est faite moins sûre : les fils téléphoniques qui gisent au fond du boyau, les trous, les éboulis, leur tendent mille embûches qui les font tomber sur les genoux.
Parfois ils croisent des unités déjà relevées qui redescendent : On ne passe qu’à grand’peine, de côté, en accrochant les havresacs, en baisant les parois humides.
Ils suivent longtemps un boyau à flanc de coteau, puis un plateau dévasté par les explosions pour redescendre, enfin, dans un ravin morne où toutes les eaux, venues des hauteurs, s’amassent comme dans une sentine.
Ils s’engagent dans une tranchée informe, à moitié écroulée et rongée par l’eau, aux parquets chancelants, rapetassés à grands renforts de sacs à terre : des hommes veillent, d’autres sont étendus dans le bourbier…
« C’est la relève, quelle compagnie ? »
Grand remue-ménage : les uns chargent leurs sacs, les autres déposent le leur, et hâtivement les consignes se passent :
« Ils crapouillotent tous les jours vers trois heures…. ça tombe surtout au carrefour du B5, là, à côté. Les Boches sont à 50 mètres. Des gourbis ? Y’a qu’un trou de cinq hommes pour tout la section, encore il est plein de flotte ! Quatre hommes au petit poste, là, à la sape 14. Au revoir, les gars ! »
Les coloniaux s’en vont, et, malgré les précautions, les bruits de la relève s’entendent, bruits de voix, de chutes, chocs de gamelles et de baïonnettes.
Alors, tandis que harassés, les nouveaux venus se laissent choir dans la boue, toute une ligne étincelante de fusées dessine la position ennemie, de l’ouvrage de la Défaite au Mont Têtu ; elles illuminent, d’un seul coup, l’armature puissante de la Main de Massiges et la fange noirâtre des ravins, croupissant entre les doigts énormes. Et devant ce spectacle des crêtes désolées et des bas-fonds putrides, tous sentent leur courage sombrer : l’horreur de la vie qu’ils entrevoient leur serre le cœur d’une insondable angoisse.

 

CORVEE
Main de Massiges


« Tu m’as bien compris, Bertrand ? Les rails, les grandes galeries et les sacs de ciment sont pour la première ; c’est pour renforcer l’observatoire que les Boches ont démoli hier matin ; les réseaux pour la troisième et les cadres et demi-galeries pour la compagnie de réserve. D’ailleurs, tu vérifieras, aux bureaux de compagnie, avec leurs demandes de matériel que voilà. J’ai marqué d’une croix les articles fournis et j’ai biffé ceux que nous n’avons pas en magasin. J’oubliais, méfie-toi pour les sacs de grenades, dis-leur de les poser doucement, de ne pas les heurter. Rappelle-leur bien que six pionniers se sont fait sauter la gueule pendant l’attaque du 9 Janvier, en balançant leurs sacs de grenades par terre, comme une pochée d’avoine. Au retour, tu poseras les reçus sur ma table. Inutile de me réveiller si rien ne cloche, hein ! Allez, en route ! » Et l’officier chargé du matériel rentre dans son gourbi de l’index, où l’attendent le Toubib et l’officier pionnier, pour leur bridge quotidien.
Le ciel est couvert, pas une étoile, on n’y voit goutte. Par instants, la trajectoire éclatante des fusées jette une lueur fugitive qui rend la minute suivante plus obscure, plus lourde. Un Mauser claque, une mitrailleuse jacasse, des balles perdues piaulent plaintivement et des « manches à gigot », à intervalles réguliers explosent aux postes d’écoute.
Le sergent Bertrand reste un instant sur le seuil, angoissé. Il vient d’arriver en renfort, voici deux jours à peine ; blessé à Virton le 22 Août par une des premières balles de la journée, il ignore tout de la vie de tranchée : il est plus ignorant que le plus bouché de ses poilus. Enfin, prenant son parti, il hèle ses deux caporaux et les voilà tous trois en train de regrouper leurs hommes :
« Hé, les bonhommes qu’ont les grenades, derrière moi ! Allons, grouillez-vous ; j’veux être de retour avant le jour, moi ! Les sacs de ciment avec le sergent… Vous y êtes ? Attendez, que je vous compte ! » et le caporal Varache palpe la file indienne qu’il ne voit pas.
« L’en manque deux ! Où qu’ils sont, ces andouilles ? ...ils s’sont planqués pour couper à la corvée? Ah ! les voilà ! vous avez mon papelard, sergent ? » 

« Ah ! flûte ! Lequel des trois ? Je n’en sais rien ! Attends ! »
Et Bertrand allume sa lampe électrique. Aussitôt, le caporal se précipite : « Eteignez, sergent ! C’est défendu ! » et des récriminations brutales instantanément jaillissent du noir : « Cache ta calbombe, là-bas ! …Il veut donc nous faire repérer, ce charognard ! » Le sergent éteint sa lampe, donne les papiers au hasard, puis avoue « « Dites-moi, les gars ! J’vais vous dire une chose. Je suis bien monté hier en ligne, mais du diable si je m’y retrouve au milieu de la nuit. Mes poilus sont chargés comme des bourriques, j’peux pas leur demander de me guider. Comment faire ? »
« A mon avis, sergent, » dit Varache, « voici c’qui serait le mieux : Besnard passerait devant pour s’arrêter à la Tranchée de Moltke ; moi ensuite, et vous n’auriez qu’à me suivre jusqu’au P.C. de la troisième. Là ; une fois qu’j’ai fini, j’envoie mes bonhommes et j’vous accompagne. C’est plus long, mais c’est plus sûr. ça vous va-t-il ? »
« Entendu ! Tu es un frère. En avant ! Marchez doucement qu’on ne se perde pas ! »

La longue colonne descend l’Index à tâtons pour s’engager sur les chemins de fascines et de caillebotis du Ravin de l’Etang. Tous, déjà, ploient sous le faix. Les uns portent sur leur échine des sacs à terre, pleins de cartouches ou de grenades, qu’ils maintiennent à grand’peine, de toute l’énergie de leurs biceps gonflés et de leurs doigts raidis ; d’autres portent, de même, des sacs de ciment pesants comme du plomb, mais, n’ayant pas de prise, les lâchent de temps en temps pour les saisir rageusement à pleins bras. D’autres tiennent à deux les longs rails d’acier, ou les énormes poutres de galerie majeure, montants et chapeaux de 2 mètres, en bois de chêne. D’autres enfin, s’ensanglantent les mains et les épaules aux ronces des réseaux Margot. Tous tâtent les marches de craie d’un pied timide, dans la crainte de s’abattre avec leur charge. Puis la situation s’améliore jusqu’au Bois Valet : sur les planches unies, la marche se fait plus régulière et moins pénible. De moment en moment, cependant, on entend un brusque juron. C’est un des hommes de la corvée qui, s’écartant du chemin trop étroit, s’est enfoncé jusqu’au ventre dans la vase du ravin. Ses voisins déposent leur charge et le hissent, gluant de fange, puis la marche reprend, silencieuse, rythmée seulement par le heurt régulier des godillots sur le caillebotis et la respiration sifflante des porteurs.
Voici la pente du Valet et les lueurs ténues filtrant sous les portes du P.C. de Bataillon. Les hommes, d’eux-mêmes, se jettent à terre pour souffler.
« On approche, hein ? » demande Bertrand à Varache.
« Bien sûr, mais le plus dur reste à faire ».
Cette réponse consterne le sergent, non qu’il se sente, lui, extrêmement fatigué : il n’a rien à porter, mais il est inquiet et il lui tarde que sa tâche soit remplie. Et puis il se sent déchiré de pitié pour ses poilus. Il comprend, à leurs ahans étouffés, à leur respiration haletante, combien ils sont las, combien ils souffrent. Il est torturé par leur torture.
Au bout d’un instant, on reprend la marche vers les premières lignes : la colonne s’est engagée, cette fois, dans un étroit boyau, obscur et zigzaguant, qui l’oblige à une marche d’ivrogne et la condamne à louvoyer perpétuellement. On n’avance plus qu’avec des efforts inouïs : les réseaux s’accrochent aux parois qu’ils effritent, et retiennent leurs porteurs ; les rails et les madriers se trouvent coincés au détour des merlons : il faut les lever à bout de bras et les faire glisser par-dessus.
Il s’ensuit des arrêts, des hésitations, des lenteurs…
A chaque instant, une voix anxieuse s’élève : « Faites passer : ça ne suit pas ! … » Et la tête, en rechignant, ralentit son allure. Bertrand, avec son bâton, tâte devant lui le terrain invisible qu’il devine semé de pièges. Trompé par la dérivation en demi-cercle qui contourne les merlons, il va donner du nez contre la paroi boueuse ; plus loin, son pied est happé par un puisard, puis un fil téléphonique qui pend au ras du sol le fait choir comme un croc en jambe. Les hommes, maintenant, sont vannés : le poids excessif qui les écrase leur arrache des plaintes et des jurons : « Sergent ! La pause ! Merde ! On n’en peut plus, on va crever sous ces garces de poutres ! » Et comme Jésus au Golgotha, ils ploient sous le faix de leurs croix.
Besnard a tourné à gauche, dans la tranchée de Moltke ; Varache, sommé de s’arrêter, presse au contraire le pas :
« Allons, les gars, mettons un coup ! Ici, c’est sonné toutes les nuits. Vous entendez bien Fritz qui se réveille ! »
En effet, par rafales de 3, des 105 éclatent à gauche, à droite, derrière. Tout à coup, au ronflement plus fort qui semble raser le sol, tous se courbent comme des arbres sous la tempête et les obus explosent sur le parapet, juste devant Bertrand. Dans la fumée qui l’asphyxie, étourdi et sourd, le sergent hésite, s’attarde… Trois nouvelles marmites éclatent dix mètres plus loin, trois autres.
« Restons pas là ! » crie un poilu au sergent. « Avancez ! »
Il avance, presse le pas, court, au risque de se rompre les os…
Plus personne dans le boyau : il a perdu Varache !
« Vous en faites pas, sergent, » dit le poilu qui semble avoir oublié sa fatigue.  « Vous tournerez le premier boyau à droite ; il mène tout droit au P.C. de la 3ème. On y retrouv’ra l’cabot. »
Et la marche reprend ! On se trouve en plein dans la zone battue ; le boyau apparaît à demi comblé, évasé, coupé d’entonnoirs qui en font de véritables montagnes russes. Et, peu à peu, les membres roides, la sueur au front, on avance, on avance toujours…
« M’est avis, sergent, qu’on a passé l’boyau ! »
« Bon Dieu, on est dix ; y en a bien qui l’auraient vu ! »
« Eh ! pochetée, si les marmites de tout à l’heure l’ont bouché, comme l’aut’ nuit, tu sais, l’soir de l’attaque, que la corvée* de soupe s’est gourée. »
« Quoi faire ? »
demande le sergent.
« La pause, d’abord, sergent ; puis on marchera jusqu’au premier boyau à droite. C’est peut-être bien, tout de même, le bon ! Ah ! foutu métier, Nom de Dieu ! »
Et tous, suant, épuisés, sentent le désespoir les gagner. Ils maudissent les Boches, leurs chefs, la vie, et cette guerre de malheur qui se joue d’eux, des mois et des années, avant de les prendre tout à fait, comme les autres.
Dix minutes et l’on repart ; on descend une pente assez raide.
« Je me reconnais pas, » dit le poilu. « Tiens, voilà un boyau ; non, c’t’une tranchée : elle est même pas approfondie, elle fait pas plus d’cinquante centimètres. Allons plus loin. »
« Non », affirme un autre. « On s’a gouré. Faut revenir ! »
Tout d’un coup, une voix les arrête, une voix dure, impérieuse :
« Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous foutez là ? »
« 6ème Cie. Corvée pour la première. »

« La première ! Mais vous êtes tous saouls ! Vous êtes à la sape 9, à 30 mètres des Boches, dans le secteur de la 11ème. »
« Excusez ! Je suis nouveau. Par où dois-je passer ? »
« Tourne à droite, c’est la première ligne, et suis-la jusqu’à la sape 19, deux kilomètres au moins. Bon courage et pas de bruit ! »

La file douloureuse des hommes de corvée prend à grand’peine le tournant en faisant pivoter rails et madriers… On suit la tranchée parallèlement à la ligne ennemie. A la lueur rapide des fusées, on aperçoit l’enfilade des caillebotis, les banquettes de tir et les sacs à terre des parapets ; et, de place en place, une silhouette drapée et casquée, immobile. Des balles, par moments, heurtent le rempart des sacs, puis un Lebel répond, au hasard, pour affirmer son existence. Le sergent, parfois, doit s’arrêter. On le questionne : « Qui sont-ils ? Que font-ils là ? » Alors, à dix reprises, il raconte humblement son aventure, mais nul ne s’apitoie.
« Tu t’es perdu ! Tu te retrouveras, va ! C’est l’métier qui rentre ! »
Un autre, ironiquement le félicite :
« Vous en avez d’la chance, vous autres, d’être au demi-repos, pendant que nous, on en rote en première ligne ! »
Un troisième, moins jovial les engueule :
« Ils en font un bousin, ces enfifrés-là ! Ils vont nous faire foutre des bombes. Quelle bande de vaches ! »
Ils ne répondent même pas, pas plus aux plaisanteries qu’aux paroles malveillantes… et tout à coup, le petit Dutour s’arrête :
« Sergent, j’en ai marre ! J’peux plus avancer. Il arrivera ce qu’il pourra, mais j’irai pas plus loin !... »
« Allons, mon petit gars, un peu de courage ! »

« Non, Sergent ! J’ai jamais calé ; j’suis pas cossard ni tire-au-cul, mais je sens que je m’en vas… » et le petit Dutour s’assied dans la boue. 
Le cœur lui manque, il halète comme une bête claquée et la sueur se glace sur sa chair.
« Halte », dit Bertrand, « j’ai sur moi une topette de cric, ça va lui fouetter le sang. »
Mais, malgré une bonne gorgée d’eau de vie de cidre, Dutour ne se remet pas… Il se sent mieux évidemment, mais incapable, pourtant, de reprendre l’énorme pièce de bois qu’il a lâchée.
Les minutes se passent : les hommes soufflent, vautrés au fond du boyau, sans souci des passants qui les enjambent et s’étonnent bruyamment : « Qu’est-ce qu’ils foutent ces mecs-là ? » Le sergent se rend compte qu’ils vont s’endormir là, dans la gadoue, et qu’il sera impuissant, peut-être, à les remettre en route, quand le sommeil et la fraîcheur les auront engourdis. Il prend une détermination soudaine :
« Dites-moi, les gars, on sera mieux pour roupiller dans nos gourbis qu’ici. Faut en finir avec cette chameau de corvée. Je vais prendre la place de Dutour et il suivra comme il pourra. Allons, debout ! »
Personne ne dit mot, personne ne bouge. Il faut les secouer, les uns après les autres, les remettre sur leurs jambes, essuyer leurs grognements et leurs rebuffades.
Enfin, les fardeaux sont chargés et l’on commence une nouvelle étape. Dutour suit péniblement, à la gauche, et Bertrand porte, avec Hardy, la poutre énorme de galerie majeure. Le bois équarri meurtrit son épaule, et l’angle tranchant pénètre dans sa chair. Ses jambes raidies s’enfoncent davantage dans la vase et il doit appliquer tous ses efforts à les en décoller. Le moindre faux pas sur les caillebotis ou dans les trous d’eau, le moindre heurt lui résonne douloureusement de la tête aux pieds. Il va de toute son énergie, sans voir ni entendre. Par moments il a l’impression que son bras s’ankylose et qu’il va lâcher ce madrier qui l’écrase, et l’idée folle lui vient de se laisser tomber avec la poutre : il serait tué, peut-être, et tout cela serait fini pour toujours… ou bien il aurait l’épaule brisée et ce serait encore de la souffrance, mais l’hôpital, mais le repos… Mais non ! Il ne sera pas plus lâche que ses hommes… Il ira comme le petit Dutour, tant qu’il lui restera un souffle…
Une lueur blafarde, vague, venue on ne sait d’où, permet de distinguer les objets… C’est l’heure de la relève dans les sections : des poilus sortent des gourbis* béants, d’autres emmitouflés s’y engouffrent à leur tour… Aucun ne raille plus les gars de la corvée* : ils sont trop pâles, trop abattus, trop visiblement à bout de leurs forces…
« Quelle compagnie ? »
« Première. »
« Enfin ! »
dit Bertrand, et d’un ton suppliant : « Je t’en prie, mon vieux, avant de te pieuter, mène-moi au P.C. » 
« J’veux bien. C’est pas loin. J’ai pourtant envie d’en écraser… Enfin ! … C’est pour vous rendre service. Tournez à droite, là, au premier boyau. »
Ils suivent alors leur guide bénévole et atteignent le terme de leurs peines…
« Ah ! Vous voilà ! » s’écrie le Capitaine. « J’ai déjà téléphoné trois fois à votre sujet et mes bonhommes manquent de matériel ! » Puis les voyant soudain tellement épuisés : « Oui, c’est lourd, mes pauvres gars ! Allez, je téléphonerai qu’il y a erreur et que vous étiez arrivés. »
Mais eux ne disent rien : appuyés aux parois de la tranchée, ils sentent leur tête tourner ; ils ne comprennent plus comment ils peuvent être encore là, à l’heure où les cages à poule font leurs rondes matinales, à l’heure claire où, des deux côtés, les batteries prennent la hausse du jour …

 

LE CANTONNEMENT


Par une journée sale de fin de Décembre, le Régiment faisait étape pour aller prendre le secteur de Massiges. Il traversa Valmy-la-Bataille ; Hans, blottie derrière sa colline crayeuse, pour atteindre, enfin, avec le crépuscule, le cantonnement de la nuit, le lugubre Courtémont accroupi dans la boue et les immondices. Pendant six mois, c’est là qu’il devait prendre ses repos après les fatigues d’un secteur tourmenté et fangeux.
Là, tout près des forêts d’Argonne, la Champagne, dite pouilleuse apparaît plus pouilleuse encore… Grandes plaines d’herbes sèches, pins rachitiques, tout cela semble voué à la malédiction comme les champs de Gomorrhe. Les villages, construits près de ruisseaux pauvres, doivent être également maudits, si l’on en juge par leur laideur et leur infinie tristesse.
Courtémont, dès l’abord, apparut à tous comme une bourgade sans joie. Ses murs en torchis se désagrègent, et elle étale sans pudeur, au grand jour indiscret, ses masures lépreuses aux trous béants, ses rapetassages ignobles de vieilles tôles ou de papier goudronné dérobé au Génie. Un ruisseau tourbeux barrait la rue de ses méandres, et, sur la place de l’église, on enfonçait jusqu’au mollet dans une mare infecte et croupissante.
Ajoutez à cela la saleté répandue partout, les vieux chaudrons, les boîtes de singe* vides, les casques fêlés roulant dans les rues ; les tas d’ordures qui, peu à peu, s’épandaient comme une tache d’huile, le village entier transformé en égout.
L’officier chargé du campement avait affecté à la compagnie du capitaine Arnaud une vaste grange au Nord du village, où elle succédait à des chevaux. Pas de paille pour isoler les hommes d’un sol souillé ; un battant de la porte d’entrée disparu, brûlé, sans doute, par quelque cuistot en quête de combustible. Un toit, crevé par les obus, qui laissait pénétrer des torrents d’eau ! … Il fallut, dans la grange même, monter les tentes pour s’abriter des courants d’air.
Plus tard, les trous furent bouchés, on apporta de la paille, on recouvrit le toit. Mais le logement eut beau s’améliorer, le niveau des boues eut beau baisser dans les rues, grâce aux efforts des corvées*, le cantonnement resta laid et sale.
L’élément civil était peu nombreux dans le village et comprenait, surtout, quelques tristes exemplaires de l’espèce : mercantis crasseux, chez qui l’amour du lucre avait vaincu la terreur de l’obus ; enfants mal peignés et crottés jusqu’au nez, rôdant sans cesse autour des cuisines, et aussi une femme, bâtie en force, corpulente et sans beauté, que l’opulence de ses appas avait fait surnommer « la môme 420 ». Comment résister, ensuite aux séductions féminines de l’arrière, lorsque, pendant six mois, le sexe de grâce et de délicatesse s’est imposé à vous sous des formes aussi massives ?
Un autre charme de Courtémont, c’était sa faune, particulièrement riche, non par le nombre de ses espèces, mais par la prodigieuse abondance de l’une d’elles. Après l’extinction des feux, le village entier était livré aux rats. On n’entendait partout que leurs galopades en rangs serrés, leurs grignotements, leurs cris, leurs batailles, leurs amours… Sales bêtes ! Ont-elles assez souvent troublé les songes des pauvres poilus au repos ! Ah ! Tous l’auraient payé cher l’homme à la flûte d’Outre-Rhin, s’il n’était mort, hélas, avec les vieux contes !
Enfin ! Suprême calamité ! Courtémont manquait de pinard. Par longues théories, le soir, s’en allaient sur les routes, entourés d’un chapelet sonore de bidons, les malheureux gars en quête de moral. Pourquoi fallait-il que Hans et Somme-Bionne, où l’on vendait du vin au prix doux, fussent dans le secteur du XVème Corps ? Pourquoi fallait-il que le IVème et le XVème corps fussent en guerre ouverte ? Chaque soir, l’armée des ravitailleurs bénévoles revenait décimée, ayant laissé aux mains de la Prévôté adverse des prisonniers accablés sous le poids des bidons. O gendarmes de Hans, esclaves d’une consigne trop stricte, en avez-vous fait « coffrer » des pauvres et boueux « bonhommes » retour des tranchées de Massiges ! Ce n’était pas votre faute, sans doute, mais quelle montagne de haines vous avez amoncelée !
Pourtant, ce Courtémont maussade, peuplé de rats, privé de vin, a laissé dans l’esprit de tous quelques bons souvenirs. C’est que, tout de même, après les trous fangeux du Ravin de la Faux, ils trouvaient là un coin plus sec, et un sommeil plus paisible, malgré le tintamarre des canonnades. Le Régiment tout entier descendait pour huit jours, ce qui permettait d’agréables relations d’un bataillon à l’autre. On se réunissait dans une salle sans meubles et sans plafond pour chanter des chœurs, pour deviser joyeusement, en cassant le cou à quelque bouteille qu’un habile camouflage rendait respectable, ou en buvant, si l’on ne pouvait mieux, le simple vin rouge de l’Intendance.
C’est là, dans une vieille bicoque à demi-effondrée, que fut fondé ce cabaret « Courtémontmartrois » dont la renommée s’étendit dans tout le secteur de l’Armée. La salle, décorée avec goût, sinon avec richesse, ornée d’oriflammes, de dessins, de tableaux hâtivement brossés par un peintre fantaisiste, était agréablement gaie et doucement accueillante. Un bloc de craie descendu de l’Index y figurait sur un socle d’honneur : un Rodin, disait une pancarte : « La Matière avant la Pensée. »
Sur une scène, dont un pinceau habile avait orné la toile de fond, pianiste, violoniste et chanteurs venaient divertir un public bienveillant et varié, quoique exclusivement masculin. On entendait là, à quelques numéros près, car la Direction n’osait rebuter les bonnes volontés, des programmes très satisfaisants, en dégustant des canettes de bière.
Quand le régiment descendait de la Main de Massiges pour le repos de Courtémont, le Cabaret du « Poil dans la Main » présentait un des meilleurs passe-temps, la distraction la plus salutaire. Dans le bruit apaisé des lointaines canonnades, on y oubliait parfois la brutalité de l’heure et les dures réalités de la guerre.
Et puis, un beau jour, on partit pour Verdun, par étapes : il fallut fermer boutique et abandonner le cabaret prospère ; la toile de fond aux couleurs éclatantes dut revenir à sa destination première, qui était de bâcher un fourgon… et l’on put voir longtemps, tendu sur les arceaux d’une voiture à vivres et à bagages, le paysage de la Main craqueler au soleil. Des inscriptions ironiques se lisaient encore au-dessus de la roue : « N’allez plus à la Côte d’Azur, passez l’hiver sur la Main ! » « Arthritiques, prenez les bains de boue à Massiges ! »
Chacun, alors, regrettait le cantonnement de naguère, malgré sa fange, malgré sa tristesse, et, rejetant les souvenirs pénibles dans le tiroir sévèrement clos d’un passé douloureux, ne retenait plus de toi, pauvre bourgade, que les heures heureuses, en faveur desquelles il te fut beaucoup pardonné.

(Avec l'aimable autorisation de Mme Dominique Le Roux, petite fille de Gérard Chaumette)

 

MORT POUR LA FRANCE à MASSIGES le 10/01/1916

Germain CHAUVEAU, 34 ans

Germignonville, EURE ET LOIR

111e Régiment d' Infanterie Territoriale, 1er Bataillon, 2e Cie

Plaque de cimetière trouvée par Eric Marchal il y a une trentaine d' années à la Côte 180. Robert Beaufrère avait effectué toutes les recherches concernant le parcours militaire de ce soldat, mais sans rechercher la famille, ni même mis le nom de ce soldat en ligne...Nouvellement adhérente, sa famille a appris avec stupeur l'existence de cette plaque !!! Elle lui sera restituée.

"Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous." Paul Eluard

"Germain Chauveau rentre chez lui dans sa famille. Un grand merci à tous les bénévoles de l'association main de massiges pour m'avoir permis de vivre ce moment d'émotion très fort."(son arrière petit-fils)

Né le 26/07/1881, fils de Magloire et de Philomène Pichard ; classe 1901, matricule 337 au recrutement de Chartres.

1,65m ; cheveux châtains, yeux gris

Classé services auxiliaires pour "hypermétropie de l'oeil gauche"

Profession : d’abord charretier puis entrepreneur de battage à Germignonville.

1912 : Germain se tient à droite devant la batteuse ; à coté de lui assis, ses deux petits garçons André et Raymond puis sa femme Valentine, institutrice, en robe blanche.

 

Classé Service Armé le 28/10/1914, appelé au 102e RI à compter du 02/11/1914.

Passé au 101e RI le 03/02/1915, réintégré au 102e RI le 04/03/1915 et parti aux armées.

Passé au 111e Régiment Territoriale d' Infanterie le 29/12/1915 engagé dans les combats de Massiges.

 

Extrait du JMO en date du 10/02/1916 :

Germain Chauveau est tué par un obus avec 4 camarades le 10/01/1916 aux tranchées de Massiges.

Primo-inhumé dans un cimetière provisoire de la Main, la plaque aura été perdue lors de la translation des corps à la Nécropole militaire du Marson en 1923, tout comme son identité. Il repose très probablement dans l'un de ses ossuaires.

Citation : "Très bon soldat dévoué et courageux, a toujours fait preuve d'un excellent esprit ; a été tué le 9 janvier 1916 lors d'une violente attaque allemande sur la Main de Massiges."

"Sa femme Valentine décédera 3 mois plus tard de la grippe espagnole (ou de chagrin ?) laissant 4 orphelins dont ma grand mère Héléna qui avait 8 ans. Recueillie par une tante, elle deviendra institutrice comme sa mère."

"Sa ferme qui existe toujours et que j'ai retrouvé 103 ans après."

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur Thibault franck, son arrière petit-fils)

 

 

MPLF à MASSIGES le 26/09/1915

François CHIFFRE, 38 ans

Citou, AUDE

80e RI

Né le 04/08/1877, fils de Auguste et de Emilie Azalbert ; classe 1897, matricule n° 318 au recrutement de Narbonne.

Profession : cultivateur

1,62 m ; cheveux châtain clair, yeux bleus

Rappelé au 80e RI le 01/08/1914, il part au front le 25/11/1914.

Le 04/02/1915 son frère Emile - soldat au 4e RIC - est tué.

Blessé à l'Annulaire, il a été emmené à l' Eglise de Massiges transformée en poste de secours. L' église a été bombardée...Une page lui est consacrée dans MEMOIRE DE LA MAIN puis 2e-3e-4e RIC.

En Avril 1915 (secteur de Massiges), François Chiffre livre un puissant et terrible témoignage ( retrouvé dans une décharge par un monsieur qui, après avoir recherché la famille, lui a restitué la lettre retranscrite çi-après ! ) : la mémoire prend parfois des chemins bien détournés...

Son régiment est engagé dans la Grande Offensive de Septembre 1915.

Extraits du JMO :

25/09 : "A 16h, le Régiment se dirige sur 180 (le Promontoire) où il bivouaque entre le Ruisseau du Marson et 180.

26/09 : Le régiment est en réserve au bivouac où il s'est installé la veille. Le 3e Bataillon est mis à la disposition de la 3e DIC (Division de l'Infanterie Coloniale), 5e Brigade, pour permettre la relève des éléments les plus éprouvés de cette brigade. 2 Cies doivent relever 2 Cies en 1ère ligne à 191 (Main de Massiges) Une Cie aux abris de Massiges, une Cie à Virginy. Arrivé sur les positions, le Bataillon reçoit contre ordre et rentre à 180 à 1h du matin le 27/09".

François Chiffre est tué le 26/09/1915.

En cette seule année 1915, la guerre aura coûté 2 fils à la famille Chiffre. Seul un fils rentrera...

(Avec l'aimable autorisation d' Emmanuelle FABRE, son arrière-arrière-petite-nièce et arrière-arrière-petite-fille d' Antoine CHIFFRE du 4e RIC, MPLF à Massiges le 04/02/1915)

 

 

Eugène GUENO

St André des Eaux, LOIRE INFERIEURE

Canonnier conducteur au 1er RAC

Ne le 04/02/1889, fils de Eugène et de Jeanne Deniaud ; classe 1909, matricule 1713 au recrutement de Nantes.

1,63 m ; cheveux châtains, yeux gris

Profession : cultivateur puis bourrelier après la guerre.

Rappelé au 13e RA et affecté au 1er RAC le 01/08/1914

(Eugène Guéno, tout à droite, avec ses frères d'arme)

Le 1er RAC est engagé dans la terrible Offensive de Septembre 1915 :

JMO du Service de Santé (poste de secours derrière la Côte 180)

Réformé définitivement le 12/07/1916, pension définitive 100% le 20/07/1951 pour "amputation jambe droite, douleurs névritiques, inappareillable."

Marié avec Marie Guéno le 24/01/1920

(Photo de droite : Eugène Guéno au mariage de sa fille)

Nommé au grade de Chevalier de la Légion d' Honneur en 1954

Eugène Guéno est décédé le 29 octobre 1956

Yvonne et Jean, ses enfants

Jusque dans les années 60, Jean Guéno a continué de tenir le commerce de bourrellerie de son père, dans le bourg du village. Il est décédé le 28 octobre 1996, à l'âge de 67 ans comme son père !

(Avec l'aimable autorisation de Mme Josiane Manouby, fille de Jean Guéno et petite-fille d' Eugène Guéno)

 

 

Combats de SOUAIN, Septembre 1915

Louis DELAHEGUE (grand-père de Jean-Pierre MAINSANT)

Perthes-les-Hurlus, MARNE

106e RI

Né le 20/03/1877, fils de Dosithée et de Marie Orthense Pinart ; Classe 1897, matricule 203.

1,67 m ; cheveux bruns et yeux gris

Profession: cultivateur

Rappelé au 106e RI le 02/08/1914

Parmi les frères d'arme de Louis Delahègue : Maurice Genevoix ("Ceux de 14") et son "frère de sang", le sous-lieutenant Robert Porchon ; Jules Terrière, natif des Hurlus qui fera partie avec Perthes-les-Hurlus, Ripont, Mesnil-les-Hurlus et Tahure, des cinq villages disparus de la Marne.

 

Extraits du Journal de Marche du 106e RI :

Substitution au képi d'une nouvelle coiffure "le casque".

24/09/1915 : La 4e Armée a pour mission de rompre le front ennemi entre Aubérive et la Butte de Souain.

25/09/1915 : Ce jour-là, au matin, le 106e qui dans la nuit a levé son bivouac pour venir se rassembler à l'ouest de Suippes, se porte en avant de la 23e brigade. La canonnade entendue depuis plusieurs jours a redoublé de violence, la bataille est engagée. L' enlèvement de la 1ère ligne ennemie par le 2e Corps Colonial s'est fait à 9h15. Le 106e franchit le ruisseau de Souain entre ce village et la ferme de Wacques, travers ensuite les anciennes tranchées françaises et allemandes et s'arrête à la nuit derrière la 23e brigade qui s'est heurtée à la deuxième ligne non entamée. On se retranche rapidement sur place.

Le mouvement est arrêté.

26/09/1915 : Nuit calme. De 13h30 à 14h15, préparation intense d'artillerie. A 14h15, déclenchement de l'attaque. Devant eux, de solides réseaux de fil de fer ennemis intacts, ne peuvent progresser.

Toute la journée, l'artillerie ennemie rispota à notre préparation par des barrages et bombardements de plus en plus violents de tout calibre, y compris du 210.

Dans la soirée, les unités engagées se fortifient sur le terrain conquis.

Les 27 et 28/09, nouvelles tentatives d'attaque, mais comme les jours précédents le réseau de fil de fer est toujours intact, et la vague s'arrête au ras, sous un feu intense de mousqueterie.

Impossible d'avancer plus loin.

Les pertes sont sérieuses, les troupes épuisées par ces 4 jours de bataille, les disponibilités en munitions fortement entamées ; les éléments eux-mêmes nous sont défavorables et la pluie tombe ajoutant à la fatigue des hommes, rendant très difficiles sur un sol détrempé les déplacements de l'artillerie et les ravitaillements. Pour toutes ces raisons, il faut renoncer à pousser plus loin notre attaque et nous contenter de créer une nouvelle ligne sur le terrain conquis.

29 et 30/09 : Nuits assez calme à calme, fusillades intermittentes. Toute la journée organisation du secteur.

01/10 : Nuit calme. A partir de 3 heures, le 106e est relevé par un régiment marocain de la 97e Brigade mixte, et vient se reformer au bivouac au N.-E. de Suippes. Ces quatre journées de combat lui ont coûté 132 tués, 528 blessés et 177 disparus.

Nouvel hiver à passer dans la tranchée, avec ses souffrances et ses fatigues, longues nuits de veille, l'oeil et l'oreille aux aguets, journées se succédant monotones, travaux et corvées souvent pénibles.

 

Louis Delahègue est blessé le 26/02/1916 : "contusions par éclat d'obus" (secteur Camp Berthelot, pont de Suippes), évacué du 27/02/1916 au 25/03/1916.

Secteur calme jusque vers la fin de mai avec des attaques de gaz, nouvelle arme perfidement forgée dans les laboratoires de la "Kultur". La plus sérieuse fut une émission de gaz chlorés dans la nuit du 19 mai.

La colère gronde chez certains soldats, Joseph Astier témoigne :

"J'ai encore écrit avant de me coucher. J'ai même été interpellé par un officier à cause que les bougies n'étaient pas étientes ; nous, on n'avait pas le droit d'avoir de la lumière après 8 h, il n'y avait que les officiers. C'est terrible d'être dans un pareil bataillon et commandé ainsi. Nos officiers sont tout à fait exigeants pour des choses qui n'ont aucun sens. Vivement la fin de ce fléau pour retrouver la liberté ! " (5 avril). " Ils " sont tellement exigeants qu'il y a "de quoi devenir anarchiste" ; "Enfin, on est pire que des forçats dans ce bataillon. Je ne sais pas si c'était pour nous rendre anarchiste plutôt que patriote car on n'avait pas une minute de repos". Le soldats ripostent en tirant au flanc : "Je n'ai pas fait grand travail, on avait touché deux bâtons de chocolat que j'ai mangés et après, je suis allé me coucher dans un coin. Je n'ai été réveillé que par le lieutenant qui est venu nous voir et nous engueuler en disant qu'on n'avait rien fait. Il ne s'était pas trompé" (7 avril)

(Roland Chabert, Printemps aux tranchées. Notes de campagne de Joseph Astier, soldat de la Grande Guerre)

Louis Delahègue passe au 279e Régiment d'Infanterie Territoriale le 06/10/1917 jusqu'à la démobilisation.

Ne pouvant regagner Perthes-les-Hurlus - village disparu à tout jamais - il s'établit à Somme-Suippes.

 

(Avec l'aimable autorisation de Jean-Pierre Mainsant, son petit-fils et l'un des principaux fondateurs de l' association la Main de Massiges)

 

Artilleur et téléphoniste à MASSIGES 1915-1918

René BARBIER

Paris 10e arrondissement, SEINE

1er Canonnier Servant au 8e RAP (Artillerie à Pied), 10e Batterie puis 2e RAP

"Debout et pensif au poste avancé de la Verrue, dans la rigueur de l' hiver 1917, René Barbier, artilleur et téléphoniste" (Mme Juliette Bousch, sa petite-fille) : on y aperçoit le grillage utilisé pour étayer la tranchée.

Né le 21/05/1877, fils de Jean et de Eugénie Brous ; classe 1897, matricule 224 au recrutement de la Seine 1er Bureau.

1,67 m ; cheveux et yeux noirs

Profession : fabriquant d'articles pour fumeurs

Rappelé en activité au 8e Régiment d'Artillerie à Pied (RAP) le 01/08/1914

Parti pour le front de Champagne en avril-mai 1915.

"Dirigé vers Suippes, j'arrive dans un combat d'avions à Laval-Wargemoulin. Dirigé sur une batterie de remplacement de Mangin. Le soir même, bombardé au sud du Ravin du Poteau, lieu-dit Bahr-el-Ghazal : trois morts et deux blessés..., moi-même tombé dans une sape de secours, démis le genou droit et l'épaule. Soigné sur le front..." (René Barbier)

Mesnil-les-Hurlus 15.08.1915

Remis de ses blessures, René Barbier remplit également des missions de téléphoniste.

Passé au 2e Régiment d'Artillerie à Pied, 26e Batterie, le 08/03/1916. Positions occupées : le sud-est de Hurlus, entre Hurlus et le Balcon, le poteau entre Beauséjour et Minaucourt, le Bahr-el-Ghazal, occupé fin 1917. René Barbier mentionne également, comme très meurtrières, les tranchées Zimmermann.

("Rédigé probablement en 1964, avant de mourir")

 

Lettre écrite à Massiges le 30/12/1916 et adressée à sa fille Renée :

Massiges 30 Décembre 1916

Chère petite Renée

J'ai reçu ta gentille petite lettre avec t'es bons souhaits de nouvelle année ; aussi je t'en remerci et te les souhaite de même. Sois une grande fille économe prévoyante réfléchie ce qui te fera la vie plus douce dans l'avenir aussi être courageuse c'est aimé c'est parents, et je t'embrasse pour t'aider a comprendre cette idée. embrasse bien fort ta petite mère pour moi en lui disant je te souhaite une bonne année une bonne santé prospérité pour l' année qui s'ouvre devant nous avec la liberté espérée.

Ton petit père affectueux

Barbier René

 

René Barbier assure également des missions de téléphoniste

Le téléphoniste, avec son appareil portatif, informe le poste de commandement. Prolongeant des lignes stables qui partent du poste central, des lignes volantes sont installées au fur et à mesure des besoins sur les champs de bataille, les lignes passant sous terre ou dans les arbres. Il faut assurer aussi les réparations. De trou d'obus en trou d'obus, rampant, bondissant, il est souvent sous les bombardements. Grand-père ne se sépare jamais de sa boussole minuscule, mais si précise.

(Insigne de télégraphiste étendu aux téléphonistes depuis septembre 1916)

Des coureurs, agents de liaison, hommes bien seuls, transmettent les plis, de poste en poste, établissant des records d'endurance physique et de moral.

Citation : "Téléphoniste d'un courage à toute épreuve, a concouru avec beaucoup de zèle et de sang-froid à assurer les communications du Central de la Batterie sous de violents bombardements ennemis et en particulier le 22 Juillet 1917."

Croix de guerre

(10-10-1917 : Au téléphone)

"Grand-père se déplace souvent de petit poste avancé comme "la Verrue" à la côte 185, toute proche de Maisons de Champagne.

Pendant les accalmies ou ses jours de repos, il est "coiffeur". Pour un tel nom patronymique de "Barbier" et un peu d'humour troupier, un gradé, dès le début de la guerre, le gratifie de cette fonction. De par son métier de tourneur sur pipes, il manie tondeuses, ciseaux, rasoirs, avec dextérité. Mais nous sommes en 1917, année des mutineries, les supérieurs n'ont plus confiance et les rasoirs ne doivent plus être affûtés. La besogne est plus délicate et il m'en parlera souvent.

Dès le 01/11/1917, Grand-père appartient à la réserve de l' Armée Territoriale.

Il a beaucoup séjourné jusqu'à présent au "Ravin du Poteau", au sud du Ravin des Cuisines et du Ruisseau de Marson qui serpente depuis le Bois de la Truie pour se jeter dans la Tourbe entre Minaucourt et Virginy.

Quelques extraits de son carnet : les coups de main sont quasi quotidiens.

15 novembre : renfort de méridionaux, coloniaux : 23 et 15 de métropole soit 38.

19 novembre : Au télé central, mauvais fonctionnement, changement d'équipe, à 19 heures marmitage barrage avec gaz ; coup de main boche, impossible de tirer : mauvais gaz mêlés d'obus de 105, plusieurs tombés à la batterie qui est à droite, 13 obus à gaz comptés. En note complémentaire : gaz croix jaune, sulfure d'éthyle dichloré, toxique et vésicant.

20 novembre : évacuation à 3 heures, 9 hommes touchés par les gaz : nouveau modèle violent (odeur moutarde)

21 novembre : ré évacué 22 hommes touchés par le même obus. Un homme ayant fait sa toilette avec de l'herbe aux feuilles très gravement atteintes a les yeux abîmés ; un autre de la 24e Batterie ramasse une de ces fusées, la met dans sa poche de veste ; elle est rongée, il est contaminé lui-même, on le croit perdu. (...)

22 novembre : 12 hommes ré évacués de par ces gaz. Coup de main : alerte à 6 heures ; toute la région a tiré (78 sp.). 9 heures : tir, 30 obus à gaz. 10h. 20, tiré 30 F.A. Journée mouvementée depuis le petit jour. 12h. 19, tir 24 F.A. ; 13h. 25, tir 30 F.A. De 20 heures à 21 heures 30, fort bombardement à notre gauche, agité sur tout le front de Tahure à Maisons de Champagne. A 22 heures, alerté, non tiré. Ah!, repos. Richebert évacué pour intoxication.

24 novembre : front agité, rien pour notre région ; évacuation d' hommes intoxiqués (Duvernois) : cela monte à 53. Travail de coiffure. Ravitaillement : 300 obus spéciaux par Decauville qui les apporte juste à la position, la voie étroite est devant la batterie, pour matériaux de même.

Dimanche 25 : journée pluvieuse et froide, grêle, clair de lune les boches tirent de temps à autre vers notre gauche, routes et gares, abri Gérin. Front relativement calme. A 21 heures 30, bopbardement de la ligne du tacot venant près de la position (avec du 105). On entend très bien le départ du coup, toute la nuit, en deux heures d'intervalle par salve de 10 coups (harcèlement de route).

27 novembre : de 6 heures 30 à 7 heures 30, fort bombardement sur notre gauche (coup de main) (...) Il neige, il pleut, brouillasse une bonne partie de la journée.

28 : Oui, c'était bien un coup de main à l'ouest de Tahure. Ravitaillement en obus de 200 spéciaux à 17 heures 45. Travail à la pose d'un tableau télé, journée calme.

3 décembre : agitation ennemie et tir un peu en arrière. Froid : -2°. Barrage de nos routes : Wargemoulin et Hurlus. A 22 heures 50, alerté CPO (Contre Préparation Offensive) coup de main (Beauséjour).

5 décembre : demande de volontaires, hommes robustes, bien constitués, avoir intégrité complète du coeur etd es voies respiratoires, certificat médical, et ayant une conduite et une manière de servir excellentes. C'est pour faire partie des compagnies de lance-flammes. Néant. (...)

7 décembre : (...) Mauvais temps, dégel, boue lourde, crayeuse. Calme, nuit noire sans lune.

8 décembre : On signale un militaire suspect, tenue officier du 232 qui circule dans les lignes : 1m80, roux, sous-lieutenant. (espion). (...)

Offre de billets de loterie à 1 f. pour l'emprunt, le capitaine m'en paye un, le numéro 47052.

15 décembre : lutte d'avions, un boche tombe entre Hans et Somme-Tourbe de 2000m. Vu tomber en tournoyant par un beau soleil à 10 heures du matin. (...)

17 décembre : (...) Deux espions arrêtés à Virginy : leurs effets étaient cachés dans un abri à mitrailleuses, ils changeaient chaque jour. (...)

22 : Un avion tombe au sud de St. Jean-sur-Tourbe après un combat, c'est un boche ; le temps est propice aux avions ; -2° au matin et 0° l'après-midi.

23 : Un avion-photo tombe à "la Brosse à Dents" après un combat, encore un boche, l'ennemi a tiré plus de 250 coups de tout calibre dessus lorsqu'il était à terre pour le détruire (3 passagers sans doute). -9° au matin

24 décembre : -10° au matin, -2° après-midi, les fantassins font des réseaux de fil de fer derrière nous, la classe 18, comme barrage.

A travers les lignes précédentes, il apparaît que nous sommes installés dans une guerre longue, des mesures économiques doivent suivre, comme des rationnements : sucre et pain en novembre 1917 dans les grandes villes et en janvier 1918, pour l'ensemble du pays.

L'aviation joue un rôle croissant. Le bois a fait place au métal. Au départ, reconnaissance et réglage d'artillerie, mais ensuite, équipés de mitrailleuses et regorgeant de munitions, les combats deviennent plus meurtriers, malgré l'esprit chevaleresque des protagonistes. Dès 1914, les avions sont des Voisin III avec pilote et mécanicien qui est soit observateur, soit mitrailleur. En 1915, Garros a amélioré le tir à travers l'hélice. Pégoud peut emporter huit bombes dans son appareil. Il est tombé vers Belfort le 31 août 1915. Le 11 septembre, c'est la disparition de Guynemer, après 53 victoires, pour un vol de trop. La guerre sur les mers s'intensifie (...)

1er janvier 1918 : " Coup de main boche à 4 heures 30. Nous recevons 1/4 de Champagne, jambon, deux oranges, cigare, 1/2 litre de vin en plus du rata ordinaire. Un avion ennemi tombe en feu dans leurs lignes (Tahure). Coup de main ennemi à 17 heures 15. (...)

3 janvier : deux saucisses attaquées par avion ennemi, un manqué ; les observateurs atterrissent en parachute, mais la 2e brûle, toujours à la même place, pas de veine, cela fait la sixième que je vois à cet endroit, à 12 heures.

4 janvier : Attaque ennemie à 3 heures 15 du matin ; 13°, froid - fort coup de main (...) 12 heures : les avions ennemis voyagent en masse. 22 heures 30, on nous annonce deux espions, un capitaine et adjudant d'infanterie qui visitent la batterie sous ordre du G.Q.G., se disent-ils d'état major et voyagent en auto.

5 janvier : coup de main contre l' ennemi à droite, à 15 heures, la batterie est alertée. 22 heures, fort bombardement sur notre gauche.

6 janvier : l'ennemi bombarde dur sur la gauche ; pluie.

7 janvier : dégel, boue incroyable, 22 heures, il neige à nouveau fortement ; malade.

10 janvier : bombardement sur la gauche ; 3 heures 40 à 12 heures. Une saucisse brûle, attaquée par avion ennemi.

Le secteur de Massiges reste agité tout le temps de la guerre.

En cette année 1918, "la réserve de l' occident, c'est l'armée américaine".

Human Statue of Liberty (Camp Dodge, Iowa) Elle réunit 18000 hommes

Foch décide l' offensive du 25 septembre sur trois secteurs : à l'est, attaque franco-américaine, attaque franco-britannique au centre et attaque angle-franco-belge dans les Flandres.

A la Main de Massiges, le 2e corps s'empare du Mont Têtu, de la ferme Chausson et du Signal de la Justice, au sud de Cernay-en-Dormois.

"Le 26 septembre, vous avez enlevé, dans un élan magnifique, ce terrible front de Champagne, avec ses buttes, ses abris bétonnés, ses 12 km de fils de fer..." (Général Gouraud, 11 novembre 1918)

L' armistice est signée lundi matin à 5 heures 30. Le 27 janvier 1919, c' est la démobilisation.

Victoire d'une armée en deuil...Le retour des soldats s'avère compliqué et dure jusqu'en avril 19.

"Nous ne sommes plus que 17 anciens de départ".

Pécule : 1050 f

Concernant le bilan à l'échelle mondiale, selon les mots des "Chroniques de l' Humanité", c'est une commotion humaine : "9 millions de morts, 17 millions de blessés et 1/3 d'invalides, 4 millions de veuves, 8 millions d'orphelins..., pas de pareille hémorragie depuis la peste noire du 14e siècle".

De retour au foyer, il faut se reconstruire psychologiquement après plus de quatre ans d'épreuves, physiquement aussi. Une loi du 22 novembre 1918 oblige l'ancien employeur à reprendre les soldats démobilisés. La Maison de pipes Mathiss le sollicite pour un retour à Paris, mais grand-père préfère l'air vivifiant de la campagne bourguignonne, gravissant quotidiennement la petite colline qui surplombe le hameau. Les orages lui font revivre les canonnades et il calcule immédiatement les distances. Il boit du lait de chèvre, c'est un bon reconstituant. Mais, pendant longtemps, il ne peut plus regarder une goutte de sang. C'est un handicap, car à la campagne, il faut parfois tuer poules et lapins pour se nourrir. Grand-mère apprend à faire cette besogne. Les mères de famille ont toutes été admirables pendant toute cette période. Devenues par nécéssité plus indépendantes, certaines n'arrivent pas à reconstruire leur couple. Ayant tous deux le même métier, ils s'épaulent, finalement, ils travailleront pour quelques grandes Maisons de pipes parisiennes par correspondance, poste et chemin de fer, tout en cultivant quelques lopins de terre. Ils se relaient dans l'atelier exigu de la maison louée depuis 1914 et achetée en 1921, précisément avec l'argent du "Pécule". (Juliette Bousch)

René Barbier reçoit la Médaille interalliée.

René Barbier, "gazé deux fois sans évacuation" aura deux contrôles pour l'obtention de la carte du Combattant.

"Président des anciens combattants dans les années 20, organisant des fêtes au profit des orphelins de guerre, jusqu’à son décès, il a été le porte-drapeau dans notre petit hameau.

En 1955, nous emmenons Grand-père à Verdun. Il en est ému aux larmes, c'est le plus beau cadeau que l'on puisse lui offrir". (Mme Juliette Bousch, sa petite-fille)

René Barbier est décédé en 1964 à l' âge de 87 ans.

"Adieu, frères de douleur méconnus." (René Barbier)

14-9-1998

"Trente-quatre ans après le décès de Grand-père, nous foulons le sol du plateau de la Main de Massiges. Pour en trouver l'accès, le chemin n'est pas très aisé, le panneau indicateur est un peu réducteur, ne mentionnant que les années 1914 et 15. Il a plu la veille : le sol crayeux, glissanr, colle à nos semelles et nous donne la vraie dimension de ce qu'a dû être le bourbier des hivers de guerre. Les masses sombres des forêts coincident bien avec les ravins. Un couple de cultivateurs rencontré, d'ébord très réservé, devient intarissable sur le sujet. Chaque année, au moment des labours, la terre recrache les ferrailles de ses meurtrissures."

Une moisson d'objets, d'écrits et de souvenirs me reste et me parle toujours de la guerre ! La montre des tranchées au cadran fêlé égrène toujours le temps. (Juliette Bousch)

(Avec l'aimable autorisation de Mme Juliette Bousch, sa petite-fille qui a réalisé un exceptionnel travail de mémoire, "devoir d' amour et de mémoire" selon ses propres mots)

 

 

MPLF à MASSIGES-BEAUSEJOUR le 30/09/1915

Louis BRIGAULT, 20 ans

6e Arr de Paris, SEINE

156e RI

(Carte photo trouvée chez Jean-Pierre Mainsant)

Né le 24/06/1895, fils de feu Adrien et de Eugénie Barbou ; classe 1915, matricule 959 au recrutement de la Seine 4e Bureau.

1,58m ; cheveux et yeux bruns

Profession : papetier

Incorporé au 60e RI à compter du 20/12/1914.

Passé au 156e RI le 19/05/1915

Tué à l'ennemi au combat de Massiges-Beauséjour le 30/09/1915

Citation : "Soldat très courageux, d'un moral excellent, toujours prêt à accomplir une mission périlleuse.

Tombé au champ d'honneur au cours de l'attaque d'une position ennemie fortement organisée".

Louis Brigault est inhumé à la Nécropole Militaire du Pont de Marson, tombe n° 3219.

 

 

Mort Pour La France à MASSIGES le 25/09/1915

Ferdinand GUERS, 35 ans

Montpellier, HERAULT

24e RIC, 10e Cie, 3ème escouade

Né le 11/06/1880, fils de Adrien et de Pauline Paussel ; classe 1900, matricule 2094 au recrutement de Montpellier.

Profession : tailleur d'habits

Exempté en 1901 pour raison médicale

Rappelé en service armé au 24e RIC le 25/02/1915

La Grande Offensive de Septembre 1915 est en préparation...

 

"Faite le 22 Septembre 1915

A ma femme adorée,

Au moment où je prends la plume pour t'écrire avant l'attaque qui va peut-être bientôt sonner et qui peut-êre aussi nous séparera pour toujours, nous que nos coeurs avaient été unis par un véritable lien d'amour. Je tiens si la malchance me poursuivrait à te dire que du jour ou j'ai eu le bonheur de te posséder, j'ai reconnu en toi la femme aimée qui possède toutes les qualités de coeur, bonne épouse courageuse ainsi qu'une bonne maman.

Tous ces souvenirs qui nous rattachent l'un à l'autre font le tour de mon esprit, alors je revois dans notre maison ce radieux décors de notre bonheur ou toi ma marinette aimée tu y as présidé, puis notre chère enfant adoré est venu à son tour pour que notre joie soit parfaite, combien je pense que tu as été heureuse à la pensée d'être à ton tour mère, et accomplir de nouveaux devoirs vis à vis de celle que notre trésor ; moi aussi je fus content le jour où j'eus le contentement d'être père, ce mot contient beaucoup pour celui qui comprend le sens de ces mots.

Je te dirais que je partirais au combat avec la protection de Notre Seigneur, de la très Sainte Vierge auxquels j'ai une grande confiance.

Si par cas je n'ai pas le bonheur de retourner, mes chers trésors, que je plains de tout mon coeur de père et d'époux, cela sera de vous laisser au moment où vous aviez le plus besoin de moi.

Alors chère Marie je te recommande de veiller à notre enfant que j'adore et que je souffre à la pensée de cette terrible catastrophe.

J'arrose de mes larmes cette lettre qui j'espère n'arriveras jamais, car tu ne peux pas comprendre toute l'énergie qu'il me faut pour l'écrire cela.

Au revoir, je vous couvre de sincères caresses à vous que j'emporte la meilleure pensée et souvenir de son papa et époux Fernand.

Je termine, je suis allé faire une courte prière auprès de Notre Seigneur Jésus-Christ. Et maintenant à la volonté de Dieu.

Au revoir, doux baisers de Fernand GUERS."

Tué à l'ennemi à Massiges le 25/09/1915

Sa veuve correspond avec le soldat Guiberteau, son compagnon d'infortune, pour obtenir des renseignements sur les circonstances de sa mort. Il lui répond le 28/09/1915 :

"Madame,

Excusez-moi de répondre avec autant de retard à votre lettre. Il m'a été impossible de le faire plus tôt, car notre malheureux régiment a été encore une fois mêlé au début de ce mois, à de sanglantes opérations toujours dans le même secteur. Voyez les communiqués du 1er au 10 septembre, région de Massiges, côte 199, etc...Nous avons eu de nouveau des pertes cruelles qui ont encore éclaircis nos rangs. Après cette bataille, nous avons été mis au repos à l'arrière et nous voici, pour quelque temps du moins, à l'abri du danger. Mais on va réformer le régiment, et le rôle de la Coloniale dans cette guerre ne semble pas être joué en entier.

Je crois vous avoir dit que je ne me trouvais pas avec pauvre Fernand au moment de l'attaque : j'avais été séparé de son escouade pour assurer la liaison de la Cie avec le chef de bataillon. Il a été frappé à la tête, paraît-il, au moment ou, pour se porter plus en avant, il franchissait avec sa section le parapet d'une tranchée ennemie. Il dut être tué sur le coup, car il retomba dans la tranchée pour ne plus se relever. Selon toute vraisemblance, il aura été atteint par une balle de mitrailleuse.

Quant à l'endroit ou il a été enterré, je n'ai pu le savoir mais il est probable qu'il a une tombe à part, avec son nom, dans un des cimetières avoisinant le champ de bataille, soit au pied du médius de la main de massiges, soit près du pont de Minaucourt. Je cous conseillerai d'écrire à m le médecin-chef du 24e Colonial qui, selon moi, pourrait vous donner des renseignements précis à cet égard." (...) (Guiberteau)

Ils continueront tout au long de la guerre, à correspondre.

Sans nouvelles du soldat Guiberteau depuis le 9 juillet 1916, Mme Guers écrit au Commandant le 25/07/1916 qui l'informe en retour de la blessure et de l'évacuation du soldat blessé le 01/07/1916 à Dompierre (Somme) : Guiberteau reviendra.

(Avec l'aimable autorisation de Mme Maryse Berger, sa petite-fille)

 

 

François SAUTIER

Valleiry, HAUTE-SAVOIE

35e RI

Né le 02/12/1890, fils de Jean et de Marie Fol ; classe 1910, matricule 804 au recrutement d'Annecy.

Profession : menuisier comme son père

1,60m ; cheveux châtains clairs et yeux châtains ; cicatrice sous le menton

Classé dans 2e partie de la liste en 1911 (goître)

7e de 10 enfants, François va partir au combat comme Léon, son aîné et Marius, son cadet. Seul François est rentré...

Marius, 22 ans, MPLF le 15/06/1915 à Metzeral (Alsace) et Léon, 31 ans, MPLF le 28/09/1918 (soldat du 299e RI présent à Massiges, une page lui est dédiée dans Régiments 151-450

 

Classé en service armé le 06/11/1914, il arrive au 133e RI le 19/11/1914

Passe au 87e RI le 22/03/1915 puis au 48e RI le 21/09/1915

Blessé le 23/06/1915 à la tranchée de Calonne (Meuse) : "plaie en séton de la région deltoidienne par balle".

Evacué blessé le 08/03/1916 : "plaie de la région scapulaire droite par éclat d'obus".

Rentré au dépôt le 21/05/1916, classé service armé malgré une "atrophie légère au bras droit"

Passé au 25e RI le 08/11/1916 puis au 35e RI le 29/11/1916, secteur de Ville-sur-Tourbe/ Main de Massiges (organisation de position défensive).

François entretient une correspondance régulière avec sa soeur Léontine :

Lundi 18 décembre 1916 (secteur de Massiges)

" Chère Léontine, je fais réponse de suite à ta lettre qui m'a trouvé en parfaite santé. Tu me demandes si j'ai besoin de linge, j'en ai assez pour le moment. Je n'ai pas encore reçu ton colis. Je pense l'avoir demain. J'en ai reçu un de chez nous hier. Encore 5 jours de 1ère ligne et après je pense aller au repos. Il sera temps car je commence à avoir des locataires. Ils commencent à me dévorer. Cela fait 24 jours que je ne me suis pas déchaussé (...)

Je termine en t'embrassant bien fort, ton frère François".

Son régiment y reste jusqu'en janvier 1917.

Passé au 371e RI le 19/04/1918 où François Sautier embarque pour la Serbie, l'Albanie, le Montenegro. Passé au 2e régiment du Génie puis au 4e jusqu'à la démobilisation le 24/09/1919.

La vie reprend son cours...

François, son épouse Françoise, et leurs enfants de gauche à droite : Monique, Marguerite, Madeleine, Marius, Thérèse, Jeanne et Pierre.

(Avec l'aimable autorisation de Mme Claude Parisot, sa petite-nièce et petite-fille de Léontine, soeur des frères Sautier. Mme Parisot a réalisé un remarquable travail de mémoire sur ses grands-oncles et son grand-père Sosthène Parisot, mutilé de guerre)

 

 

MPLF à CERNAY-EN-DORMOIS le 28/09/1918

Léon SAUTIER, 31 ans

Valleiry, HAUTE-SAVOIE

299e RI

Né le 23/12/1886, fils de Jean et de Marie Fol ; classe 1906, matricule 802 au recrutement d'Annecy.

Profession : garçon de café (il travaillera même quelque temps en Angleterre

1,62m ; cheveux châtains, yeux bleus

5e de 10 enfants, Léon va partir au combat comme Marius et François. Seul François est rentré...Une page lui est consacrée dans Régiments 1-150 puis 35e RI.

Marius, 22 ans, MPLF le 15/06/1915 à Metzeral (Alsace) et François

Rappelé à l'activité au 22e RI le 02/08/1914

Passé au 299e RI le 23/12/1917

Son régiment est engagé dans la Grande Offensive franco-américaine. Une attaque est prévue le 26/09/1918. Des unités de renfort sont arrivées. Le Général Gouraud est au commandement de cette offensive.

Le 25 septembre, la préparation d'artillerie est déclenchée afin de détruire les positions de défense occupées par l'ennemi.

Le 26, au petit jour, des régiments des infanteries française et américaine se lancent à l'assaut. Au prix d'une lutte acharnée, peu à peu, le secteur est repris : la Butte de Souain, le Mont Muret, la Butte du Mesnil, Tahure.

Pendant ce temps, le 299e RI, les 230e, 50e, 71e et 66e BCP se rendent maîtres du Mont Têtu et de la Main de Massiges.

L'avance continue vers Cernay-en-Dormois. Environ 13 000 Allemands sont faits prisonniers, 300 canons sont récupérés et le front allemand est déporté 6 km plus au nord.

Le 27 septembre sera une rude journée de combat. Les innombrables mitrailleuses allemandes, savamment dissimulées, causent de sérieuses pertes mais les Français gagnent encore 2 à 3 km de terrain jusqu'à Gratreuil. C'est ce jour-là que Léon est blessé grièvement le 27/09/1918 à Cernay-en-Dormois. Il est transporté à l'ambulance 1/8 de Villers-Daucourt. Cette unité de soins d'urgence, située à une trentaine de kms de Cernay-en-Dormois, était capable d'opérer de grand blessés.

Le lendemain, Léon meurt des suites de ses blessures

Citation : "Il a maintenu pendant des journées entières le service d'observation à un poste dangereux où il est allé sur sa demande et eut ainsi d'utiles renseignements."

Léon Sautier repose dans la Nécropole Nationale de Saint-Ménéhould, tombe n°3263

(Avec l'aimable autorisation de Mme Claude Parisot, sa petite-nièce et petite-fille de Léontine, soeur des frères Sautier. Mme Parisot a réalisé un remarquable travail de mémoire sur ses grands-oncles et son grand-père Sosthène Parisot, mutilé de guerre)


Sosthène Parisot, soldat au 152e RI, grièvement blessé à Steinbach le 03/01/1915

 

 

DISPARU à la BUTTE DU MESNIL le 25/09/1915

Pierre JAUNASSE

Les Touches, LOIRE-ATLANTIQUE

64e RI

Plaque confiée par Lydie et Gaby Francart.

Avec l'aide de Mme Martine Coraboeuf Maire de Couffé (44) Annie Mandrin a retrouvé 3 de ses PETITS-ENFANTS.

Une des petites filles, très très émue, se fait un honneur de recevoir cette plaque.

Ils sont allés il y a 3 ans à Sommepy-Tahure et en l'absence de sépulture, ont laissé leur adresse à la Mairie.

Ils reviendront très vite car cela leur tient à cœur, sa mère a beaucoup souffert de sa disparition.

 

Né le 31/01/1882, fils de Jean Baptiste et de Anne Marie Lerat ; classe 1902, matricule n°326 au recrutement d' Ancenis.

Profession : Cultivateur

1,71m, cheveux châtains, yeux bleus

A épousé en 1912 à Couffé Anne Bricet : une fille Marie Madeleine née en 1913.

Rappelé au 106e RI à la Mobilisation générale le 12/08/1914, il est renvoyé dans ses foyers provisoirement le 21/08/1914.

Son frère Jean Baptiste est tué le 27/09/1914 à Moulin sous Touvent (Oise).

Passé au 64e RI

En Septembre 1915, son régiment est engagé dans les combats de la Butte du Mesnil et de Tahure.

Pierre Jaunnasse est disparu et déclaré décédé le 25/09/1915 à Tahure

 

«Brave soldat, a toujours fait vaillamment son devoir, tombé au champ d’honneur le 25/09/1915 à Tahure »

Croix de guerre avec Etoile de Bronze

Médaille militaire à titre posthume

 (Morts de 14-18 église de Couffé)

 

 

DISPARU MPLF à MASSIGES (Mont Têtu) le 06/10/1915

François LASSALLE, 27 ans

   Serres, ARIEGE

24e RIC

Né le 01/03/1888, fils de Baptiste et de Catherine Alard

Profession : Cultivateur

1,73m ; cheveux châtains foncés, yeux châtains

A épousé en 1913 Marie Jeanne Alard qui a longtemps attendu son retour et n’a jamais refait sa vie

Rappellé à l'activité au 24e RIC le 01/08/1914

 

Son régiment est engagé dans la sanglante Grande Offensive de Septembre 1915. Avec plus de 23 000 tués, le 25/09/1915 reste la journée la plus meurtrière de l'histoire de France...

Extrait du JMO à la date du 06/10/1915 :

"La position est attaquée sur les tranchées du Bois Chausson, malheureusement le brouillard et les tirs trop courts de notre artillerie les obligent à reculer, ils sont décimés par notre artillerie.
Il aurait été remarqué un acharnement des mitrailleuses ennemies à tirer sur nos blessés."

Comme de nombreux frères d'arme (Louis Courseille, Louis Teillier, Cyprien Nastorg, Jean Cabot) François Lassalle est porté disparu à Massiges (Mont Têtu).

Louis Courseille sera retrouvé en 1979 par Albert Varoquier, un des 5 propriétaires du terrain de l' association.

(Avec l’aimable autorisation de son petite-nièce Madame Marie Hélène Boyer)

 

 

François Muffat est décédé le 11/04/1956 à Morzine (74)

MPLF à PERTHES-LES-HURLUS et à la MAIN de MASSIGES les 25/09/1915 et 11/02/1916

Caporal Jean Marie JEHANNO, Maria Louis FANICHET, Alphonse ALLEGRET, Jean Baptiste CHEVALIER, Xavier JAMBU, Moise LOR, Joseph MASSEBEUF

BRIGADE DES SAPEURS POMPIERS DE PARIS

Sapeurs Pompiers détachés au 1er Génie, 22e Bat 5e Cie, Cie SCHILT (lance-flammes)

(JMO Cie 33/1)

La Cie 22/5-Cie Schilt ou lance-flammes-(composée de 2 Officiers et 72 Sous-Officiers Caporaux ou sapeurs) était spécialisée dans le jet de liquides enflammés.

D' une redoutable efficacité, ces lances projettaient sur les lignes allemandes environ 3000 l d'un mélange d'un liquide composé de 30 % de pétrôle et 70 % d'huile légère de houille contenu dans des récipients sous pression, mélange enflammé au moyen de grenades incendiaires. La Cie est également équipée d' appareils portatifs.

Unité d'élite, les hommes étaient sélectionnés pour leur sens de la discipline, du dévouement, pour leur calme, leur énergie et leur résistance (surtout du point de vue respiratoire), notamment des hommes du Génie : l'encadrement fût choisi parmi les membres du régiment des Sapeurs Pompiers de la ville de Paris (chargés de l' utilisation des lance-flammes)

Affecté à des missions spéciales pour l'emploi des gaz -Cies Z- ou le jet des liquides enflammés -Cies Schilt- le régiment des Sapeurs-Pompiers de la ville de Paris fournira plus de la moitié de son effectif, soit 1221 officiers et sapeurs ! L'autre moitié devant continuer d' assurer la défense de Paris contre l'incendie...

Nombre de ses "sapeurs pétroleurs" ne rentreront pas...

 

CEUX DE MASSIGES :

1) OFFENSIVE DE CHAMPAGNE 1915 : PERTHES-LES-HURLUS (secteur de MASSIGES)

Le récit de la Cie 22/5 en est terrible...

"Le 25 Septembre 1915 la Cie 22/5 a pris part à l'attaque des premières lignes allemandes au secteur dit de "La Poche" à l'Ouest de Perthes-les-Hurlus dans les rangs du 22e de ligne (...) les hommes munis des appareils portatifs devaient d'un bond se porter avec la 1ère vague de combattants dans la 1ère ligne de tranchées ennemies et là pendant que l'infanterie se portait à la 2ème ligne, faire le vide parmi les ennemis en flambant les abris souterrains où ils restaient encore cachés, en un mot faire le nettoyage le plus complet du secteur. (...)

A 9h15 dans un élan indescriptible les troupes partent à l'assaut. La 1ère ligne est rapidement occupée, malgré une fusillade très vive partie de la 3ème ligne allemande.

La vague repart et occupe la seconde tranchée puis la troisième, les réserves suivent avec le même entrain, l'artillerie allonge son tir, c'est un tonnerre de feu et de mitraille, nous avançons les Allemands lâchent pied et commencent à fuir. Vers 9h30 trois premiers abris sont en flammes par les nôtres, d'autres suivent bientôt.

La Cie fait de nombreux prisonniers qui se rendent pour échapper à la mort terrible qui les attendait en restant dans l'abri, certains même les "hésitants" sortent grièvement brulés en poussant des hurlements, nos sapeurs les emmènent et suprême ironie, c'est notre Docteur qui leur fait le premier pansement.

180 prisonniers ont ainsi été amenés par des sapeurs de la Cie dont 13 plus ou moins grièvement brulés.

A 9h45 les troupes assaillantes ont dépassé de 2 km la 1ère ligne de tranchées allemandes, le drapeau français flotte sur la crête. A l'arrière plus d' ennemis "la Poche est nettoyée". De tous côtés sort encore la fumée des 23 abris incendiés (...) Vers 17 heures une patrouille munie de 2 réservoirs est envoyée dans le secteur, pour le visiter, aucun ennemi n'y est découvert (...)

Au matin du 26, avec une demi-section d' infanterie elle alla sur ordre faire un supplément de nettoyage dans les mines et abris, en arrière de nos nouvelles lignes, quelques ennemis y étant encore supposés cachés.

La Cie dans cette action a perdu 2 hommes, le Caporal JEHANNO tué par un éclat d' obus à la tête (a été par la suite enterré par nous) le Sapeur FANICHET disparu. Il se trouvait à côté du Caporal Jehanno au moment où l'obus est tombé, nous le considérons comme tué, nous n'avons cependant trouvé que des débris humains informes qui n'ont pas permis de l'identifier. Six hommes ont été blessés, deux brulés légèrement par un retour de flammes, le sergent Quinton et le Caporal Gras, 4 blessés légèrement par éclats d'obus, le caporal Groutel, les sapeurs Velly, Laroche et ALLEGRET". (Extraits du JMO de la 22/5)

- Caporal Jean Marie JEHANNO 29 ans : né le 08/11/1885 à Vannes (Morbihan), fils de Jean Marie et de Jeanne Marie Prodo ; classe 1905, matricule au recrutement de Lorient.

1,68m ; cheveux châtains, yeux gris

Profession : charpentier à Paris

Service militaire aux Sapeurs Pompiers de Paris de 1906 à 1908

Mobilisé au régiment d'infanterie de Lorient le 01/08/1914, nommé Caporal le 01/10/1914

- Maria-Louis FANICHET 33 ans : né le 07/10/1881 à Chalette (Loiret), fils de Pierre et de Marie Louise Beranger ; classe 1901, matricule 936 au recrutement de Fontainebleau.

1,70 m ; cheveux châtains, yeux gris

Profession : valet de chambre à Paris

Engagé Volontaire pour 3 ans le 14/05/1901 à la mairie du 17e arr de Paris pour le Régiment des Sapeurs Pompiers. Rengagé pour 2 ans avec indemnité de 1904 à 1906. Sapeur de 1ère classe le 16/12/1903 puis sapeur de 2nde classe le 19/11/1905.

Mobilisé au régiment d'infanterie de Fontainebleau le 01/08/1914.

Tous 2 passés au régiment des Sapeurs Pompiers de Paris le 03/05/1915, puis affectés comme sapeurs pompiers le 01/06/1915 au 1er Régiment du Génie, Cie 22/5

 

2) ATTAQUE du MONT TETU (KANONENBERG) 1915 : MAIN DE MASSIGES

"Au mois d’octobre, le régiment est en ligne avec un bataillon au Mont Têtu, un autre à la Verrue, et le 3e en réserve au pied de l’ Index. Les vides ont été comblés par des renforts, mais les officiers sont nouveaux et ne connaissent pas bien leurs hommes ; (...); de plus la pluie se met à tomber et l’ennemi marmite constamment. Le 3, le tir de l’artillerie devient plus violent et, vers 16 heures, la première ligne est à la fois bombardée avec des lacrymogènes et arrosée avec des lance-flammes". (Historique du 4e RIC)

"Les compagnies d'attaque sont dotées de lance-flammes, qui, d'avance, exerce une impression morale positive chez les attaquants. Le 03/11 à 17h30, le 35ème IR attaque avec les lance-flammes en tête, les fils de fer des barrages français rougissent et fondent, les piquets brûlent.
L' infanterie de la 1ère tranchée française ne tira que faiblement, les pauvres gars étaient brulés, morts ou en fuite..."
(Historique allemand du IR 35)

 

Le 04/11/1915 : le Lieutenant Roussin (commandant la 22/5) reçoit l'ordre de se rendre à 14h à Minaucourt avec une section.

Le 05/11/1915 :

(JMO de la 22/5)

"Une quatrième attaque est montée avec le concours du 8e Colonial et de sapeurs pompiers de la ville de Paris, munis de lance-flammes.(...) l’ennemi qui veut à tout prix un succès, pour effacer sa défaite récente, emploie les grands moyens, écrase nos tranchées sous une avalanche d’obus et d’engins de tranchée et nous sommes contraints d’évacuer la position du Mont Têtu, sans combat. Le gain matériel de l’ennemi est minime, mais l’effet moral, sur des hommes aussi fatigués que les nôtres, est considérable. Le colonel demande à être relevé, pour laisser reposer ses hommes". (Historique du 4e RIC)

 

3) ATTAQUE DU 11/02/1916 : BUTTE DU MESNIL (secteur de MASSIGES)

 

Le 19/01/1916 la Cie 22/5 commandée par le Sous/lieutenant Massini se rend au "Ravins des Pins" pour une reconnaissance de la Main de Massiges. Des appareils sont mis en manoeuvre en présence du Général d'Infreville, du Général commandant la 11e Brigade, des Officiers d' Etat Major et des bataillons d'attaque.

Pour des raisons atmosphériques (direction du vent), l'attaque est repoussée au 11/02/1916 au Nord-Est de la Butte du Mesnil.

Les 3 sections avec le matériel se rendent à la Côte 180 "Pont de Minaucourt" (chaque section d'une vingtaine d'hommes est divisée en 3 groupes armés de 3 appareils n°2 et de 7 appareils n°3)

La 1e section a pour mission d'aider la progression du 130e RI dans les boyaux jusqu'à l'occupation des tranchées tenues par l'ennemi. Un appareil n°2 disposé dans un petit poste de grenadier est actionné et le jet dirigé au-delà du barrage ennemi. Profitant de la fumée, un groupe d'assaillants se porte rapidement jusqu'à ce barrage.

3 appareils (n°3) sont actionnés successivement pour donner plus de temps aux travailleurs chargés de la démolition du barrage. Voyant que les défenses accessoires très sérieuses encombrent les boyaux et que la progression va être arrêtée, les Sapeurs Cuny et Maria qui avaient actionné l'appareil n°2 sortent du petit poste de grenadier et bondissent, suivis immédiatement par les 2 fantassins et y font 2 prisonniers. Le 2e groupe projete successivement le liquide de 2 appareils (n°3). 2 allemands se rendent.

Le 3e groupe actionnent 2 appareils (n°2) et les jets dirigés dans la direction du barrage ennemi à 20 mètres environ permettent sa démolition et l'accès au boyau (...)

La 2e section est affectée au 115e RI et remplit le même rôle (...)

La 3e section est elle chargée de faire une démonstration sur le front de la 16e Brigade.

Le travail d' enlèvement des oursins en fil de fer barbelé est commencé à la faveur de la fumée dégagée et continue de plus en plus difficilement en raison du rapprochement et de la chute ininterrompue de grenades ennemies. Les groupes sont arrêtés par un feu violent d'artillerie et d'engins de tranchées. Le 1er barrage est démoli par le Génie. La progression se poursuit jusqu'au 3e barrage également enlevé à la faveur d'un 3e incendie. Les sapeurs combattent à la grenade après avoir manoeuvré leurs appareils (...)

A 16h, les 2 réservoirs des 3 postes ont été actionnés successivement et les jets dirigés vers la tranchée allemande. La manoeuvre parfaitement réussie attire de ce côté un violent bombardement. La section remplit ainsi le but de sa mission.

La mission très périlleuse qui lui incombe (...) a été exceptionnellement pénible en raison du travail difficile pour le transport du matériel dans un terrain où la marche était extrèmement dure. Malgré les dangers et les fatigues le moral de tous est resté égal au meilleur et chacun a rempli courageusement et superbement sa mission. La connaissance des dangers (pour les avoir déjà affrontés) à courir par le feu de l'ennemi et le retour de flammes toujours possible, ne les a pas empêchés de garder tout le sang-froid qui leur était nécéssaire pour diriger exactement leur jet de liquide pour atteindre le but et donner ainsi confiance à leurs camarades fantassins. Le Lieutenant Roussin commandant la Cie, très fier de la magnifique conduite de sa petite unité dans l'action du 11 février à l'honneur de signaler la Cie à la bienveillante attention à ses Chefs.

La Cie 22/5 vient de participer pour la 6e fois à une action offensive : mais 5 sapeurs-pompiers ne rentreront pas...

Le 14/02/1916 :

( Extraits du JMO 1er Génie, 22e Bat 5e Cie, Cie SCHILT (lance-flammes)

- Joseph MASSEBEUF 33 ans : né le 16/07/1882 à Fernussac (Haute-Loire), fils de Paul et d' Elise Vissac ; classe 1902, matricule 1978 au recrutement de le Puy.

1,69 m ; cheveux blonds, yeux gris

Profession : cultivateur, sapeur pompier

Incorporé au Régiment des Sapeurs Pompiers de Paris à partir du 15/11/1903. En 1908, il est encore recensé comme vivant à Paris.

Mobilisé le 01/08/1914 au 86e RI, passé au Régiment des Sapeurs Pompiers de Paris le 02/05/1915 puis affecté comme sapeur pompier au 1er Régiment du Génie, Cie 22/5, le 01/06/1915.

 

- Moise LOR 28 ans : né le 28/02/1887 à Bohain (Aisne), fils de Charles et de Catherine Lasserou ; classe 1907, matricule 942 au recrutement de St Quentin.

1,64 m, yeux bruns

Profession : électricien

Rappelé à l'activité le 01/08/1914 ; passé le 04/05/1915 au Régiment des Sapeurs Pompiers de Paris, puis affecté comme sapeur pompier le 01/06/1915 au 1er Régiment du Génie, Cie 22/5.

Secours de 150 fr payé le 30/10/1917 à sa veuve, née Caplain

 

- Alphonse ALLEGRET 28 ans : né le 29/01/1888 à St Gaudens (Haute-Garonne), fils de François et de Jeanne Carcy ; classe 1908, matricule 1343

1,69 m ; cheveux noirs, yeux châtain-verdâtre

Profession : mécanicien

Marié le 12/11/1910 à Clara Gallerand, résidant à Levallois-Perret, Seine

Incorporé au Régiment des Sapeurs Pompiers de Paris de 1909 à 1911.

Rappelé à l'activité le 01/08/1914 ; passé au Régiment des Sapeurs Pompiers de Paris le 14/08/1915 puis affecté comme Sapeur Pompier au 1er Régiment du Génie, Cie 22/5, le 10/09/1915.

 

- Xavier Victor JAMBU 31 ans : né le 13/11/1884 à Montreuil (Seine), fils de Jules et de Louise Coutot ; classe 1904, matricule 969 au recrutement de la Seine 4e Bureau.

1,57m ; cheveux châtains, yeux bleus

Profession : serrurier

Marié le 24/12/1904 puis divorcé de Lucie Royer

Service militaire au 31e RI de 1904 à 1906

Mobilisé le 01/08/1914 au ; passé au Régiment des Sapeurs Pompiers de Paris le 15/10/1915 puis affecté comme Sapeur Pompier au 1er Régiment du Génie, Cie 22/5, le 08/02/1916.

 

Tous les 4, probablement de la seconde section (affecté au 115e RI), recevront cette citation posthume et seront décorés pour cette mission.

Porté disparu le même jour :

- Jean Baptiste CHEVALIER 35 ans : né le 23/07/1880 à Verneugheol (Puy-de-Dôme), fils de François et de Marie Leclerc ; classe 1900, matricule 816

Résidant à Paris (Seine)

1,68 m, cheveux blonds, yeux bleus

Profession : côcher, sapeur pompier

Engagé Volontaire pour 3 ans en 1901 à la mairie du 14e arr. pour le Régiment des Sapeurs Pompiers de Paris ; Sapeur 2e classe le 27/02/1901, passé au 138e RI le 10/11/1902.

Mobilisé le 01/08/1914 ; passé le 03/05/1915 au Régiment des Sapeurs Pompiers de Paris puis affecté comme Sapeur Pompier au 1er Régiment du Génie, Cie 22/5, le 01/06/1916.

 

 

"Le 08/03/1916, une délégation composée de quelques sapeurs sous les ordres de l'adjudant-chef Gallais se rend au cimetière situé à l' Index de la Main de "Massiges" porter une couronne et une plaque commémorative sur chaucune des tombes des camarades MASSEBEUF, LOR, JAMBU et ALLEGRET tués au combat du 11 février dernier". (JMO de la 22/5)

(Cimetière provisoire de l'Index)

Ils seront ré-inhumés en 1923 à la Nécropole Militaire du Pont du Marson (Minaucourt) : Alphonse ALLEGRET (photo de la tombe à venir) et Xavier JAMBU en tombes individuelles (n° 1909 et n° 2023); leurs frères d'arme en ossuaire (lors de la translation des corps, de nombreuses identités ont malheureusement été "perdues")

Jean baptiste CHEVALIER, probablement relevé lors de la remise en culture des champs, repose lui aussi en ossuaire. Pourtant "présumé tué" le jugement de décès ne sera rendu qu'en 1921, une fois tous les prisonniers de guerre rentrés.

(Médaille en bronze que j'ai acquise sur Ebay en 2016 : grande a été ma surprise de retrouver 2 ans plus tard dans les JMO des Cies Spéciales du Génie, le nom de Xavier Victor JAMBU! A l'époque sa fiche de décès faisait juste état du 1er Régiment du Génie, à l' organisation très complexe. Les registres matricules de Paris n'étaient et ne sont toujours pas numérisés. N' ayant pas d'informations sur son Bataillon et sa Cie, j 'avais laissé cette plaque de côté. Merci à Annie Mandrin et à Daniel qui ont recherché sa fiche matricule. J'ai été bouleversée de découvrir que Xavier Victor Jambu était Sapeur Pompier ! Et présent à MASSIGES dès l'Offensive de Septembre 1915! Parisienne, un MERCI beaucoup plus personnel à ces hommes d'hier et d' aujourd'hui. C'est avec une immense fierté que je leur dédie cette page. Marie Soledad Monino)

 

Le 28/03/2017 : une Cie de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) est venue découvrir les tranchées de La Main de Massiges guidée par Eric Marchal, et rendre hommage à ses frères d'arme "les sapeurs pétroleurs".

 

 

MORT POUR LA FRANCE à MASSIGES le 28/09/1915

Dominique POUJOL

Lieuran-Cabrières, HERAULT

22e RIC, 2e Bataillon, 7e Cie

Né le 04/08/1883, fils de Beloni et de Marie Beaumel ; classe 1903, matricule 983 au recrutement de Béziers.

1,65m ; cheveux et yeux châtain clair

Profession : viticulteur

Service militaire au 17e RI en 1904, puis au 142e RI en 1905 ; soldat musicien en 1906

Mobilisé au 4e RIC le 01/08/1914 ; passé au 7e Bataillon Colonial le 19/09/1914.

Blessé à St Eloi le 06/11/1914 (une balle lui a traversée l'épaule)

Passé au 22e RIC le 03/05/1915.

(Dominique Poujol avec des frères d'arme)

01/08/1915 :

"Je suis logé dans la forêt comme les loups à deux kilomètres à l'est de Suippes que tu peux voir sur la carte.

Inutile de te dire si le canon tonne il vaudrait mieux entendre la petite cloche de notre petite église, que ces maudits canons qui font tout trembler. Pendant la nuit nous voyons les fusées volantes que les bôches font partir en l'air pour voir ce qu'il y a en avant d'eux, et je t'assure qu'elles éclairent beaucoup et loin, on dirait des lanternes d'autos.

(Dominique Poujol lui envoie plusieurs bagues qu'il a fabriquées)

30.08.1915 :

"J'aurais voulu t'écrire plutôt mais étant depuis quelques jours en face ces sales et maudits Bôches, on a pas toujours le temps disponible pour faire une lettre (...)"

Nous sommes assez bien nourris, mais les colis que tu m' envois me font tout de même bien plaisir, nous avons un quart de vin à tous les repas, et un quart de café le matin et le soir, quant au sommeil, tu sais combien je l'aimais, et bien maintenant il m'est impossible de dormir soit pour une cause ou pour une autre, le bruit de canon, mal couchés, ou les poux, qui malgré l'essence d'aspic ou le Camphre, je les sents toujours, et toujours j'en aurais, du moment que les abris en sont partout infestés. Je t'assure que ma vie ou plutôt notre vie est bien triste."

 

02.09.1915 :

"Encore je n'ais pas étréné l'imperméable mais je crois l'étrenner bientôt, il me va bien, et me convien beaucoup, maintenant il peut pleuvoir et je suis tranquille, il m'arrive jusqu'aux jenoux. On m'a changé de pantalons, je porte des pantalons-culottes avec une raie jaune de chaque côté, larges en haut, et étroites en bas que je ferme avec des cordons, ensuite une capote gris-clair ainsi que le képi."

 

15.09.1915 :

Déjà à cette date la claire conscience  d'une terrible offensive à venir...

"Pardonnez-moi tous si je vous fait de la peine en vous écrivant ces quelques mots, mon coeur est trop douloureux pour que je ne vous en fasse part, et étant trop gros, il faut que je m'adresse, à vous tous qui m'êtes si chers, pour me consoler.

Si je vous adresse à vous tous c'est que je vois devant moi un horizon bien sombre, dont je ne puis vous en donner des détails. Pour vous il n'y a qu'à prier pour moi, et attendre (...)."

 

Son émouvante dernière lettre écrite la veille de son décès :

"27 septembre 1915

Très chère épouse, cher fils

Chère mère et tous mes très chers parents bien aimés

C’est au milieu de la fournaise terrible que je vous envoie encore un doux baisers a tous et bien veuille que je puisse vous écrire encore une autre fois. Je me recommande à vos prières

Je n’ai pas de nouvelles d’ Alexandre ni d’Albert je suis plein de boue jusqu’aux oreilles je suis méconnaissable .c’est à la hâte que je t’écris pour te dire que je suis encore bien portant pour le moment .il est probable que tu restes sans nouvelles de moi de quelques jours

Je t’envoie à toi et à tous mes meilleurs baisers de ton pauvre époux .je te remercie de tout ce que tu as fait pour moi

Prie bien pour moi

Ton pauvre époux

Embrasse bien le petit augustin pour moi

Pauvre petit reçois un bon baiser de ton papa chéri

Ton cher époux

Miqou"

 

Son régiment est engagé à Massiges dans la terrible Offensive du 25/09/1915.

Le 27/09/1915, son Bataillon est toujours à la disposition du Lieutenant Colonel commandant le 24e RI, il occupe pendant toute la journée le flanc droit du Ravin du Pouce prêt à soutenir le Bataillon Noel.

Le 28/09/1915 dès 6h du matin, la 6e Brigade reçoit l'ordre d' attaquer le bois de la Chenille et le bois Chausson.

Les 22e et 24e Coloniaux doivent attaquer le bois Chausson en partant des pentes sud du Mt Têtu et de 844.

Cette attaque est entravée par un violent bombardement de l'artillerie allemande.

 

Dominique POUJOL est tué à l'ennemi le 28/09/1915 à 17h.

 

Le 4/10/1915, un frère d'arme informe sa veuve des circonstances de son décès :

 

Le 22/10/1915, il lui écrit cette autre lettre : (la date de décès a été rectifiée)

"Votre mari fut le 28 septembre au soir en corvée de vivres pain et vin que depuis les premiers jours de l'engagement on n'avait pu avoir à volonté. Revenant de la corvée avec Jean Guirand (qui maintenant est évacuée pour oreillons) et étant qu'a quelque centaine de mètres de notre poste un obus est venu les frapper en pleine tête et renverssa simplement Guirand qui lui ne fût pas blessé, ce ne fut que le déplacement d'air qui le fit tomber.

Quant à votre cher mari c'est l'éclat qui le toucha et tout ce que je puis vous dire il n'a pas souffert la mort fût instantanée, sitôt l'arrivée de la corvée j'appris par Guérand ce grand malheur qui nous frappa à tous. la première des choses je lui demande si il avait pu lui prendre le portefeuille dans lequel si je ne me trompe, il avait placé la photo qu'il avait reçu depuis quelques jours. ou était son fils puis son neveu et vous aussi. Rien de tout cela n'a pu être effectué, et n'avons pu rien absolument de lui comme nous nous sommes portés tout de suite en avant.

C'est les brancardiers divisionnaires qui dans la nuit après le combat relèvent les morts et en même temps leur enlèvent tout ce quils ont sur eux et sans doute que tout cela vous sera adressé un jour.

Ces brancardiers sont la exprès et les transportent dans des fausses que l'on fait sur un coin de terrain formant cimetière. Maintenant pour le moment impossible pour le prendre. quant a plu tard ce ne sera pas commode n'on plus. Il faut se résigner chère Madame. Combien encore ne sommes pas à l'abri de tout cela" (Achille H)

 

Primo-inhumé dans un cimetière provisoire de la Main de Massiges, Dominique Poujol est ré-inhumé en 1923 dans l'un des ossuaires de la Nécropole militaire du Pont de Marson.

Dans l'intervalle le sort s'est encore acharné sur cette famille endeuillée...

"Son épouse Henriette décèdera de la grippe espagnole en 1918 ; leur fils le petit Auguste mon grand-père si souvent cité dans ses lettres finira dans un orphelinat de l’Aveyron comme pupille de la nation et ne reviendra a Lieuran-Cabrières qu’ à l’âge de 18 ans. Il se maria avec ma grand-mère Agnes Bousquet lieuranaise aussi et ils auront mon père qui naitra en 1939.
Mon père est déjà venu il y a 30 ans à la recherche de son grand-père".

Mlle Poujol Anne, son arrière petite-fille

(Avec l' aimable autorisation de Mesdames Anne, Myriam et Lise POUJOLl, ses arrières petites-filles)

 

 

Combats de Massiges (Cratère, Arbre aux vaches, col des Abeilles) de Janvier à Mai 1916

Pierre PELOFI

Comus, AUDE

Caporal téléphoniste au 142e RI

Né le 17/04/1894, fils de Léon et de Catherine Parda

1,64m ; cheveux et yeux noirs

Profession : Instituteur

Incorporé au 142e RI le 05/09/1914 ; parti aux Armées le 01/03/1915

 

La plus grande partie de sa guerre, après les combats dans la région d’Ypres, se déroulera en Champagne dans les secteurs d’Auberives, Minaucourt, Les Hurlus et la Main de Massiges, avant qu’il ne rejoigne Verdun.

Le 16 Janvier 1916. Arbre aux vaches.

Bien cher père.

Je réponds à votre lettre du 9 Janvier. J’ai été heureux que vous ayez fait la connaissance de la famille Doutre car le fourrier est l’un de mes meilleurs camarades du 142. Nous reviendrons sûrement en permission ensemble, nous l’inviterons à venir faire un repas avec nous.

Je suis en ligne, dans un secteur assez calme. Je ne vous dis pas où je me trouve c’est rigoureusement interdit, mais c’est une partie du front dont on a parlé le plus souvent et où se sont déroulés les plus terribles combats. J’habite ici une véritable forteresse creusée dans le roc. J’ai, sur ma tête, pour me protéger, quatre ou cinq mètres de terre. Mon poste serait bon mais je suis très loin de la cuisine, trois kilomètres et demi environ, ce qui ne me permet de ne faire qu’un repas par jour ; à part cela je n’ai pas trop à souffrir. Mon lit est un brancard d’infirmiers, je n’y suis pas trop mal et je souhaiterais de finir la guerre dans ces conditions.

Ma chère sœur. Col des Abeilles.

Je réponds à ta carte que tu m’as envoyée à la hâte et que j’ai reçue hier. Je savais que l’Adjudant Palanquié devait venir en permission. Je l’ai même vu le jour où il partait ; si j’y avais pensé je lui aurais remis un petit colis à ton adresse mais il est passé précipitamment. Il te racontera sans doute qu’il était avec moi au col des Abeilles et que nous causions ensemble jusqu’à minuit. C’est un garçon très courageux, peut -être même le plus courageux de tout le régiment. Tu as pu voir qu’il portait de nombreuses médailles. Il a actuellement six citations à l’ordre du jour….

Ici le temps n'est pas beau il neige, il pleut, il fait très froid. Malgré cela, je ne souffre pas trop.

J'ai vu le "brave" Bourriel dans un boyau, il faisait bien piètre mine. Il relevait la tête chaque fois qu'il entendait passer un obus.

Je t'embrasse bien fort. P. Pelofi

Le 12 Février - Main de Massiges.

En ligne la vie devient pénible. La pluie et la gelée ont désagrégé les boyaux et les tranchées. Les parapets s’éboulent dans les flaques d’eau, la boue collante, pétrie par le piétinement atteint déjà les genoux. Par endroits les abris s’effondrent où se remplissent d’eau. Figurez-vous que dans mon poste, pour lutter contre l’eau envahissante, nous la vidons avec une boîte….

27 Février - Main de Massiges.

Nous sommes en première ligne, toujours la même place. L’hiver se fait sentir plus que jamais ; il neige pendant la journée, il gèle pendant la nuit.

Les tranchées et les abris s’éboulent . Notre vie est rendue pénible par un travail constant de reconstruction, de réinstallation. Mais l’hiver passe nous allons être au mois de Mars…

Le 4 Avril – Main de Massiges.

Ici rien de nouveau. Il a plu dans la journée d’hier et dans la matinée d’aujourd’hui ; aussi nageons nous dans la boue. Jusqu’à ce jour, le temps avait été très beau et la chaleur accablante dans l’après- midi. Le printemps bat son plein. Tous les arbres sont en fleurs, les prés verdissent ; les beaux jours sont revenus, et avec eux un peu d’espérance. Souhaitons qu’elle ne sera pas déçue…

Caporal le 17/05/1916

Le régiment entrera en ligne à Verdun le 19/05/1916 où il occupera le secteur de Vaux.

Disparu le 02/06/1916 à Damloup, présumé prisonnier.

Il connaîtra la dure vie des camps disciplinaires après chacune de ses tentatives d’évasion la dernière réussie, il terminera la guerre, avec neuf de ses camarades d’évasion, un Mauser Serbe à la main, aux côtés du Comité National Yougoslave qui leur offrira les fusils et les drapeaux accompagnés des documents qui leur permettront de les ramener en France.

La correspondance liée à cette période montre beaucoup de tristesse et d’ennui, le sentiment d’une totale inutilité bien plus empreinte de mélancolie que ses « lettres de guerre ».

Rapatrié le 28/11/1918, passé au 143e RI le 03/01/1919

Citation :

"Blessé à la tête par éclat d'obus le 26/08/1915 en réparant une ligne téléphonique dans un boyau (à Auberive) violemment bombardé, n'a pas quitté son poste et n'a consenti à se laisser panser qu'après s'être assuré que sa ligne fonctionnait à nouveau.

Fait prisonnier, a tenté de s'évader."

Croix de guerre avec étoile vermeil (bronze?)

Médaille des évadés, médaille militaire

"Baigné dans mon enfance par ses récits j’ai eu l’immense plaisir de retrouver les lieux qu’il a connus, de pouvoir suivre sa trace sur ces terres aujourd’hui réhabilitées mais qui laissent encore apparaître bien des cicatrices pour qui veut les lire.

Il a aussi combattu au Mesnil, ferme de Beauséjour enfin, la où le 142 a combattu dans le secteur de la Main. J'ai consigné toute "la partie guerre" dans un ouvrage - à usage personnel-  qui reprend toute la correspondance et "romance" sa vie au front, sachant, qu'enfant il m'a raconté sa guerre.... je me souviens combien "Le Mesnil les Hurlus" était un nom qui m'avait frappé et que je n'ai jamais oublié.

Le travail qui a été accompli sur la Main de Massiges est particulièrement émouvant et d’une rare qualité. On ne peut que féliciter et remercier les personnes qui ont œuvré là pour que reste au regard de l’histoire la mémoire de ceux qui y ont vécu, y ont souffert, y sont morts pour que cette terre vive libre sous la lumière de Champagne. Merci".

Jean Louis Pélofi, son petit-fils.

(Avec son aimable autorisation)

 

 

DISPARU MPLF à MASSIGES le 03/02/1915

Pierre SIPRA, 32 ans

La Fajolle, Aude

4e RIC, 9e Cie, 3e Escouade

 (plaque de poignet confiée par Jean-Pierre Mainsan, trouvée par Jean Mathieu, le père de Thérèse)

Avec la précieuse aide de Mr Jean Marc Bisserie (frère de Mme Arlette Belou) et de Mr René Sipra, petit-neveu du soldat, Annie a retrouvé sa PETITE-FILLE Arlette, 83 ans, très émue : sa grand-mère lui a souvent parlé de lui.

"Sachez que cela nous touche tous et que l'on a le sentiment de retrouver un être cher même si nous ne l'avons jamais connu, c'est une partie de lui que vous allez nous restituer." (Mme Anne Belou, son arrière petite-fille)

"Nous sommes très émus, et les arrières petits-enfants de Pierre SIPRA seront très impressionnés." (Mr Bisserie)

 

Né le 18/02/1882, fils de Charles et Madeleine Chourreu ; classe 1902, matricule 1318 au recrutement de Narbonne.

1,60m, cheveux châtain clair, yeux bleus

Profession : Cultivateur

Effectue son service militaire en 1903 au 122e RI, puis ses périodes d'exercices au 80e RI.

Epouse en 1906 Rosalie ("Rose") Fourie : Magdeleine naît en 1908 suivie de Jane en 1912.

(Rose Sipra)

Le 13/08/1914, Pierre est incorporé dans le 4e RIC.

La châleur de cet été est accablante et parfois meurtrière : le JMO du 4e RIC rapporte que "les réservistes non habitués au sac (35 kilos!), non entraînés, se couchent le long de la route, il faut en arriver aux menaces pour les faire avancer".

Son régiment prend part aux combats violents de septembre 1914 à Massiges.

"Depuis le 16 septembre, temps détestable, pluie et vent froid. Les hommes souffrent beaucoup surtout la nuit malgré les abris en paille qu'ils s'ingénuent à établir dans les tranchées".

La retraite de l'ennemi continue et le 4e RIC à l'avant-garde de la 2e DIC, le poursuit sans relâche. Le 4e RIC participe ensuite à quelques actions autour de Virginy et Massiges. Il relève le 22e RIC sur les hauteurs au Nord de Massiges et tient garnison dans des tranchées en attendant la reprise de la marche en avant".

 

Lettre du 09/11/1914 à son épouse Rose et sa fille Magdeleine ("Magdou") :

(Rose exerçant le métier d'institutrice, leur plus jeune fille "Janette" est gardée par les parents de Pierre)

 

Virginy le 9 novembre 1914

Bien chère Rose et Magdou, 

Il est 9 ½ du matin je viens de passer la visite, je suis guéri

le major me dit que je peux reprendre mon service par conséquent ce soir il faut reprendre

le chemin des tranchées, j’aurais bien voulu que cela dure un peu plus longtemps. Enfin que veux-tu je ne suis pas pour me reposer, d’un côté je préfère,

si j’ai l’honneur d’arriver sain et sauf ce sera une gloire de ne jamais

avoir quitté le champ de bataille.

Je n’ai pas encore reçu le colis annoncé déjà avant-hier.

Aujourd’hui il fait frai toujours le brouillard mais nous n’avons toujours pas vu

la neige ce qu’il parait qu’il n’en tombe pas beaucoup. Je suis assez couvert

pour supporter quelque chose, tu n’as pas besoin de m’envoyer le caoutchouc,

cela me chargerait trop mais à mesure qu’il me faudra quelque chose je te le

ferais savoir, maintenant pour la ceinture de laine que tu dois m’envoyer je ne

dis pas non, je la mettrais avec plaisir.

Donc pas du souci pour moi, soignez-vous afin que nous puissions nous retrouver

tous en bonne et parfaite santé.

Quand tu écriras à la famille Mage donne bien le bonjour de ma part de gros baisers

à notre petite mignonne sans oubliez notre mamanotte. Il y a déjà quelques jours

que je n’ai rien reçu de René, je suis peut-être un peu exigent, je voudrais avoir

des lettres tous les jours.

Enfin que te dire les nouvelles de la situation de la guerre sont assez bonnes pour

la France, nous lisons de temps en temps quelques journaux mais anciens.

Dis moi un mot sur cela de temps en temps tu dois recevoir la dépêche comme avant.

Lettre incomplète et non datée à Rose :

Je reçois toujours des lettres qui me font un grand plaisir, hier j’ai reçu

celle des lacets aujourd’hui ta lettre du 15 courant.

Je reçois à l’instant le colis de Marguerite le tout est au complet merci

du chocolat et de deux petits flacons on va le boire à votre santé à la

promite victoire de notre chère France et à notre prochain retour.

Je n’ai pas encore reçu ton colis expédié par la gare, il arrivera bientôt ainsi

que la ceinture celui-là fera deux fois qu’il verra Virginy.

Aujourd’hui le temps est assez beau mais il pleuvra surement avant la nuit.

Que vous dire de plus la santé est fort bonne je désire qu’il en soit de

même pour vous tous, et notre chère Janette que fait-elle va-t-elle mieux

de sa rougeole tenez moi au courant, merci à maman de m’avoir ci bien arrangé

le capuchon cela me préservera toujours un peu, en voilà une idée s’il en reste

un peu d’étoffe pour faire une paire de bas cela me préserverait, ici les officiers

ne craignent rien ils passent dans l’eau jusqu’aux genoux ils portent des bas en

caoutchouc.

Mille choses à la famille Mage ainsi qu’à maman

Million de baisers à mes deux petites et pour toi chère Rose mes plus tendres caresses

de ton Pierrot.

 

Lettre du 11/12/1914 à Rose :

Virginy le 11 décembre 1914

Bien chère Rose et Magdou, 

Nous voilà de nouveau dans notre chic patelin depuis avant-hier, nous sommes

allés prendre positions près des Boches, la boue a été notre premier plat, nous en

avions jusqu’aux genoux, on ne pouvait marcher, arrivé aux tranchées, croyant

pouvoir allumer un bon feu afin de pouvoir se sécher les pieds, notre casbat était

tombé à cause des grandes pluie qui tombent. Il fait un temps affreux, il a fallu

se mettre en œuvre pour remonter notre modeste abri, nous y avons passé toute

la nuit avec quelques averses qui arrosait, maintenant j’en ai monté avec un plus

chique et plus solide elle est en planche avec très peu de terre dessus on sera

moins dangereux si elle vient à retomber, dans la même un autre éboulement

d’une autre casbat il y avait quelques types dessous, il n’y a pas eu de mort mes

tous blessés, dans la notre j’y ai un petit fourneau avec tuyau, une foi allumé il

chauffe très bien notre petite cahutte.

J’ai reçu des nouvelles des mages et des Parisiens ils sont tous en très bonne santé.

Marguerite me parle beaucoup de notre petite Janette elle est s’y mignonne elle ma

dit qu’elle c’est dire « papa fait quic aux Ayemands » et que l’on lui pose la question

Et les Allemands ? elle répond font quic à papa, a la pauvre petite elle a bien raison.

Eva est arrivé à Paris il y a déjà quelques jours ils me demandent de mes nouvelles,

je leur ai écris une lettre 4 lettres avec la tienne quelle correspondance, une à

Marinette, à Paris et aux Mages/

Je n’ai pas encore reçu les ceintures, je crois bien qu’elle sera perdu car depuis le

25 novembre surtout par la poste, Mamanottte utilise le caoutchouc, elle doit m’en

faire une ceinture, un capuchon cela me préservera toujours un peu.

Allon ma chérie ne fais pas du soucis, je vais très bien soignez-vous ne soyez pas

malade.

Million de baisers à Magdou et pour toi mes plus tendres baisers.

Pierre

(en marge : "J’attends une lettre de Magdou encore baisers").

 

JMO du 3e Bataillon du 4e RIC :

 

Lettre du 18/01/1915 de Pierre à ses parents :

Virginy le 18 janvier 1915

Je suis dans les tranchées près des Boches et ces de ma modeste cahute

que je vous écris ces quelques mots, aujourd’hui le temps a assez bonne

mine, quoique la nuit a été très froide il a fait un peu de tous les temps,

pluie, neige, beau temps. J’ai eu par moments bien froid aux pieds, pas

à présent par exemple je suis tout près de ma « joconde » qui répand

une chaleur très vive, vous devez vous demander ce que je veux vous dire

et qu’elle est cette bête là, et bien c’est un petit poêle nouveau système qui

consiste d’un tuyau au trou d’un arrosoir avec une pl….. à feu faite à coups de

pioche, mis en place et recouvert de couleur très vite ….. et en abondance

dans ce pays ci c’est la boue qui une fois cuite devient dure comme du fer,

pour le moment le Boche nous laissent assez tranquille ils sont assez raisonnables,

si de notre part on ne les attissaient pas ils le seraient encore davantage mais

que voulez vous qu’ils disent nous allons travailler devant eux faire des boyaux

sous le nez pour nous y installer plus tard, nous sommes à présent à 20 ou 25 mètres

de leur tranchée nous faisons tous ces travaux de nuit, ils nous envoyent bien de temps

en temps quelques balles qui parfois portent bien, cette nuit il y a eu un blessé, j’aurai

bien voulu être à sa place car rester ici ce n’est plus une vie, surtout un temps pareil,

toujours la pluie et la pluie toujours.

J’ai reçu hier votre lettre dans laquelle j’ai trouvé celle de Rose, je suis heureux de

vous savoir tous en très bonne santé ainsi que notre petite Janette ah que je voudrais

la revoir notre petite mignonne et l’entendre dire ces petites réflexions – dites lui quelle

soit bien sage et je lui apporterai un cheval mécanique qui marchera seul.

Ces jours derniers nous avons reçu des blessés j’ai entendu parler qu’il y en avait

quelque’uns de St Afrique je m’en informerais et je vous le ferais savoir.

Et mamanotte que fait-elle qu’elle se soigne et qu’elle se tienne au chaud le mieux possible

afin quelle ne tombe pas malade et vous deux le papa et la maman de Janette vous qui la

soignez si bien conservez-vous dans une parfaite santé pour que le jour ou la victoire sera

complète et que j’aurais donné ma part de mes forces pour défendre le sol français souillé

par ces salle Boches, le jour ou j’aurais accompli mon devoir, je puisse partir content, heureux

vous revoir dans ce Saint Affrique tous en pleine santé. Hélas je rêve et ce rêve ne peut se

réaliser, la distance est trop longue et les circonstances trop dangereuses pour que je puisse

arriver à bon terme. Si je vous parle ainsi ce n’est pas parce qu’il manque du courage et de

confiance chez moi.

Enfin que vous dire les nouvelles sont minimes je vous quitte faites un million de baisers à

la petite pour moi et pour vous trois une grosse embrassade de votre fils et frère.

Pierrot

 

Extrait du JMO :

 

Lettre datée du 01/02/1915 de Rose : Pierre ne la recevra pas à temps...

Artigues 1 février 1915 

Bien chéri,

Ce matin je n’ai pu t’écrire longuement. Depuis que tu m’as dit que tu étais heureux

Tu trouverais une pièce de sous dans le cachet de cire de l’enveloppe.

de recevoir de longues lettres. Je tache de te faire plaisir mais quelquefois je suis

Si tu la reçois bien je t’en mettrai une de temps en temps.

empêchée d’écrire.

Mon bonjour à Chaubet, Marty le rigolo et tes autres camarades.

J’ai toujours beaucoup d’ouvrage.

Bon courage

Je tiens ma maison très propre et cela m’occupe beaucoup.

Que n’êtes-vous là, tous notre Janette, toi et mémé pour me mettre du désordre et me

faire crier un peu ! C’était le bon temps où je grognais contre les objets mal rangés ou

contre…ce malheureux petit chien qui a failli nous brouiller ! tu me menaçais de partir,

c’était pour rire et aujourd’hui cette menace s’est réalisée par la force des choses et

tu es loin et tu regrettes ton bonheur d’ici ! Courage mon grand tu reviendras heureux

d’avoir combattu pour notre France aimé. Je te ferai oublier tes souffrances par toujours

plus de soins, toujours plus de tendresse tes filles te vénéreront, elles t’admireront.

Déjà 8 jours que je t’ai expédié le colis de 5 kilos par la gare tu ne tarderas pas à le recevoir

quand cette lettre t’arrivera. Ensuite je t’expédierai celui de St Etienne dès que je l’aurai reçu.

Mr Pagès m’a dit que j’avais rudement bien fait de ne pas te commander les bas en caoutchouc.

Ce qu’il y a de mieux dit-il, ce sont les jambières imperméables. Je lui ai parlé de la culotte en

toile huilée, il m’a dit que cela aussi serait pratique. Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt !

Je lui ai raconté que votre Capitaine vous faisait mettre pieds nus pour enlever l’eau des

tranchées, il m’a dit que ce Capitaine avait raison, que c’était empêcher de vous faire geler

les pieds. Enfin nous avons causé beaucoup de la guerre, il est Adjudant mais il est bien

avec ses off. Il dit que Joffre attend le moment comment dirai-je, le moment atmosphérique,

si tu veux, le plus propice pour l’offensive et que le moment là venu, les Boches seront repoussés

avec force, chassés, vauriens ! Ce sera terrible mon pauvre Pierre, bonne chance pour cette

époque là, mars probablement. Il ne faut pas de l’eau, il ne faut pas de la neige, les cours d’eau

ne doivent pas être capricieux comme l’a été l’Aisne dans l’affaire de Soissons.

Je t’ai dit ce matin de te montrer bon pour celui qui ne serait pas choyé de sa famille et de personne.

Je te le répète, fais lui part de ce que tu peux offrir, malheureusement bien peu ; hélas ! pourquoi

ne suis-je pas riche, comme je vous gâterais tous, pauvres soldats ! chaque jour j’expédierais un colis

tantôt à l’un, tantôt à l’autre, hélas ! trois fois hélas !

Tu diras à Auguste…. Que la témérité n’est pas du courage et il faut savoir ménager sa vie comme il faut savoir l’exposer s’il le faut.

Adieu, mille tendres baisers bien doux bien doux.

Tes chéries Rose et Madou

Extrait du JMO du 03/02/1915 :  

"Le 3 février, alerte à minuit, le 4e RIC remonte (de Courtémont, lieu de cantonnement) par le pont de Minaucourt vers 191 et Massiges.

Les Allemands ont fait sauter plusieurs mines, enlevé la côte 191, et le 21e qui occupait la position appelée « la Main de Massiges » a été délogé de « l’Annulaire ».

Le 4e est chargé de la contre-attaque, elle est menée par le bataillon Duchan sur 191 et par le bataillon Barbazan (celui de Pierre) sur l’Annulaire. Le bataillon Barbazan réussit parfaitement, enlève deux lignes de tranchées, tuant, faisant prisonniers plusieurs centaines d’ennemis ; malheureusement le commandant Barbazan payait de sa vie le succès de ses hommes et les pertes étaient lourdes".

 

Pierre Sipra disparaît au cours de cette terrible attaque du 3 février 1915.

Rose tente d'obtenir des nouvelles auprès de ses frères d'arme...

 

Lettre datée du 11/03/1915 du soldat Paul Chaubet, ami de Pierre et proche voisin audois :

"Néris-les-Bains le 11 mars 1915

Madame,

Vous avez déjà cru peut-être que je n’avais pas fait mon devoir vis-à-vis de vous faire savoir le terrible malheur qui vient de vous frapper.

Voici comment nous avons faite notre attaque, hélas nous étions au repos à Courtemont, le 03 février à 9 heures du matin il y a alerte et il faut partir, nous ne savions pas où, à midi tout a été pris à partir, nous marchons sur une route que jamais nous n’étions passé, nous arrivons à Minaucourt juste à l’emplacement du 22e Colonial là on se repose c’était 6 heures du soir, à 8 heure nous prenons la route de Massige, personne ne savait où nous allions, il faisait obscur, à 10 heures on arrive à Massiges pas loin de Virgini où a été notre poste depuis le 15 septembre, arrivé là on nous fait couché par section au milieu d’un champ que l’eau perlait dessus, il faut il le faut, véritablement nous l’avons deviné ce que nous venons faire à 11 heures du soir, on nous fait marcher à gauche de Massige par escouade, nous posons les sacs et nous montons à peu près 100 mètres.

Toujour Madame mon grand ami Pierre à mon côté, nous étions derrière une haie de champ, où les obus boches frappait toujour, c’était 11 ½ , à un moment donné nous voyons six fusé qui montent vers le ciel.

Il faisait alors un clair de lune extra, ses fusé fut l’attaque de l’artillerie ceci dura ½ heures, puis les fusé rouges reviennent sortir, l’artillerie se tut, se fut l’attaque.

Nous nous sommes embrassé tous les deux. En avant à la bayonnette, nous partons fier, car croyais Madame qu’il était plein dardeur et du courage, on part, à peine fait 30 mètres, les balles boches font rage autour de nous.

Il dit simplement une parole « Je suis touché » et tombe percé d’une balle au front,

je court je suis perdu, « part fait ton devoir » .

Je n’ai pu prendre ce qu’il possédait car la rigueur est très sévère, j’arrive à la ligne de la tranchée boche, une balle me traverse la cuisse et m’oblige aussi à renoncer de combattre.

Je suis resté là pendant 18 heures sur le champ de bataille.

Si j’avais pas été blessé le soir en descendant j’aurais pris tout ce que possédait mon grand ami, mais je n’ai pas pu.

Madame malgré votre malheur prenez douceur sur la peine car il ne faut pas se laisser aller au désespoir, car il faut vivre pour les deux gentilles petites filles que vous avez, croyais hélas qui en aura malheureusement que trop qui seront frappé de ce terrible malheur.

Ah triste vie que cette guerre et quand sera fini, pour quand à moi, maintenant que sa va mieux, je m’empresse de vous écrire.

Je suis en traitement à Néris-les-Bains, donc je suis très bien soigné.

Voilà Madame mon grand ami disparu et votre cher époux, ne vous chagrinez pas trop.

Je joint à votre grande douleur mes meilleures consolation.

Recevez Madame mes plus grandes consolation de mon grand ami Pierre et votre cher époux.

Je vous salue

Paul Chaubet 4e Colonial en traitement à Neris-les-Bains allier Salle (N° 1)

L’emplacement où nous avons attaqué c’était le Col des Abeilles à gauche de Massige".

(Paul Chaubet a survécu et s'est marié : nous recherchons sa famille)

Avec un seul témoin du décès de Pierre Sipra, et en l'absence de son corps, le jugement de décès ne peut être rendu. La Croix Rouge (CICR) entreprend des recherches : blessé, a t'il été fait prisonnier ?

Pierre ne rentrera pas. Très probablement relevé dans les jours qui ont suivi mais sans identification possible, il repose aujourd'hui dans l'un des ossuaires de la Nécropole Militaire du Pont de Marson auprès de 23 000 de ses frères d'arme, la moitié de non-identifiés...

Son nom est inscrit sur les Monuments Aux Morts de La Fajolle et d' Artigues.

 

Rose Sipra qui ne s'est jamais remariée, a du élever seule ses 2 filles auxquelles elle survivra...

Rose et Jane, orpheline de guerre. Magdeleine est décédée

 

Avec l'aimable autorisation de Madame Arlette Belou, sa petite-fille et fille de Jane décédée en 1936 quand Arlette n'était âgée que de 3 ans). L'association la remercie châleureusement pour son très généreux don.

(Merci à Annie pour ce long travail de retranscription des lettres)

 

 

MORT POUR LA FRANCE à MASSIGES le 03 ou 04/02/1915

Samuel RECOLIN, 33 ans

Aumessas, GARD

Sergent du 4e RIC, 3e Bataillon, 9e Cie

Né le 08/05/1881, fils de Emile et de Célestine Ferrières ; classe 1901, matricule 2359 au recrutement de Nîmes.

1,69 m ; cheveux noirs, yeux bruns

Nommé Caporal en 1903 puis Sergent dans le 6e BCP en 1905

Profession : cultivateur

Mobilisé au 8e RIC ; passé au 4e RIC le 30/08/1914

Samuel Recolin est présumé blessé dans la nuit du 3 au 4 février 1915 puis porté disparu.

"Je pense que les recherches ont continué malgré la réponse négative transmise par le CICR le 29 février 1916 et ce pour découvrir le lieu d'inhumation. Que c'est le transfert des cimetières provisoires (vers la Nécropole) avec la présence de son corps qui est à l'origine de rectification de "disparu" en 1915 à "Mort Pour La France" en 1922 et ce afin de faire valoir les droits de la famille". (Robert Beaufrère, bénévole de la Main)

Samuel RECOLIN repose à la Nécropole Militaire du Pont de Marson, tombe 8555.

(Avec l'aimable autorisation de Mr et Mme Badet, rencontrés à Massiges le 17/10/2016)

 

 

MORT POUR LA FRANCE à MASSIGES Côte 191 le 25/09/1915 NEW !

Etienne Emilien PEROT

Milly, SEINE ET OISE

23e RIC, 8e Cie

Né le 15/02/1889, fils de Jacques et de Geneviève Martin ; Classe 1909, matricule 5520 au recrutement de Versailles.

Profession : jardinier

1,64 m ; cheveux châtain clair, yeux verts

Rappelé au 23e RIC le 01/08/1914.

Présent du 11/08/1915 au 03/09/1915 dans le secteur de Massiges, son régiment y retourne le 15/09/1915 pour des travaux offensifs.

"Le 25/09/1915, l'attaque est déclenchée à 9h15. Le régiment a pour objectif la côte 191. Les bataillons d'assaut (2e et 3e), formés en 4 vagues, s'élancent sur les pentes sud de la position. (...) La 1ère vague n'a pas parcouru 50 mètres qu'elle se trouve prise sous un feu violent de mousqueterie et de mitrailleuses, les autres vagues sont prises sous le feu de l'artillerie qui va en augmentant d'intensité. (...) Des mitrailleuses, de tous côtés sur le sommet de la position, entrent en action, une casemate dans laquelle se trouvent un canon tirant à mitraille et plusieurs mitrailleuses se révèle. Tout ce qui progresse sur les terre-pleins est littéralement fauché." (JMO du 23e RIC)

Emilien Pérot est tué à l'ennemi le 25/09/1915 à Massiges côte 191, par suite de blessure d' arme à feu.

Primo-inhumé au cimetière de Massiges, il est ré-inhumé en 1923 à la Nécropole militaire du Pont de Marson (Minaucourt), tombe 4454.

(Photo à venir)

Citation :

"Brave soldat. Tué le 25 septembre 1915, à MASSIGES, en accomplissant vaillamment son devoir, au cours de l'offensive française, en Champagne. Croix de guerre avec étoile d'Argent".

Médaille Militaire, médaille commémorative française de la Grande Guerre, médaille interalliée dite de la Victoire.

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur Jean-Pierre Jouaneix, son petit-neveu, en visite à Massiges le 30/09/2017)

 

 

Fidèle frère d'arme du Capitaine REVEILLARD qui l'a pris en photo de nombreuses fois y compris dans son ultime demeure...

MPLF à la Main de Massiges le 13/01/1916

Julien Emmanuel LEVEAU, 32 ans

Neuville, SARTHE

Sous-Lieutenant au 115e RI, 3e Bataillon, 10e Cie

Né le 17/02/1883, fils de Julien et de Léontine Picault ; classe 1903, matricule 384 au recrutement de Mamers.

1,64 m ; cheveux noirs, yeux gris bleu

Marié le 15/10/1907 à Maria Tessier avec, pour témoins, 2 sergents du 115e RI : Eugène Herbaud et Antoine Bonnassié. Avec leur fille Andrée, le couple habite Margon.

Incorporé au 115e RI à compter du 15/11/1904 ; soldat de 1ère Classe le 01/06/1905

Caporal le 26/11/1905 puis Sergent le 21/09/1906

Rengagé pour 2 ans à compter du 01/10/1907 ; pour 2 ans à compter du 01/08/1909 puis pour 3 ans.

Adjudant le 29/09/1914

Citation :

"Blessé le 17/12/1914, a refusé de se laisser panser et a continué à commander sa section, n'a cessé de montrer la plus belle attitude depuis le début de la campagne."

Médaille Militaire et Croix de Guerre avec palme et étoile de vermeil

"Lieutenant Leveau (en août 1915)"

Promu Sous-Lieutenant le 25/10/1915, il commande la 10e Cie du 3e Bataillon du 115e RI

Tué à l'ennemi à la Main de Massiges le 13/01/1916 à 00h15.

Le médecin qui a constaté son décès n'est autre que le médecin Major du 115e RI, Fernand Rault, au sujet duquel un de ses hommes écrit :
"Ma division prenait les lignes à la main, de Massiges au Mont Têtu. Les attaques étaient incessantes, et chaque fois, Fernand Rault quittait son poste de secours, franchissait les barrages, visitait les postes de bataillon et montait en première ligne pour s'assurer de la bonne relève des blessés, transportés dans des tubes de tente à travers des boyaux éboulés sous les chutes de torpilles et les éclatements de 105 fusants. Il devait être amputé d'un bras".

"Février 1916 Couronne offerte par les poilus de la 10 Cie à leur Lieut Leveau"

"Février 1916 Tombe du Lieutenant Leveau à l' Index" (Main de Massiges)

Il reçoit la Légion d'Honneur à titre posthume.

Fin 1922 : translation des cimetières provisoires vers la Nécropole Militaire du Pont de Marson. Au cours de ces transferts, de nombreuses identités sont malheureusement perdues : Julien Leveau repose très probablement en ossuaire.

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur Michel-Marie MAURICE, petit-neveu du Capitaine Fernand REVEILLARD dont les photos ont permis à Mme Gonsard, fille du filleul d'Andrée Leveau, de nous retrouver)

 

 

Disparu MPLF à VILLE-SUR-TOURBE le 25/09/1915, retrouvé ensuite

Pierre André DOCHE, 27 ans

Margueron, GIRONDE

Caporal téléphoniste au 3e RIC

Né le 5 mai 1888, fils de Jean Doche et de Anne Loncle, 3 frères : Louis, Adrien et Henri ; 1 sœur, Louise.

Profession : cultivateur à Margueron.

Classe 1908, matricule 320 au recrutement de Libourne. 1m72, cheveux châtains, yeux marrons foncés

(son livret individuel)

De 1909 à 1911, André Doche effectue son service au 31e bataillon sénégalais (casernement à Lure).

Le 22/05/1912, il épouse Marie Faugère.

07/04/1913 : naissance de leur première fille Anne, Germaine, Denise.

En Octobre 1913, André Doche effectue une période obligatoire de 23 jours en tant que réserviste de l’armée active à Rochefort. Il écrit :


"Ma chère petite femme

Il me tarde beaucoup de recevoir des nouvelles car voila déjà six jours que je ne t’ai point vu je l’assure que le temps ne passe pas vite il passe plus vite lorsque je suis auprès de toi. mais que veux tu il faut attendre 23 jours (...) Aujourd’hui Jeudi nous avons eu une marche d’au moins 30Kilometres nous sommes parti a 5 heures du matin et nous sommes rentré a 11heurs
je t’assure que j’étais très content d’arriver car je n’en avais jamais fait de pareille moi qui disais a la maman que je ne pourrais pas aller à St Foy à pied. Il faut bien en faire davantage. Je ferai tout mon possible pour faire les manœuvres mais tout de même je ne forcerai pas plus qu’il ne faut. En attendant le plaisir de recevoir de tes nouvelles reçois ma bien aimée ainsi que ma petite Denise papa maman mille baisers. A Doche"


01/08/1914 : rappelé au 3e RIC en tant que soldat de 1ère Classe

7-8/08/1914 : dans la nuit, le régiment quitte Rochefort sur mer pour Bar le Duc.

 

Le 16 Aout 1914 :

"Ma bien aimée

Je profite d’un moment de repos que nous avons pour te faire savoir encore une fois de mes nouvelles. Je te dirai que je suis toujours à peu près en bonne santé mon rhume ne fait pas de progrès il faut espérer que ce ne sera rien ce qu’il y a eu de bon pour nous qu’il n’a pas plu depuis que nous sommes partis de Rochefort mais hier au soir 15aout le temps a changé, il a fait orage et il a beaucoup plût et ce matin le temps est brumeux peut être que ce ne sera rien car autrement nous ne serons pas toujours heureux vivement que tout cela se termine car je t’assure qu’il me tarde bien de vous revoir mais tout cela est encore bien loin en attendant chère et bien aimée prie toujours bien le bon Dieu pour moi afin que je revienne auprès de toi et de ma petite Denise. Hier 15 aout je t’assure que j’ai bien pensé à vous autre peut-être n’avez vous pas eu de messe à Margueron heureusement qu’il y a Loubés. Pour nous ce n’était pas fête nous sommes partis le matin à 2 heures pour arriver à 11 heures avant midi après avoir fait une marche de 35 kilms je t’assure que nous en avions tous assez surtout que depuis que nous sommes parti nous n’avions fait au plus fort 15 kilomètres. Ma bien aimée je n’ai pas encore reçu de lettre cela ne m’étonne pas car personne n’en a encore reçu pourtant je t’assure ma chérie que je voudrais bien en recevoir bientôt je serais si heureux de lire une lettre car voilà 15 jours que je suis partis d’avec toi oh ma chérie.

Je te quitte ma bien aimée pour me reposer un peu car je suis encore fatigué de la journée de hier je suis encore heureux que je n’étai pas blessé au pied j’aurai voulu aller à la messe ce matin mais je ne le puis pas car nous sommes de piqué de 8 heures à midi. J’espère que tu y aura prié pour moi.

Adieu ma chérie adieu ma petite Denise et tous mes parents mille doux baisers de celui qui vous aime tant et ne vous oublie pas. A Doche"

 

11-22/08/1914 : mouvement offensif en direction de Neufchâteau en Belgique.

22/08/1914 : bataille des frontières, terribles combats de Rossignol.

André Doche livre ici l'un des très rares témoignages du 22 AOUT 1914, journée la plus meurtrière de l'histoire de la France : (transcrite çi-après)

Le 23 Aout 1914 :

"Mille baisers aussi pour papa et maman ainsi qu’a tous les parents et amis. Ma bien aimée Je m’empresse encore une fois de te donner de mes nouvelles qui sont toujours à peu prés les mêmes. D’abord je te dirais ma bien aimée que j’ai reçu ta première lettre. Je t’assure que je l’ai reçu avec plaisir car il y a longtemps que je l’attendais. Je suis heureux de voir que tu es en bonne santé ainsi que toute la famille et aussi de voir que ma petite Denise pense bien à moi.

nous voilà en prise avec les Allemands hier samedi 22 nous sommes tombés dans un grand piège qu’ils nous avaient tendus nous marchions une brigade pour aller cantonner dans un village comme d’habitude les allemands n’était point signalé lorsque nous arrivons au village voila les canons qui commence a nous bombarder et pour nous nos fusils ne le pouvait guère car de suite nous nous sommes trouver enfermé entre deus feux et le plus fort c’est que nous n’avions point d’artillerie pour pouvoir nous protéger c’est ce qui a fiat le plus de tord car nos fusils ne pouvait point leur répondre car ils était dans les tranchets on ne pouvait rien faire que de se sauver ou l’on pouvait mais ce n’était guère possible quand passant sous les balles. Dieu nous a garder car nous étions dans le village il n’était plus possible d’y rester nous partons mais n’étions pas parti que le village était en flamme depuis ce village nous nous sommes dirigé vers un petit bois en travers dans un pré d’une longueur de 150 mètres sous la pluie des mitrailleuses qui nous tirait dessus nous ne devions pas mourir. En arrivant au bois voilà que j’entends un obus qui arrive je me couche pour me cacher et voilà que je me sens (projeter) au reins je me croyais blesser par un éclat mais non. Je n’ai eu que le choc qui n’est rien pas même une égratignure Dieu merci. Heureusement que l’artillerie française est arrivé vers 5 heures du soir et c’est elle qui nous a sauvé car sans ça nous étions tous perdus.
Dieu merci ça a mieux marcher que nous l’espérions car nos étions 20 mille français contre 120 mille Allemands. Tu vois ma cherie si nous étions dans de jolis draps et sur ces 20 mille nous sommes sortis peut être 3 ou 4 mille le premier et le 2ième Regits d’inf coloniale ont été complètement anéantis le 3ième nous sommes peut être 3 ou 4 cent sur 3 mille Tu vois d’ici le carnage qu’il y avait Dieu veuille que cela ne se renouvelle pas si fort. Si je te donne toute ces explications c’est que aujourd’hui Dimanche nous nous sommes repliés en arrière et nous nous reposons l’après midi et ce n’est pas de trop car depuis Samedi matin que nous étions parti pour aller cantonner au village ou nous avons eu la bataille qui a duré jusqu’au soir a la nuit, ensuite nous sommes parti et nous sommes arrivé à notre cantonnement ce matin dimanche a 3 heures du matin avec un quart (jus) et deux ou trois bouché de pain que nous avions manger en marchant et encore on ne pensait pas à manger car après avoir vu ce carnage passé personne ne disait rien.

Je ne (t’en) dis pas plus long ma chérie car une lettre si grande qu’elle soit ne pourrais jamais contenir tout ce qui s’est déroulé dans cette journée du 22 (Aout) ce que je te demande ma chérie C’est que tu prie de plus en plus le bon Dieu pour moi. En attendant le beau jour ou Dieu nous reunira reçois ma cherie de ton petit mari qui ne t’oublie pas ainsi qu’a sa petite Denise les plus doux baisers. A Doche"

 

27/08/1914 : combat vers la forêt de Dieulet (bataille de la Meuse)

6-11/09/1914 : 1ère bataille de la Marne, bataille de Vitry, combats vers Ecriennes, Thieblemont-Faremont, Matignicourt-et-Goncourt puis poursuite par Favresse et Saint-Jean-devant Possesse jusque vers Ville Sur Tourbe.

14/09 au 20/12/1914 : combats dans cette région, puis stabilisation du front et occupation d’un secteur vers Ville Sur Tourbe et le bois d’hauzy (guerre des mines). Perte du Bois de Ville et attaque française sur Melzicourt et occupation du village.

20/12/1914 au 31/05/1915 : engagé dans la 1ère bataille de champagne : attaque allemande le 23 au nord de Ville Sur Tourbe. Puis organisation du terrain conquis.

 

Maffrecourt le 24 janvier 1915 : 7 heures soir

"Ma chérie et bien aimée

C’est toujours avec un bien grand plaisir que je reçois de tes nouvelles ce soir je viens de recevoir une lettre datée du 20 janvier au soir elle a donc mis juste 4 jours je suis heureux de recevoir des nouvelles si fraiche au prix des autres qui mettaient 6 ou 7 jours donc je suis heureux de voir que tu es toujours en bonne santé peut être que lorsque tu recevras cette lettre il y aura du nouveau pour toi Dieu veuille que tout aille bien afin que nous puissions nous revoir un jour ; tu me dis sur ta lettre que je ne passe pas plus de 2 jours sans te donner de mes nouvelles ma chérie je te dirais qu’il y a longtemps que je suis resté plus de 2 jours sans te donner de mes nouvelles au contraire je t’écris presque tous les jours si je passe un jour des fois c’est que je ne puis faire autrement car tu sais bien que je te l’ai promis et je vois par moi-même qu’on est bien content d’avoir des nouvelles car moi je t’assure que je suis bien content d’avoir presque tous les jours de tes nouvelles.

Sur une de tes lettres tu me disais que je devrais me faire photografié ma chérie il y a longtemps que j’y pensais mais ma chérie c’est presque impossible car il n’y a point de photographe à Maffrecourt et pour cela il faut aller à St Ménehould et tu sais on ne peut pas y aller comme on veut il faut une permission du corps d’armée et il n’y a guère que des cyclistes ou bien quelques conducteurs qui y vont conduire des fourrièrs pour faire des provisions pour les compagnies je t’assure que si je l’avais pu il y a longtemps que je l’aurai fait mais comme tu vois c’est impossible. Aujourd’hui j’ai écrit au cousin Albert et au cousin Louis Grenier. Tu me dis que tante Blanche reste à présent chez le pépé il doit être content de l’avoir auprès de lui et s’il te garde la petite Denise tu es un peu plus tranquille pour faire ton ouvrage pauvre petite comme je serai heureux de la revoir ainsi qu’a toi ma chérie quand est ce donc que nous pourrons nous revoir quelle joie pour nous de se revoir.

Aujourd’hui dimanche je suis allé à la messe et ce soir je suis allé à vêpres je t’assure qu’i y a longtemps que je n’avais pu en faire autant, j’étais heureux de pouvoir y aller car je me disais peut être que ma chérie est à souffrir aussi. Je t’assure que j’ai bien prié pour toi afin qu’il nous protège de tous malheurs. Je te remercie ma chérie de tous les renseignements que tu me donnes au sujet des travaux je suis heureux de savoir ce qui se passe je sais bien que le travail ne vous manque pas car quant j’y étais il y en avait assez pour tout le monde. Sur ta lettre tu me dis que Pierre est allé souper avec vous autres c’est encore heureux pour cette pauvre Marie qu’il ne soit pas parti car avec tout ces bestiaux elle aurait eu quelques choses à faire. Tu me dis que le tonton Léon garde la (moutonnière ?) il a peur que s’il vient à partir elle ne pousse pas enfin il vaut mieux qu’il la garde et qu’il n’est pas besoin de partir. Je suis toujours en très bonne santé et désire que ma lettre vous trouve tous de même.

Reçois ma chérie et bien aimée ainsi que ma petite Denise les plus doux baisers de celui qui ne cesse de penser à vous et vous aime toujours bien. André Doche

Mille baisers au papa et à la maman ainsi qu’aux grands parents à tante Blanche et chez le tonton Léon bonjour aux voisins et amis bonjour à Mr le curé. Encore mille millions de baisers de ton chéri qui ne t’oublie pas et ne t’oubliera jamais . Adieu ma chérie mon amour mille baisers. André Doche

Adieu ma chérie bonne nuit que je te souhaite adieu mon amour. André Doche"

 

28 janvier 1915 : naissance de sa seconde fille Marie, Jeanne, Marcelle qu’il ne connaîtra jamais.

Lettre retrouvée incomplète :

"(...) Ma petite chérie je mets dans ma lettre quelques fleurs en souvenir de Maffrécourt j’espère te faire plaisir en te les envoyant. Ici rien de particulier, le temps est toujours variable et au froid. Je te quitte ma chérie pour aller me coucher.
Reçois ma bien aimée ainsi que notre petite Denise et Marcelle les plus doux baisers de celui qui vous aime toujours bien Mille baisers au papa et a la maman ainsi qu’aux Grands Parents sans oublier chez le tonton Leon (...) Adieu ma chérie ma bien aimée Bonne nuit mille millions de baisers de ton amour chérie qui ne t’oublie pas et t’oubliera jamais et qui t’aime toujours bien et a qui il tarde de revenir auprès de toi
. A Doche"

Maffrecourt le 1er février 1915 :

"Ma chérie ma bien aimée

Ce n’est pas sans une grande émotion que ce matin j’ai reçu une lettre et d’abord je me suis aperçu que ce n’était point toi qui avait écrit l’adresse et pour tout c’était toujours les mêmes cachets aussi je t’assure qu’il me tardait de savoir ce que contenait cette lettre justement lorsque l’on m’a donné la lettre j’étais parti pour aller à la messe mais je n’ai pas pu attendre que la messe soit finie pour pouvoir la lire et je vois que tout va bien et aussi que cela a marcher assez vite et que j’ai une grosse fille de plus. Je remercie le bon Dieu que tout ce soit si bien passé et si vite : Dieu veuille que tout aille encore bien et tout le temps. J’espère bien avoir une autre lettre ce soir car celle que j’ai reçu ce matin était arrivée d’hier au soir et je l’aurai eu hier au soir si j’avais été à Maffrecourt enfin il n’y a pas grande importance car pour la réponse c’est la même chose. Chère maman je suis bien heureux que vous m’ayez appris la naissance de notre petite fille j’ai vu sur votre lettre que vous avez été bien pressé pendant un petit moment 3 heures environ mais ce temps a dû vous paraître bien long et surtout en voyant que ça marchais si vite et que la sage femme ne venait pas vite Dieu a voulu que ce soit vous qui fassiez cette office et Dieu merci tout à bien marché espérons que cela durera et que tout ira pour le mieux. Surtout que ma chérie ne fasse pas d’imprudence car avec les temps qui se passe ce ne serait pas difficile de prendre mal. Je sais bien chère maman que vous ferez tout ce que vous pourrez pour elle aussi j’ai confiance que tout marchera pour le mieux c’est bien malheureux que je sois si loin de vous tous car je crois bien que je vous servirai à quelque chose car le travail ne doit pas vous manquer en ce moment mais Dieu ne le vois pas ainsi espérons que tout cela finira le plus tôt possible afin que je puisse revenir auprès de vous tous. Donc encore une fois merci de vos bons soins pour ma chérie et bien aimée. Ma chère Lili je te demande pardon si je me suis coupé dans ma lettre et que je me sois adressé un moment à la maman je crois bien qu’elle méritais mes remerciements et que c’était mon devoir de la remercier, donc ma chérie voilà la naissance de notre petite fille qui est arrivée oh ma chérie je te dirai que

j’avais dans l’idée qu’il y avait du changement surtout après avoir reçu la veille une de tes lettres et où le lendemain matin la maman y avait mis quelque ligne et qu’elle n’espérais pas que tu aille bien loin aussi me tardait il de recevoir d’autres nouvelles ; j’espère que vous n’attendrez pas trop pour la faire baptiser que veux tu puisque Dieu n’a pas voulu que je me trouve auprès de toi pour la naissance de notre petite fille faites comme si j’y étais et espérons qu’un beau jour viendra ou cette maudite guerre se finira et que nous pourrons nous retrouver réunis comme nous l’étions par le passé et en attendant ayons toujours confiance au bon Dieu et prions le toujours bien afin qu’il ait pitié de nous et qu’il nous préserve de malheur.

Je termine ma chérie espérant recevoir d’autres détails aujourd’hui reçois ma chérie et bien aimée ainsi que nos deux petites filles les plus doux baisers de celui qui vous aime toujours bien et penses souvent à vous

André Doche

Mille baisers au papa et à la maman ainsi qu’aux grands parents tante Blanche et tonton Léon et sa famille encore mille millions de baisers de ton chéri Dédé qui ne t’oubliera jamais et t’aime bien. André Doche"

 

(Maffrecourt) Dimanche 28-3-15 : 11h

"Ma bien aimée Je continue ma lettre que je t’avais commencé hier au soir et que je n’avais pas pu terminé je pensais ma chérie la finir ce matin pour qu’elle puisse partir aujourd’hui mais figure toi que ce matin je me suis réveillé juste au son de la cloche qui annoncé la première messe et comme je voulais aller me confesser pour faire mes Pâques je n’ai pas mis le temps d’écrire, donc je suis allé à la première messe ou j’ai fait mes Pâques car j’aime mieux avoir fait comme ça que d’avoir attendu à Dimanche prochain car on ne sais pas ce qui peux arriver et ça ne m’empêchera pas si je le puis d’y revenir Dimanche la première messe était à 7h et demie mais tu peux penser qu’elle n’a pas commencé à l’heure car je n’étais pas le seul pour faire la communion ce qui l’a beaucoup allongé et la grand messe qui a eu lieu un moment après et j’ai voulu y assister aussi je n’ai pas eu le temps de t’écrire mais j’espère que tu voudras me pardonner si je ne t’en ai pas envoyer d’ aujourd’hui. Tu vois que je n’ai pas perdu mon temps je t’assure que je t’écris toute les fois que je le puis car je sais trop par moi-même que l’on est trop content d’avoir des nouvelles.

Ma chérie je te mets un petit morceau de rameau dans la lettre il a été béni à la messe je pensais tout en étant à la messe. Ce n’est plus les rameaux de l’année dernière ou nous étions allé ensemble à Margueron et je t’assure que j’avais le cœur gros en pensant à ces beaux jours qui sont malheureusement trop loin ; Enfin espérons toujours en la protection du bon Dieu et à sa bonté et demandons lui toujours de vouloir bien avoir pitié de nous et nous protéger dans l’avenir comme il l’a fait jusqu’à présent.

Tu as eu une bonne idée en pensant à numéroter tes lettres c’est le mieux pour voir si elles arrivent toutes et bien moi je vais faire la même chose. Ma chérie tu me dis sur ta lettre que le papa et la maman sont allés à Sainte Foy pour le 20 mars et qu’ils ont acheté un petit cochon à ce que je vois ils ne sont pas bon marchés et c’est presque tout pareil tu me dis aussi que vous avez acheté une vache mais tu ne me dis pas si vous avez vendu l’autre ; je te remercie de toutes ces petites explications que tu me donne je t’assure que tu me fait bien plaisir car je suis heureux de savoir ce qui ce passe quoique je ne sois pas là, je vois avec plaisir que vous n’êtes pas trop en retards pour les travaux mais comme tu dis la maman a bien raison de dire que c’est bien malheureux vous autres tant travailler et nous être a s’ennuyer et pas grandchose à faire je t’assure que j’aimerai bien mieux travailler comme nous le faisions tous ensemble que d’être là tout seul à rien faire la vie serait bien plus heureuse pour nous, enfin espérons toujours en la bonté de Dieu et espérons que ces beaux jours reviendrons pour nous. Chère aimée tu me dis que le tonton trouve du changement à sa nouvelle vie et encore il n’a rien vu puisqu’il peux aller manger à l’hôtel mais ce n’est pas comme nous car depuis 8 mois nous n’avons point d’hôtel et il faut se résigner à manger ce qu’il y a encore bien content quoique des fois ce ne soit pas toujours très propre heureusement que la saleté ne tue pas et quand on a faim on ne regarde pas de si prés, si il avait été obligé comme nous pendant notre retraite de Belgique de rester plusieurs jours sans avoir de pain il aurait bien trouvé le morceau de bidoche qu’il voit nager dans la gamelle qu’il était bon, mais que veux tu il est nouveau dans le métier et il finira bien par s’y faire ; je ne lui souhaite qu’une chose c’est qu’il n’ai pas besoin de venir dans les tranchées. Hier j’ai donné le bonjour de ta part à Maurice Pérou allors il m’a dit tu lui donneras aussi un bonjour pour moi. Tu me demande si nous avons la soupe grasse figure toi la soupe grasse que c’est un morceau de viande dans une marmite sans aucun légume car des légumes il y a longtemps qu’on en a pas vu. Ca change avec les soupes grasses que tu faisais jadis, quand est ce que nous pourrons la manger ensemble. Ici le temps est revenu au beau depuis plusieurs jours mais il fait un vent de l’est très froid et ce matin je me disais quel beau temps si j’étais chez nous j’irai à la messe avec ma petite Lili et peut être aussi avec nos petits enfants quoique le vent soit bien froid mais tout au moins avec notre petite Denise, mais malheureusement la distance est trop grande pour nous.

Dans l’attente de ce beau jour si Dieu le permet reçois ma chérie et bien aimée ainsi que notre petite Denise et notre petite Marcelle les plus doux baisers de votre chéri qui ne cesse de penser à vous et vous aime toujours bien. André Doche

(...) Encore mille millions de baisers de ton petit Dédé qui t’aime toujours bien et ne t’oublie pas et à qui il tarde bien de revenir auprès de toi.
André Doche

Je vais aller aux Vêpres prier le bon dieu pour qu’il ait pitié de nous- encore un baiser"

15/05/1915 : attaque allemande vers Ville Sur Tourbe et contre-attaque française.

01/05 au 12/08/1915 : retrait du front et transport vers Saint Ménéhould puis Villers-Cotterêts ; repos vers Pierrefonds.

Nommé Caporal le 04/06/1915
14-16/06/1915 : transport vers Hangest-sur-somme puis Warluzel ; repos et instruction.
05-22/07/1915 : mouvement vers Orville ; repos. Transport dans la région d’Ay ; repos et instruction. Transport vers Courtisols, puis Valmy ; repos.
12/08 au 25/09/1915 : mouvement vers le front puis occupation d’un secteur entre l’Aisne et Ville–sur-Tourbe, déplacé à gauche, le 31 août vers Ville-sur-Tourbe et Massiges.

Engagé dans la 2ème bataille de Champagne violentes attaques françaises vers Ville-sur–Tourbe et Massiges.


Maffrécourt le 17 septembre 1915 : 7h du soir

"Ma chère petite amie Encore aujourd’hui je n’ai point eu de tes nouvelles, aussi je t’assure qu’il me tarde beaucoup d’être à demain pour voir si j’en ai une, car je t’assure que je trouve le temps long lorsque je n’ai pas de tes nouvelles car je suis si heureux de pouvoir lire tes aimables paroles oh ma chérie quand donc le beau jour de la libération sonnera t’il pour nous afin que nous ayons le bonheur de pouvoir nous causer sans que nous ayons besoin d’attendre que le facteur apporte une lettre, oh ma chérie si tu savais comme j’attends ce jour avec impatience, et quand est ce qu’il arrivera ? Ma chérie prie toujours bien le bon Dieu pour qu’il me préserve pendant le reste de cette campagne comme il l’a fait jusqu’ a présent.

Ma chérie c’est ce soir que nous aurions du partir aux tranchée, car voila 6 jours que nous sommes au repos et nous ne partons que demain soir, cela me fait prévoir que quelque chose va se passer pendant notre séjour aux tranchées, et d’après tout les préparatifs qui sont fait je prévois quelque chose de terrible et peut être ma chérie lorsque tu recevras cette lettre seront nous en prise. aussi ma chérie dans cette semaine ne m’oubli pas je t’en supplie. Je te promets ma chérie de t’écrire tous les jours si cela m’est possible jusqu'à l’attaque et ensuite je ne sais comment cela va marcher-on espère aller de l’avant il faut espérer que ça réussisse et que tout cela finisse.

Je te quitte ma chérie dans l’espoir que ma lettre te trouveras toujours en bonne santé ainsi que toute la famille. Reçois ma chérie et bien aimée ainsi que nos petites filles les plus doux baisers de votre chérie qui ne vous oublie pas et vous aime toujours bien, et qui vous demande de bien prier pour lui. A Doche

Mille baisers au papa et a la maman sans oublier les grands parents ainsi que les tantes qui sont avec vous. Adieu non amour mon chérie adorée. Encore mille millions de baisers de ton petit dédé pour la vie. A Doche"

Très émouvante dernière lettre (en partie illisible) écrite 2 jours avant sa mort sur une lettre qu’il avait reçue peu avant de sa femme Faugérie :

Les Eyriauds le 18 septembre :

"Mon cher André

de St Foy je t’envoie 20 frs. Je n’ai pas pu t’écrire avant de partir, nous sommes en bonne santé et je désire que tu sois de même hier j’ai reçu une lettre
de toi. Je te quitte adieu chéri amour milles baisers ta Lili chérie pour la vie.
Doche Faugérie"


Poste des tranchées le 23-9-15 : 10h matin

"Ma chère petite femme adorée

Hier je n’ai point eu de lettre de toi et moi ma chérie je n’ai pu t’écrire mais ce matin j’ai reçu ta lettre avec le mandat je vous remercie. Ma chérie j’espère que tu me pardonneras de ne t’avoir pas écrit hier figure toi que j’ai eu beaucoup de travail pour la pose de lignes qui doivent servir à l’attaque et ce matin je n’ai pas vu partir la personne qui est descendu à Ville Sur Tourbe autrement je pensais te faire au moins une carte mais je dormais encore quand il est parti et voilà pourquoi je ne l’ai point vu. Ma chérie voilà l’attaque qui arrive le bombardement est commencé depuis hier matin je t’assure que tu ne peux pas te figurer ce qui s’emploie comme obus, je te dirai même que la tête en fait mal et dire que ce n’est pas encore fini, le bombardement va durer encore 1 où 2 jours avant de commencer attaquer aussi ma chérie je me demande qu’est ce que ça va être, oh ma chérie lorsque tu recevras cette lettre nous serons en pleine bataille aussi ma chérie plus que jamais pense à moi et prie le bon Dieu pour moi pour qu’il me protège c’est la seule confiance que nous pouvons avoir… (Partie illisible) Mon amour prie bien pour moi et la volonté du bon Dieu embrasse bien mes petites filles pour moi adieu amour chérie ma bien aimée mon amour mille millions de baisers de celui qui ne t’oublie pas. A Doche

Mille baisers au papa et à la maman sans oublier les grands-parents. Adieu"

Le 25/09/1915, sortant de la tranchée de l'Ouvrage Pruneau, le 2e bataillon atteint le haut de la butte sous le feu des allemands. Le 1er bataillon est en grande partie fauché par les tirs de mitrailleuses.

André DOCHE disparaît au combat...Il laisse une veuve et deux orphelines.

Comme nombre de ses frères d'arme, il a pris soin de rédiger SES DERNIERES VOLONTES :

"Celui qui retrouvera ce papier voudra bien le remettre à l’adresse qui est portée la dessus. Ce sont les dernières volonté d’un mari 1er je demande s’il est possible que je sois enterré de manière que l’on puisse reconnaitre l’emplacement. 2ieme Celui qui trouvera le papier sur moi, voudra bien donner toutes les indications possibles à ma femme sur mon sort et l’endroit ou je serai ensevelit.

Maintenant ma dernière pensée sera pour Dieu en qui j’ai mis toujours toute ma confiance et qu’il veuille bien me recevoir dans son sein, pour ma femme et mes chers petits enfants que j’aime bien et mon seul désir c’est que je sois pas oublié d’eux auprès de Dieu.

Voir au verso pour les adresses

Voici mon adresse : André Doche Caporal téléphoniste 3iéme Régt Colonial – secteur 14

Voici l’adresse de ma femme : Madame Doche André aux Eyriaud Cne de Margueron Par Ste Foy la Grande Gironde"

 

Porté disparu, une fiche de recherche CICR (Croix Rouge) est ouverte : a-t'il été fait prisonnier ?

Sa veuve écrit à un compagnon de guerre pour savoir comment son mari est tombé. Nul ne sait ce qu'elle a appris...

Le 3e RIC est cruellement frappé le 23/02/1916 par le naufrage du "Provence II" qui transporte ses troupes à Salonique. Torpillé, il "sombre en 17 minutes, faisant 912 victimes, dont le commandant qui avait demandé qu'on débarque 1 100 personnes en raison du manque de brassières de sauvetage."(Wikipédia) 

A cette occasion, Faugérie prend des nouvelles d'un frère d'arme qui lui répond :

"Je vous remercie beaucoup de la peine que vous venez de vous donner, en demandant chez moi si parfois je ne fut pas parmi les victimes de la Provence mais heureusement pour moi je fus pas parmi ses pauvres camarades, cela est triste après avoir combattu sur le champ de bataille français et venir finir ses jours au fond de la mer. Cela est très dur aussi nous avons 900 hommes de sombrés".

André DOCHE ne sera déclaré décédé qu'en 1920, une fois les prisonniers rentrés.

Citation : " Brave caporal. A trouvé une mort glorieuse, le 25 septembre 1915, en montant vaillamment en tête de son escouade, à l'assaut des positions ennemies à Ville-sur-Tourbe.

Croix de guerre avec étoile d'argent."

 

Son corps ne sera retrouvé que bien plus tard (probablement au moment de la remise en culture des champs), et inhumé à la Nécropole du Pont du Marson, tombe n° 7248.

Faugérie Doche ne se remariera jamais et élèvera seule ses deux filles. Elle est décédée le 21/12/1989 à l’âge de 97 ans.

"Il y a une quinzaine d’années, Sylvain, l’ainé des garçons de sa plus jeune fille (Marcelle) et sa femme Yvette, sont allés se recueillir sur la tombe de leur grand-père à la nécropole nationale de Minaucourt-Le Mesnil-Les Hurlus

En 2016, Jean Louis, son plus jeune fils, et moi-même (Nicole) sommes allés, à notre tour, nous recueillir sur sa tombe.

En 2017 nous avons décidé de faire un pélerinage de 3 jours en famille Sylvain, Yvette, Dany, Jean-Louis et moi-même voir les principaux lieux ou il est passé (dont Rossignol en Belgique).

Merci aux membres de l’association de la main de Massiges qui œuvrent pour que la mémoire de nos soldats perdure et particulièrement à M Jean-Pierre Mainsant qui nous a fait visiter les tranchées et nous a emmené sur le lieu où est mort notre aïeul. Nicole Chassagne, sa petite-fille par alliance."

Monument Aux Morts de Margueron où le nom d'André Doche est inscrit

"Nous avons eu l'intense émotion en ce début d'année de recevoir des nouvelles lettres de notre grand père retrouvées dans les archives de sa fille aînée par ses enfants . Dont une, en réponse à la lettre où il a appris la naissance de notre maman et une autre où il écrit ses dernières volontés."

(Avec l'aimable autorisation de Mme Nicole Chassagne, sa petite-fille)

 

 

DISPARU MORT POUR LA FRANCE à MASSIGES le 04/02/1915

Antoine Emile CHIFFRE, 32 ans

Citou, AUDE

4e RIC

Né le 15/04/1882, fils de Auguste et de Emilie Azalbert, classe 1902, matricule 141 au recrutement de Narbonne.

Profession : cultivateur

1,64 m ; cheveux et yeux châtains

Ajourné pour faiblesse en 1903 et 1904, bon pour le service au 100e RI en 1905.

Rappelé à l'activité au 4e RIC le 13/08/1914

Après Beauséjour en Décembre 1914, le régiment est engagé en Février 1915 dans les violents combats de la Main de Massiges.

3 Février 1915 : "Alerte à midi - Le régiment rejoint Massiges où il est réuni à 18h30. La situation est la suivante : 1er (Bataillon à) 191...2e (Bataillon à l') Annulaire.

Le 21e a été délogé de l' annulaire qui est entièrement entre les mains des allemands. On se propose de reprendre les tranchées perdues.

Le 3e Bat (Barbazan) est chargé de l'attaque de l'annulaire. A la faveur de la nuit, le Capitaine Barbazan son bat au pied de la croupe, le dispose en colonnes et escouades par 2, et le fait progresser jusqu'aux abords de la 1ère tranchée, dans laquelle il se jette au signal convenu. La surprise est si complète que le mouvement se continue jusqu'à la 2e tranchée qui est également prise. Une mitrailleuse allemande est enlevée ; tous les allemands (plusieurs centaines) sont tués ou faits prisonniers. Quelques minutes ont suffi pour obtenir ce brillant résultat, malheureusement nous le payons de la vie de beaucoup des nôtres dont le Capitaine Barbazan mort glorieusement à la tête de son Bataillon.

4 Février 1915 : au point du jour, le bataillon est contre-attaqué par de nombreuses petites colonnes allemandes qui sont repoussées". (JMO du 4e RIC)

 

Blessé au combat, Emile CHIFFRE a été amené dans l'église de Massiges qui a été bombardée.

(Eglise Massiges, 1918)

Il est porté disparu à la Main de Massiges dans la nuit du 3 au 4 février 1915.

En 1920, une fois les prisonniers de guerre rentrés, son décès est fixé au 04/02/1915.

Emile Chiffre repose très probablement dans l'un des ossuaires de la Nécropole Militaire du Pont de Marson-Minaucourt.

A quelques mois d'intervalle le 26/09/1915, son frère François - soldat du 80e RI- tombe lui aussi au champ d' honneur à Massiges. Une page lui est dédiée dans la MEMOIRE DE LA MAIN puis Rég Infanterie 1-150.

En cette seule année 1915, la guerre aura coûté 2 fils à la famille Chiffre. Seul un fils rentrera...

(Avec l'aimable autorisation d'Emmanuelle Fabre, son arrière-arrière-petite-fille)


 

MORT POUR LA FRANCE à Massiges le 26/09/1915

Joseph GERONIMI, 46 ans

Carpineto, CORSE

Lieutenant au 24e RIC, 1ère Cie

Né le 28/11/1868 ; Classe 1888, matricule 947 au recrutement d'Ajaccio.

"Marié à Elisabeth Luciani (1881-1967) dont il eut 2 enfants : Charles (1907-1993), mon père, et Lucien (1911-1977)" (Francis Geronimi, son petit-fils)

Campagne de Tunisie du 13/11/1889 au 01/09/1892 : Incorporé au 4e Régiment de Zouaves le 13/11/1889 ; nommé Caporal le 21/09/1890. Passé au 8e régiment d'Infanterie de Marine (RIM)le 31/08/1892.

-Rengagé pour 3 ans comme soldat de 1ère Classe.Nommé Caporal le 18/11/1892 puis Sergent le 06/01/1894

Campagne au Tonkin (en guerre) du 15/02/1894 au 28/11/1897 : Passé au 3e Régiment de Tirailleurs Tonkinois le 15/02/1894. Rengagé pour 2 ans en 1895 puis pour 5 ans en 1897. Passé au 8e RIM le 20/10/1897.

Campagne en Annam (en guerre) du 02/01/1899 au 31/10/1899 : passé au 10e RIM le 02/01/1899

Campagne au Tonkin (en guerre) du 01/11/1899 au 23/03/1903 : passé au 2e Régiment de Tirailleurs Tonkinois le 01/11/1899. Nommé Sergent Fourrier le 01/12/1900 puis Sergent Major le 28/01/1902. Passé au Bataillon des Tirailleurs Chinois le 01/01/1903 puis au 7e RIC le 13/02/1903.

-Nommé Adjudant le 01/04/1903

Campagne en Afrique Occidentale Française du 19/08/1904 au 06/05/1906 : passé au 2e Régiment des Tirailleurs Sénégalais le 19/08/1904 puis au 8e RIC le 02/04/1906.

Campagne de Mauritanie du 24/04/1908 au 07/05/1910 : passé au Bataillon de Mauritanie le 24/04/1908 puis au 8e RIC le 29/04/1910.

Campagne au Tonkin (en guerre) du 30/04/1911 au 04/05/1914 : passé au 1er Tonkinois le 30/04/1911 puis au 8e RIC le 28/03/1914. Nommé Adjudant le 28/03/1914.

En Août 1914, il reste affecté au 8° RIC. Blessé à Beaumont (Ardennes), il est soigné à l’Hopital de Toulouse. Il rejoindra en Octobre 1914 le 24°RIC 1ère Cie.

Présentation du drapeau du 24° RIC en Novembre 1914 (Joseph Geronimi est à la droite du porte-drapeau et à l'arrière-plan)

Carte adressée à sa femme le 08/12/1914 :

Promu Sous-Lieutenant le 02/03/1915 puis Lieutenant le 27/05/1915

Photos d'Officiers du 24e RIC, 1ère Cie

(de gauche à droite : Sous Lieutenant ARDOIN, Capitaine ROCHERAY, Sous-Lieutenant ABLAND, Capitaine GALLIARD, Lieutenant GERONIMI, Médecin MICCKANIUVSKI)

Le 24e RIC est engagé dans la terrible offensive de Septembre 1915 à la Main de Massiges.

"Le 26/09/1915, le 1er Bataillon reçoit l'ordre de relever sur l'Index les bataillons éprouvés du 22e RIC etles 2 bataillons du 143e RI (...) La lutte continue à coups de grenades, de fusil, sous le feu des mitrailleuses qui nous font perdre beaucoup de monde. Dans cette lutte, où les corps à corps sont fréquents les Cies enchevêtrées luttent sans interruption avec archarnement."(JMO du 24e RIC)

Joseph Geronimi est tué à l'ennemi le 26/09/1915

(Liste des tués, JMO)

Citation :

Il repose dans le cimetière militaire du Pont du Marson à Minaucourt, tombe 789.

Ses décorations  :
Médaille militaire (10/11/1907)
Chevalier de la Légion d’Honneur (01/04/1909) à la suite d’un fait d’arme en Mauritanie
Médaille coloniale (AOF, Mauritanie, Adrar)

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur Francis Geronimi, son petit-fils)

 

 

MORT POUR LA FRANCE à la Main de Massiges (Mont-Têtu) le 27/09/1915

Firmin SIMONNET, 22 ans

Toulouse, HAUTE-GARONNE

Sergent au 143e RI, 10e Cie

Né le 08/04/1893, fils de Jean-Pierre et de Rose Léocadie Jouret ; classe 1913, matricule 1824 au recrutement de Toulouse.

Profession : peintre

1,66 m ; cheveux châtains, yeux marron foncé

Incorporé au 143e RI le 10/08/1914

Nommé Caporal le 11/11/1914 puis Sergent le 18/02/1915

Parti aux Armées le 18/02/1915

Son régiment est engagé à la Main de Massiges dans la Grande Offensive de Septembre 1915 :

"Le 26 septembre, le régiment attaque les pentes du Mont Têtu.

La traversée du ravin du ruisseau de l'étang s'effectue sous le feu de l'artillerie et des mitrailleuses ennemies. Malgré les pertes sensibles, les poilus n'hésitent pas. Les compagnies progressent avec rapidité, chargent à la baïonnette les tranchées ennemies. Le boche est débordé, les prisonniers ennemis nombreux. La ligne de défense du Mont Têtu est brisée. L'ennemi profite de la nuit pour se réorganiser". (Historique du 143e RI)

"Circonstances de la mort au combat de Firmin Simonnet :

Médaille militaire "Sous-officier courageux, très méritant. A été tué le 27 septembre 1915 en se portant à l'attaque au Mont-Têtu à la tête de ses hommes. Très belle tenue au feu en toutes circonstances. A été cité."  
Croix de guerre avec étoile de bronze, citation à l'ordre n° 11 de la 64e Brigade du 07/11/1915 "Sous-officier très courageux, très méritant. A été tué le 26 septembre 1915 en se portant à l'attaque au Mont-Têtu à la tête de ses hommes. Très belle tenue au feu en toutes circonstances." 
 
Le Sergent Firmin Simonnet, du 143 ème RI , 10 ème Cie, est mort le 27 septembre 1915 ( et non le 26 comme le stipule sa citation à l'ordre du régiment ) ,  après 17 heures lors de l'assaut vers le " Bois marteau " en partant de la tranchée " de Moltke " , au dessus du " Bois de la Faux " ; il a d'abord été touché par une balle à l'épaule, a continué son chemin puis a été atteint au front par une autre balle, et s'est effondré dans un trou d'obus , situé entre les lignes.

Son corps n'a pu être ramené par ses camarades de combat.

Fait par J. Simonnet ,son petit – neveu.

Septembre 2017 "

(Avec l'aimable autorisation de Jacques Simonnet, son petit-neveu)

 

 

DISPARU MPLF à MASSIGES le 17/09/1914

Jacques François SEGUIER, 32 ans

Saint-Affrique, TARN

Soldat de 1ère classe, 8e RIC, 27e Cie

Né le 11/09/1882, fils d' Antoine et d' Emilie Batigne ; classe 1902, matricule 751 au recrutement de Carcassonne.

Profession : cultivateur à Verdalle (Tarn)

1,79 m ; cheveux châtains, yeux bleus

Marié le 08/01/1907 avec Françoise Louise Séguier : 3 enfants naissent de cette union en 1907, 1909 et 1911.

Rappelé à l'activité au 8e RIC le 01/08/1914, arrivé au corps le 12/08/1914, parti en détachement le 13/08/1914.

"Il me tarde de savoir de vos nouvelles de toute ma famille et surtout de mes petits enfants que je ne peus pas oublier et de ma famille non plus que je n'oublierai jamais (...)

Quand vous me ferai réponse vous me donnerez des nouvelles si vous en avez de mes frères et des baux-frères parce que je comprends que vous devez faire du mauvais sangs touts ensemble mais il faut espérer que le bon Dieu voudra que nous reviendrons un jour nous voir touts ensemble mais je ne peut pas dire le jour. Je ne puis pas vous raconter rien parce qu'il est défendu et on déchire les lettres (...) Je puis vous dire que l'on a renvoyé la classe 1900 qui on 2 ans de plus que nous à notre régiment (...)

Toi louise je te recomande de faire un gros baiser à mon petit Cyprien et Marie Jeane et la petite Reine c'est à elle que je pense le plus." (Extraits de lettre de François Séguier)

(A à gauche ses parents ; sur le poulain, son fils ; à droite son épouse Louise avec ses 2 filles)

Photo de famille envoyée à François ...l'a t-il reçue à temps ?

 

Le 17/09/1914, son régiment se bat dans le secteur de Massiges, à Virginy :

"Le village de Massiges où les unités sont en réserve à tour de rôle étant quotidiennement bombardé par l'artillerie ennemie, finit par être abandonné et les hommes couchent en permanence dans les tranchées qui sont approfondies et aménagées en conséquence : banquettes de tir, niches individuelles, créneaux. Pendant quelques jours les pertes occasionnées par le tir de l'artillerie allemande, continuent cependant à être fortes, en raison du manque de boyaux et de l'insuffisance des tranchées hâtivement construites avec les outils portatifs". (Historique du 8e RIC)

"Tout mouvement en avant est interdit aux 2 bataillons ; ils ont toujours devant eux un ennemi très vigilant, soutenu par une nombreuse artillerie, à laquelle nos 75 ne répondent que très faiblement".(JMO du 8e RIC)

François Séguier est porté disparu le 17/09/1914

L'insoutenable absence pour cette famille endeuillée du début de guerre, commence ... avec l'espoir tenace que la Croix-Rouge parvienne à le localiser dans un camp de prisonniers...

François Séguier ne sera déclaré décédé qu'en 1920, une fois tous les prisonniers rentrés d' Allemagne.

Comme de nombreux frères d'arme tombés en début de guerre (300 000 morts en 1914!), Louis Pagès repose très probablement dans l'un des ossuaires de la Nécropole Militaire du Pont de Marson.

Avec une seule plaque d'identité, beaucoup n'ont pu être identifiés...

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur Jean-Marie Séguier et Mme Monique Sablayrolles, ses petits-enfants en visite à Massiges le 31/07/2017)

 

 

Offensive de septembre 1915 à décembre 1915 (Beauséjour, Maison de Champagne)

Albert WAUTELET

Rethel, ARDENNES

Lieutenant au 418e RI, 3e Bataillon, 13e Cie de Mitrailleuses

Né le 31/08/1890, fils de Félicien et d'Irma Lechat ; classe 1907, matricule 1167 au recrutement de Mézières.

1,70m, cheveux châtains, yeux bleus

Profession : industriel briquetier à Mohon

Engagé volontaire pour 3 ans en 1908 à la mairie de Mézières au titre du 91e RI

Nommé Caporal le 28/04/1905

Evacué le 12/09/1914 suite à une blessure par balle à l'épaule

Sergent le 28/09/1905

Certificat de capacité pour la conduite d'un auto à pétrole.

Rappelé le 02/08/1914 au 148e RI au grade de Sous-Lieutenant.

 

Passé dans le 418e RI à sa création en avril 1915. Il est Officier de compagnie de mitrailleuses.

Son régiment est engagé dans la deuxième bataille d'Ypres

Citation :

Croix de guerre avec étoile de bronze.

Promu Lieutenant le 08/09/1915.

Son régiment est engagé dans la sanglante Offensive de Septembre 1915, secteur de Beauséjour entre la Butte du Mesnil et Maison de Champagne.

1200 hommes du 418e RI sont blessés, tués ou portés disparus.

L'occupation de Maison de Champagne se poursuit jusqu'au 18/12/1915

pour "plaie de la poitrine par éclats d'obus" ; il remonte au front le 04/01/1916.

Très gravement blessé le 21/02/1916 à Vaux devant le fort de Douaumont. Evacué et soigné pour "plaie de poitrine par éclats d'obus. Hémoptysie".

(Sa Croix de guerre avec, à gauche, l'éclat d'obus de 1915 ; à droite, le schrapnel qui l'a mutilé en 1916)

Pensionné à 40% puis 100% pour "tuberculose", il ne combattra plus.

Marié à Léone Marevery, ils ont eu deux fils : Pierre Léon Félicien Albert et Pol Léon Wautelet. 

Albert Wautelet décède à Mohon le 20/07/1934 des suites de ses blessures.

Mort Pour La France.

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur Patrick Wautelet, son petit-fils en visite à Massiges)

 

Ajouts de Juin 2017 :

Combats de PERTHES-LES-HURLUS et MASSIGES en 1915 et 1916

Clotaire MONCEAU, MPLF le 31/07/1917 à 29 ans

Givraines, LOIRET

Adjudant au 101e RI, 2e Cie des mitrailleuses

Né le 18/08/1887, fils de Jules Monceau (cultivateur) et de Louise Rousseau ; une soeur

Classe 1907, matricule 1463 au recrutement de Dreux

ENGAGE VOLONTAIRE pour 3 ans le 14/09/1906 au 131e RI

Profession : instituteur comme son épouse à Dreux (Eure et Loir)

Marié à Marthe Leroy le 30/08/1910 à Pithiviers ; 2 enfants, Jean né en 1912 et René

Rappelé au 101e RI le 02/08/1914

"Je me suis déjà fait quelques amis - un instituteur en Marne -région de Reims - un avocat - le frère d'un de mes élèves de Dreux - Hamelin - un de Garney"

"Tout soldat doit manier l'outil aussi bien que le fusil" (Joffre)

Evacué pour maladie le 06/11/1914, rentré au dépot le 01/03/1915, il rejoint son régiment.

25 février 1915 au 22 mars 1915 : secteur de Perthes les Hurlus

Le 18/03/1915, l'Artillerie ennemie tire sans cesse sur les tranchées et le village de Perthes. Fusillade assez vive pendant toute la journée.

"Perthes, c'est ce que j'ai vu de mieux, depuis Champien, comme dévastation." (Colonel Lebaud)

Le 19/03/1915, il y a une grande activité allemande. Leurs positions sont fortement organisées et occupées. Un canon de 77 est repéré dans le Bois Triangulaire. L' Artillerie française tire trop court et blesse ou tue des Hommes dans les tranchées françaises. L' Artillerie ennemie concentre son tir sur les tranchées qui sont proches de la route de Tahure. (JMO du 101e RI)

Clotaire Monceau et sa marraine de guerre

"7983 hommes de troupe (101e RI) ont figuré dans nos rangs, il en reste 2902, à l'heure actuelle ; ce qui donne un chiffre de 5081 disparus, tués, blessés, évacués pour maladie, prisonniers." (Colonel Lebaud, le 31/03/1915)

Le 12/05/1915 : le Colonel Lebaud mentionne : "qu'il devient courant de faire passer, dans l'infanterie, par mesure disciplinaire, tous les mauvais soldats des autres Armes. Est-ce un Honneur ou une disgrâce de servir dans l'Armée la plus exposée?"

Le 15/05/1915 : Trêve pour laisser enterrer les Morts français car une trentaine de cadavres pourrissaient depuis le 21/10/1914 ; échange de journaux, également.

Le 21/05/1915, l'ennemi a commencé à faire usage de balles perforantes dont la partie centrale est en acier et la partie externe en maillechort.

Le 02/06/1915, un Allemand a lancé un paquet contenant la gazette des Ardennes n°14

Clotaire Monceau passe Caporal le 24/06/1915

Détaché au centre d'élèves aspirants de Saint Maixent le 25/08/1915, il rejoint son régiment le 01/01/1916.

3 décembre 1915 au 7 avril 1916 : Secteur de Massiges, Main de Massiges (Cratère, Médius, Verrue, Mont Têtu)

Passé Sergent le 20/12/1915

En photos, une mitrailleuse Hotchkiss et une mitrailleuse St Etienne (" Attention les boches débouchent du boqueteau et dévalent les pentes du Mont A...En souvenir d'une attaque mémorable et glorieuse")

"Souvenir de la Campagne 1914-1915-1916, le lendemain du bombardement du 10 janvier. Pour ma petite femme et pour mes deux chers petits". Clotaire Monceau en 1917, décoré de sa croix de guerre.

Du 05/02 au 02/04/1916, l'Artillerie allemande et française sont très actives. Tirs de réglage (Mont Têtu, Oreille, Massiges) ; vifs combats à la grenade le 14 mars. Lors d'accalmie, des travaux divers du secteur sont effectués, construction de quelques éléments de tranchées pour améliorer la liaison entre la Verrue et l'Index.

8 avril 1916 au 26 avril 1916 : Secteur de Ville-sur-Tourbe

L'ennemi tire sur la route de Berzieux entre Ville-sur-Tourbe et le Mont Rémoy, sur le Calvaire et le Balcon.

"Aux Armées 13/04/1916. L''Etat Major se rendant compte de l'alimentation de la troupe" (cantonnement à Berzieux)

Du 15/05/1916 eu 15/06/1916, le 101e RI participe à la Bataille de Verdun

Citation du 26/06/1916 : "Très bon chef de section : s'est acquitté de ses fonctions avec beaucoup de courage et d'énergie ; a conduit ses hommes en renfort sous un violent bombardement et a contribué ainsi à repousser de violentes attaques ennemies." (à Verdun)

Médaille de Verdun

Retour en Champagne dès le 15/06/1916

28 juin 1916 au 24 septembre 1916 : Secteur de Massiges, Main de Massiges

Le 04/07/1916, le Régiment vient occuper le sous-secteur de Massiges (Arbre aux Vaches et Pruneau).

"Aux Armées 9 juillet 1916" et "Souvenir du 14 juillet 1916. Section Girard. 2e Cie des Mitrailleuses" (Clotaire cantonne à Maffrécourt)

Du 5 au 23 juillet 1916, journées calmes, échanges de grenades, tirs de concentration française, quelques obus de 150 et de minenwerfers venant de l'Entonnoir de l'Ouest. Le 21 juillet, l'aviation allemande est active dans les secteurs.

Du 16/08/1916 au 25/09/1916, le 101e RI s'installe aux emplacements prévus (Noyer, Tombes, Valet, demi-lune, Fer de Lance, Verrue) et répare les tranchées et boyaux.

Journées calmes, entretien du secteur, grenades, tirs de 58 et ripostes par Minenwerfers, bombes à ailettes, tirs intenses sur les batteries de la vallée de la Tourbe ; coups de canons, tirs de Minenwerfers, riposte de 58 et de 75.

Citation du 22/06/1917 : " Excellent Sous-Officier mitrailleur ; a été cité pour sa belle conduite à Verdun le 27 mai 1917 dans des circonstances difficiles, a montré beaucoup de courage et de sang-froid facilitant ainsi la tâche du Chef de Section. N'a échappé que grâce à son courage et à sa volonté."

Croix de Guerre avec deux étoiles de bronze

Promu Adjudant le 08/07/1917

Le 31/07/1917, secteur du Mont Cornillet à Villers Marmery : "pendant la nuit du 30 au 31 juillet vers 23h, un fort coup de main est tenté par les Allemands , repoussé victorieusement par les 5e et 7e Cies. Nous avons 10 tués, 29 blessés et 2 disparus". Parmi les 10 victimes, figure Clotaire Monceau tué aux avants-postes de sa section avec plusieurs de ses hommes.

Citation du 17/08/1917 : "Excellent Sous-Officier Mitrailleur, déjà cité deux fois pour sa conduite à Verdun en 1916 et dans les affaires des 27 et 28 mai 1917. Lors du coup de main ennemi du 31 juillet 1917, l'ennemi ayant déclenché subitement un bombardement très violent de minenwerfers et d'artillerie, s'est porté le premier aux positions de tir de sa section, avant même que le barrage ait été demandé par les premières lignes ; a été tué auprès de ses pièces avec plusieurs hommes de sa section, au bout de quelques minutes de tir."

Tombe provisoire de Clotaire Monceau à Wez (Champagne) et le grain de la moisson

Fin 1920, l'Etat autorise enfin les familles qui le souhaitent à rapatrier le corps de leur soldat. 30% d'entre elles choisissent de le faire. Clotaire Monceau est ré-inhumé dans le cimetière de son village natal, à Givraines.

"Fantassin, tu as défendu chaque pouce de terre, au sacrifice de ta vie pour "tes deux chers petits" et pour l'Alsace et la Lorraine. Nous n'avons jamais oublié. En effet, ton souvenir a toujours été présent , lorsque ton épouse, Marthe, terminait chaque repas par "encore un que les Prussiens n'auront pas". C'était sa façon , à elle de te faire vivre à notre table, parmi nous, au quotidien, elle qui fut bercée dans son enfance, par les souvenirs de la Guerre de 1870, racontée par ses parents, elle qui connut la Grande Guerre et ton départ, elle qui vit partir, lors de la 2e Guerre Mondiale, ses deux fils Jean et René, Pupilles de la Nation. Et puis, heureusement, est venue la Réconciliation avec l'Allemagne, pour la Paix de l'Europe. Les habitants de Givraines, où tu es né, ne t'oublient pas. Ils honorent ta Mémoire et celle des 17 autres enfants du pays, chaque 11 Novembre". (Mme Claudine Monceau, petite-fille de Clotaire, et fille de Jean)

(Avec son aimable autorisation. Mme Monceau a réalisé un exceptionnel travail de mémoire. Elle s'est rendue à Massiges avec son époux en 2017)

"Les Peuples cessent de vivre quand ils cessent de se souvenir" (Maréchal Foch)

 

 

Combats de MASSIGES de Juillet à Décembre 1915

Jean Henri BULIT

Nérac, LOT ET GARONNE

Lieutenant au 134e RIT

Né le 11/11/1878, fils de Jean Louis Bulit et Joséphine Marie Besse de Laromiguière ; classe 1898, matricule 1141 au recrutement de Foix.

Profession : Juge de paix

1,70 m ; cheveux et yeux châtains

ENGAGE VOLONTAIRE au 59e RI pour 3 ans le 15/03/1897 à Pamiers (Ariège).

Nommé Caporal le 04/01/1898 puis Sergent le 16/04/1899

Rengagé pour 2 ans le 02/01/1900

Passé dans l'armée territoriale au 134e RIT le 01/10/1910

 

Rappelé à l'activité au 134e RIT le 04/08/1914, nommé Sergent Major le 10/08/1914

Promu Sous-Lieutenant Chef de Section le 18/11/1914, il quitte le dépot pour le front.

Le 03/02/1915, Henri Bulit occupe les fonctions d'Officier d'approvisionnement.

"Officier d'approvisionnement intelligent, actif, a toujours assuré son service d'une façon parfaite, même dans les circonstances les plus difficiles."

Présent en Champagne dans le secteur de Massiges de Juillet à Décembre 1915, son régiment est chargé du ravitaillement en vivres et munitions des 1ères lignes ; du transport de munitions, de blessés et de prisonniers ; de travaux de nuit de réfection et de nettoyage des tranchées et boyaux de 1ères lignes.

Engagé dans la terrible Offensive de Septembre 1915, il effectue des "travaux spéciaux" aux Ouvrages Pruneau, du Calvaire, de la Place d'Armes, Tranchée de Lissa, Côte 191, Virginy, puis aux Ouvrages Raudot et Posth jusqu'en Décembre.

 

Le 25/09/1915 : chargés de leur ravitaillement, le 1er Bataillon occupe le secteur de la 3e Brigade Coloniale (3e et 7e RIC) à l'Ouvrage Pruneau, et le 2e Bataillon le secteur de la 5e Brigade (21e et 23e RIC) à Massiges.

Mêmes emplacements, mêmes missions jusqu'au 16/10/1915

Durant ce séjour en Champagne, le 134e RI a perdu 150 hommes.

Ordre particulier du 11/10/1915 : Le Général Commandant la 3e Division adresse ses félicitations au 134e Territorial qui pendant toute la durée des attaques n' a cessé de donner aux troupes engagées un concours dévoué que les Commandants de secteurs ont été unanimes à reconnaître.

Grâce à la bonne volonté des cadres et des hommes du 134e Tl, leur mépris du danger, et les vivres qui leur étaient nécessaires, les troupes d'attaque ont pu continuer à progresser.

Le 134e Territorial a contribué ainsi au succès de la Division et a mérité les remerciements que le Général de Division est heureux de lui adresser.

Le Général Goullet (JMO du 134e RIT)

Le 25/10/1915 : La 8e Cie a été placée à l'Ouvrage Guerrier pendant l'attaque des tranchées faite par le 21e RIC avec mission de tenir coûte que coûte en cas d'insuccès.

Travaux spéciaux au Sud de la Côte 191 et dans le Ravin de l'Annulaire.

Transport de matériel en 1ère ligne de 18h à 2h30.

26 et 27/10/1915 : nombreuses corvées de grenades en 1ère ligne. Occupation des ouvrages Posth et Raudot. Côte 191

28/10/1915 : en plus des corvées de ravitaillement, exécution de travaux d'approfondissement du K à la tranchée de 1ère ligne. Travaux spéciaux exécutés avec le Génie à la Côte 191. Travaux de nettoyage des boyaux conduisant à la 1ère ligne.

De 19h00 à 02h30, corvée pour la transport de matériel, vivres et munitions en 1ère ligne.

Les jours qui suivent, mêmes emplacements, mêmes missions

Le 03/11/1915 :

Le 04/11/1915 : le travail pour la 6e Cie devient de plus en plus dangereux en raison des violents bombardements qui ont lieu.

Le 06/11/1915 : une Cie à disposition du 21e RIC ; les 12 et 13/11/1915, des hommes du 134e RIT passent au 3e, 7e, 21e et 23e RIC comme conducteurs.

Le 14/11/1915 : occupation de l'Ouvrage de la Place d'Armes de Massiges, secteur Ouest ; Ouvrage A, secteur Est.

Mêmes emplacements, mêmes missions jusqu'en Décembre 1915

Henri Bulit est évacué pour maladie le 25/05/1916 ; rentré au corps le 28/08/1916

Avec son régiment, il participe aux campagnes de la Somme en 1916 (travaux pour la préparation de l'Offensive de Juillet puis ravitaillement des troupes durant l'attaque = 160 hommes hors de combat) ; à la poursuite des Allemands vers St Quentin en 1917 puis dans l'Aisne la même année.

Citation du 18/05/1917 :

"Excellent Officier au front depuis les débuts, a assuré le ravitaillement sous de violents bombardements en Champagne et sur la Somme et s'est particulièrement dévoué au cours des affaires récentes."

Croix de Guerre, une étoile

Promu Sous-Lieutenant de Territoriale le 30/07/1916 puis Lieutenant le 14/10/1917

(JMO du 134e RIT)

Passé au 2ème Bataillon du 121e RIT le 01/11/1917 en tant que Major de cantonnement à Morienval suite à la dissolution du 134e RIT.

Médaille commémorative française de la Grande Guerre, Médaille Interalliée de la Victoire

Démobilisé le 30/03/1919

Marié le 10/05/1922 à Jeanne Lescure, ils résident à Montauban où Henri Bulit exerce comme Juge de paix.

Chevalier de la Légion d'Honneur le 13/07/1934

Affaibli par ces 4 années de guerre, Henri BULIT décède en 1939.

Son frère Georges - né le 21/02/1888 - était lui aussi promis à une brillante carrière : médecin Major au Maroc depuis le 24/01/1914, il est en campagne contre l'Allemagne au Maroc du 02/08/1914 au 07/12/1915.

Georges Bulit - Campagne au Maroc

Du 08/12/1915 au 29/11/1916, il est affecté en France à l'Ambulance 8/13 et détaché à l' Artillerie de la Division marocaine comme médecin Chef.

Citation du 26/09/1916 : "Sous un bombardement incessant et parfois très violent a organisé dans une position avancée un poste de secours. A constamment fait preuve d'un grand courage et d'un dévouement remarquables en soignant nuit et jour de nombreux blessés de toutes aemés, n'hésitant pas à se porter aux endroits les plus dangereux".

Le 30/11/1916, il repart en campagne contre l'Allemagne au Maroc, en tant que médecin Chef du Groupe sanitaire mobile.

"Médecin militaire intelligent, actif, plein d'inititive et d'entrain. S'est aussi brillamment conduit au cours d'une récente épidémie de peste (1er semestre 1917) où il s'est prodigué sans compter, qu'au front où il a fait l'admiration de ses camarades par sa belle tenue au feu. Réussit très bien dans l'assistance médicale indigène."

Croix de guerre (étoile), Médaille Coloniale (Maroc), Médaille des épidémies (argent), Ouissam allaouite (officier).

Georges Bulit décède le 07/02/1920 à l'hôpital militaire de Marseilles, des suites d'une maladie contractée en service.

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur Georges Bulit, fils de Henri Bulit et neveu de Georges Bulit)

Henri Bulit est aussi l'arrière grand-père paternel du fils de Marie-Sol, bénévole : Théo Bulit.

 

 

Combats du Fortin de BEAUSEJOUR de Décembre 1915 à Avril 1916

Onésime NIBERON

St Laurent, CHARENTE

6e RI, 9e Cie

(Onésime à 35 ans)

Né le 10/06/1883, fils de Pierre et de Eugénie Gabard ; 3 frères également engagés (Pierre Eugène, l'aîné, est décédé en mars 1919 des suites de ses blessures).

Classe 1903, matricule 1199 au recrutement de Saintes.

1,62 m ; cheveux bruns, yeux gris

Réformé en 1904 pour "astigmatisme"

Profession : domestique agricole près de Montguyon avec son épouse et leur fille Yvonne née le 29/09/1909.

Suite à l'hémorragie des premiers mois de guerre, de nombreux hommes réformés sont reclassés en service armé.

Classé service armé le 23/12/1914, arrivé au 6e RI le 22/02/1915, parti au front le 18/06/1915

Onésime a tenu un carnet : voici les extraits qui correspondant à sa présence dans le secteur de Massiges

17/12/1915 : "Nous sommes repartis ausitôt par Somme-Bionne, Somme-Tourbe, St Jean (sur) Tourbe, Laval et Wargemoulin. C'est là que nous avons cantonné le 18 décembre 1915 à 6 H du soir.

Le lendemain 19 décembre à 8 H du soir, nous avons occupé la tranchée de la 1ère ligne. Pour y aller, nous sommes passés par le grand boyau près de Minaucourt, dans l'eau jusqu'aux genoux, pour aller à la butte du Mesnil, en 1ère ligne.

Après 10 jours de 1ère ligne, nous sommes descendus au ravin de Marson, pour y rester quelques jours. Puis nous sommes remontés en 2ème ligne, et c'est là qu'un obus de 105 m'a couvert de terre, mais je n'ai pas été blessé.

Le 5 janvier 1916, nous avons été relevés par le 411e et le 412e, et les 9, 10, 11, 12 janvier 1916, les Boches ont attaqué à la Butte du Mesnil. Nous avons eu 111 hommes hors de combat et deux Cies prisonnières, mais nous, nous étions au repos à Gizaucourt.

Le 14 janvier 1916, nous sommes allés relever le 411e qui avit subi l'attaque du 9 au 12.

Nous sommes passés par Hans, Wargemoulin, Minaucourt. Je suis parti des tranchées de 1ère ligne de Beauséjour, le 20 février.

(Fortin de Beauséjour)

Pour aller au petit dépot, nous sommes passés par Minaucourt, Wargemoulin, Laval, Somme-Bionne, Somme-Tourbe, La Croix-en-Champagne, Auve-complètement détruit, Herpont. C'est là qu'était le petit dépot. (Onésime Nibéron, il quitte le secteur de Beauséjour fin Avril)

 

Evacué blessé le 14/06/1916 région Côte 104 "éraflures dos main par éclat d'obus", revenu au front le 19/07/1916.

"Le 29 décembre 1916 au matin, j'ai été blessé par un obus et le même obus a blessé quatre autres soldats".

Evacué pour blessures aux visage et main, rentré à sa Cie le 28/01/1917.

Blessé le 20/08/1917 (Côte 344, secteur du Poivre) : "séton par éclat d'obus, orifice d'entrée en avant épine illiaque antéro-supérieure", évacué puis rentré à sa Cie le 22/11/1917.

Citation : "Soldat courageux et intrépide. Le 11/09/1918 au soir, la Cie arrêtée sur la route du château de Beauvais par plusieurs mitrailleuses, s'est porté sur le flanc et les a attaquées à plusieurs reprises à la grenade".

Croix de guerre, étoile de bronze, Médaille de Verdun, Médaille Militaire, Croix du combattant, Médaille Commémorative de la Grande Guerre, Médaille Inter-Alliée.

De retour de la guerre, il travaille comme vigneron.

Classé réformé définitif en 1942, pension permanente de 10% pour "légère gêne de la flexion du tronc par adhérences cicatricielles au niveau de la région lombaire droite".

Onésime Nibéron décède en 1970.

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur André Berlureau, petit-fils d'Onésime Nibéron qui lui parlait souvent de la guerre, le soir à la veillée, devant le feu de cheminée. M. Berlureau s'est rendu en famille à Massiges le 19/06/?)

 

 

Combats de Massiges de Septembre 1914 à Décembre 1915

Ibrahim DINAH SALIFOU, fils du dernier roi des Nalous de Guinée

Roi-Numez, GUINEE FRANCAISE

Sous-Lieutenant au 8e RIC

Né le 11/01/1878, fils d'Amadou et de Dame Myani Camara

1,62m ; cheveux noirs, yeux marrons

Profession : représentant de commerce (avant son mariage, vit au 22 rue de Buci à Paris 6)

 

ENGAGE VOLONTAIRE pour la durée de la guerre le 28/12/1914 à la Mairie de Chateauroux (Indre)

Passé au 8e RIC le 28/09/1914

Nommé Capitaine le 10/02/1915

Blessé par balle le 11/04/1915 en Champagne

Nommé Sergent peu après puis Sous-Lieutenant le 27/05/1915

Blessé le 01/10/1915

3 citations

Croix de guerre, 2 palmes, 1 étoile de bronze

Chevalier de la Légion d'honneur

Dinah Salifou décoré de la Légion d'honneur aux Invalides le 20/01/1916

Passé au Bataillon des Tirailleurs sénégalais le 01/02/1917 et ce jusqu'à la fin de la guerre.

Traitements de la Légion d'honneur en 1917 à Bangui

 

Marié à Marguerite Renault, il continue d'exercer à Paris son métier de représentant de commerce.

Décédé le 31/01/1924 à Paris 20e

 

 

Ces extraits des mémoires de Georges Polvé sont tirées d'un cahier édité par la Société Archéologique d'Eure et Loir : "Journal d'un musicien brancardier de Nogent-le-Roi (1914-1918)"

Combats de Massiges du 19/07/1916 au 03/10/1916

Georges POLVE

Nogent-le-Roi, EURE-ET-LOIR

musicien-brancardier au 101e RI

Avec son épouse

Né le 07/05/ 1892, fils d' Eugène et de Eugénie Champagne ; classe 1912, matricule 671 au recrutement de Dreux.

1,68 m ; cheveux châtain foncé, yeux marron foncé, menton saillant à fossettes

Profession : jardinier

Incorporé au 101e RI à compter du 09/10/1913 ; musicien (clarinettiste) le 03/08/1914

Aux Armées le 07/08/1914 ; passé dans la réserve de l'armée active le 01/10/1915

Blessé évacué le 03/06/1916 au Fort de Tavannes "contusions multiples". Rejoint le 10/07/1917

Evacué malade le 25/10/1917. Rejoint le 17/12/1917

Citation : "Brancardier remarquablement courageux et dévoué s'est particulièrement distingué le 15 juillet 1918 au transport avec les blessés d'un P.S avancé (poste de secours) dans des conditions pénibles et sous de violents bombardements ; s'était déjà fait remarquer au coup de main du 13/07/1918".

Croix de Guerre Etoile de bronze

Evacué malade le 12/01/1919 ; évacué intérieur le 02/02/1919


Mercredi 19 juillet. Répétition dans la matinée. Préparatifs de départ le tantôt. Le régiment remonte aux tranchées relever le 124 avec 12 musiciens dont je suis du nombre. Nous partons à 21 h passons à Courtémont et arrivons sans encombre à Virginy où nous trouvons des dortoirs assez bien aménagés. Le secteur est très calme. Il est minuit. Le temps est beau.

Jeudi 20 juillet. Le calme étant complet, je me balade dans le pays qui n’est plus qu’un amas de ruines sur lesquelles de grandes herbes, des fleurs de toutes sortes ont poussé : coquelicots, bleuets, pâquerettes, quelques roses dans ce qui anciennement était des jardins. Ils se confondent l’un dans l’autre et quoi qu’ayant un aspect sauvage, donnent une certaine gaieté à ce qui reste de ce village complètement dévasté. De l’église, il ne reste que quelques murs qui menacent de s’effondrer. La cloche qui, par extraordinaire a été épargnée dans sa chute, sert à avertir une attaque au gaz le cas échéant.

Quelques arbres fruitiers nous fournissent un dessert assorti qui, ajouté aux champignons et au cresson que nous trouvons, améliore sensiblement notre ordinaire. On voit que le secteur est calme depuis longtemps car les boyaux sont en parfait état et ont un coup d’œil pittoresque, étant enguirlandés de chaque côté de liserons et de fleurs des champs. Ce n’est plus le bouleversement de terrain, les arbres arrachés du secteur de Verdun. Dans l’après-midi, nous déchargeons et mettons en place dans une soute à munitions 200 torpilles pendant que trois autres s’occupent du ravitaillement en eau des postes de commandement. En un mot, nous ne sommes pas trop malheureux dans ce secteur.

21 juillet, vendredi. La journée est toujours très calme quoi que n’étant qu’à 2 k des boches. Pas un obus sur Virginy. Dans l’après-midi nous allons chercher deux blessés dans un poste d’écoute. Ravitaillement en eau comme la veille. Samedi 22 juillet. Toujours la vie pas trop malheureuse et le même calme à 2 km seulement des Boches. À la tombée de la nuit, nous partons en corvée pour porter des madriers, des planches et des sacs à terre à une batterie de crapouillots entre notre première et notre seconde ligne de tranchée. Nous partons à 21 h et arrivés au PC il nous est impossible de passer par-dessus la plaine les boyaux avec des madriers de 5 m. Nous attendons donc qu’il fasse plus noir pour couper par la plaine, ce que nous faisons une demi-heure plus tard pour arriver sans encombre à notre but. Quelques fusées éclairantes nous obligent à faire plusieurs plat-ventre. Plusieurs bombes à fusils inondent la nuit de gerbes d’étincelles et c’est tout. Nous retournons à Virginy sans même avoir entendu un coup de canon.

Dimanche 23 juillet. Nous devons être relevés le soir par les autres musiciens restés à Maffrécourt. Le matin, nous allons chercher un blessé au poste Pruneaux (Poste d’accueil des victimes de pruneaux, projectiles destinés aux mortiers) et dans l’après-midi, nous chargeons trois wagons de torpilles qui doivent aller à Ville-sur-Tourbe dans la nuit. Nous sommes relevés à 23 h et nous nous mettons en route pour Maffrécourt où nous arrivons sans encombre à 21 h 30.

Lundi 24 juillet. Journée de repos.

Mardi 25 juillet. Répétition. Le régiment appuie sur la droite et prend le secteur de Ville-sur-Tourbe et par ce fait, tous les musiciens qui sont à Virginy reviennent à Maffrécourt sauf trois qui restent pour le ravitaillement en eau des postes de commandement.

Mercredi 26, jeudi 27, vendredi 28 juillet. Répétition. Maffrécourt.

Samedi 29 juillet. Remise de croix de guerre. Dimanche 30, lundi 31 juillet. Répétition.

Du mardi 1er août au lundi 14 août. Répétition. Mardi 15 août. Répétition, concert. Nous partons à 21 h pour aller cantonner à Dommartin sous Hans. Mercredi 16 août. Journée à Dommartin.

Jeudi 17 août. Nous quittons Dommartin à 18 heures avec les pionniers, passons à Courtémont puis, en vue de Minaucourt et après une marche d’environ 4 heures sous une pluie battante nous arrivons à la « Demi-Lune » gauche de la Main de Massiges. Nous relevons les musiciens du 104. La relève du régiment s’effectue dans de bonnes conditions. Nous sommes logés dans une galerie boisée, creusée sous la colline. Nous sommes donc en sécurité sous 10 à 12 cm de terre qui nous recouvrent. Les couchettes sont installées de chaque côté de la galerie. Un dépôt de matériel amené par un decauville est en face.

Vendredi 18 août. Cinq musiciens vont comme brancardiers au poste de secours de première ligne, deux autres s’occupent du ravitaillement du colonel. Alleaume et moi sommes désignés pour aller au dépôt de matériel, notre travail consiste à charger et décharger les wagonnets, préparer le matériel demandé par les compagnies, et qui est monté par les autres musiciens. Nous rangeons le dépôt…

Samedi 19 août. Nous nous livrons aux mêmes travaux que la veille. Nous sommes relativement tranquilles dans l’accomplissement de notre travail mais les premières lignes sont assez agitées par les minen (projectiles lancés par le Minenwerfer, mortier de tranchée allemand (équivalent français, Crapouillot).

Dimanche 20 août. Même occupation.

Lundi 21 août. Même travail.

Mardi 22 août. Même travail. Un violent bombardement dans la nuit sur nos premières lignes reste sans résultat. Mercredi 23 août. Mêmes occupations. Nous sommes relevés le soir par les musiciens du 124. Nous partons à 22 heures, traversons les ruines de Minaucourt puis celles de Wargemoulin pour arriver au camp Bravard, à 1 km de Hans. Nous cantonnons dans le baraquement de la musique du 124.

Vendredi Jeudi 24 août. Repos. Vendredi 25 et samedi 26 août. Répétition. Dimanche 27 août. Répétition. Concert.

Lundi 28 août. Repos. Mardi 29 et mercredi 30 août. Répétition. Jeudi 31 août. Répétition. Concert.

Vendredi 1er septembre. Préparatifs de départ. Nous quittons le camp à 20 heures, passons de nouveau à Wargermoulin puis Minaucourt et regagnons nos anciens cantonnements à la Demi-Lune.

Samedi 2 septembre. Deux équipes partent l’une au poste de secours du Noyer, l’autre au poste de Laffaut. Je suis employé avec un autre camarade au ravitaillement du colonel. La journée est assez calme mais, dans la soirée, un violent bombardement se déclenche et dure une heure environ. Les tirs des mitrailleuses et la canonnade sont très nourris. Toutes les équipes marchent et ramènent trois morts et plusieurs blessés. Résultat néant.

Dimanche 3 septembre. La journée est calme, plusieurs musiciens creusent des fosses et inhument les morts de la veille. Je suis toujours affecté au ravitaillement du colonel.

Lundi 4 septembre. Mêmes occupations. Journées très calmes. Mardi 5 septembre. Même travail.

Mercredi 6 septembre. Toujours dans les mêmes conditions.

Jeudi 7 septembre. Sommes relevés le lendemain.

Vendredi 8 septembre. Toute la musique est relevée par celle du 124 et part de la Demi-Lune à 21 h. Avec un camarade je vais déménager la cuisine du colonel que nous chargeons sur un Decauville puis nous partons et passons par le chemin de rondins pour raccourcir notre chemin. Quelques marmites éclatent à proximité du chemin mais sans faire de dégâts. Nous rattrapons les autres à la sortie de Minaucourt. Nous cantonnons à Hans où nous arrivons à 1 h du matin.

Samedi 9 septembre. Repos.

Dimanche 10 septembre. Nous changeons de cantonnement et aménageons ce dernier. Du lundi 11 au samedi 16 septembre. Répétition.

Dimanche 17 septembre. Nous quittons Hans à 19 h. Passons à Minaucourt puis à la cote 180 que nous traversons par un boyau qui, au bas de cette cote est construit à ras du sol avec des gabions remplis de terre. Le terrain étant très marécageux, l’eau est à fleur de terre et même inonde les caillebotis. Nous arrivons à l’index de la Main de Massiges. Nous relevons le 124 et cantonnons dans des abris peu solides. Nous passons une nuit tranquille.

Lundi 18 septembre. Il pleut. Alleaume et moi sommes employés à convoyer les Decauville qui desservent les différentes gares ou dépôts de matériel du secteur. Nous partons donc dans l’après-midi à la cote 180 où est le grand dépôt du secteur pour nous mettre au courant de notre travail de la nuit. Nous revenons ensuite, ayant eu les instructions nécessaires, pour souper, et retournons à 18 h au même endroit. La pluie et le vent ne cessent pas. Nous prenons connaissance des wagons destinés au régiment et attendons le départ des trains. Le premier emmène les wagons qui doivent aller au Col des Abeilles, le second, celui du Bois Valet, c’est celui que je convoie. J’arrive au Bois Valet, donne livraison au caporal qui en est chargé et je reviens, complètement traversé, à notre cagna (abri militaire de tranchée) où j’allume du feu en attendant Alleaume qui convoie le train qui va à la Demi-Lune.

Mardi 19 septembre. Nous allumons du feu le matin pour faire sécher nos effets. Le soir, même travail que la veille mais dans de meilleures conditions, le temps étant plus favorable.

Mercredi 20 septembre. La journée est en général agitée. Nous faisons toujours le truc de convoyeur dans de bonnes conditions.

Jeudi 21 septembre. Toujours le même travail nocturne et pas trop rassurés cette fois car les Boches bombardent la voie du Decauville sans résultat mais…

Vendredi 22 septembre. Belle journée calme. La soirée et une partie de la nuit se passent comme d’habitude.

Samedi 23 septembre. Travail habituel dans mon occupation de convoyeur.

Dimanche 24 septembre. La journée se passe plus mouvementée qu’à l’habitude. L’aviation est en particulier très active. Le soir, nous allons dans les conditions habituelles à la cote 180 mais en allant au dépôt de matériel du Pouce, deux marmites éclatent à quelques mètres seulement de moi, ayant entendu le sifflement à l’avance, j’ai eu le temps de me préserver des éclats en faisant un plat ventre dans un des fossés qui bordent la voie de 0 m 60. Le reste de la nuit se passe normalement.

Lundi 25 septembre. La journée est assez calme. Duels intermittents entre avions. Nous nous rendons à la cote 180 pour convoyer nos wagons ce qui est terminé à 21 heures. La musique étant partie à notre retour, nous nous mettons en route et trouvons, à l’entrée de Minaucourt, l’occasion de monter sur une cuisine roulante qui se rend à Hans. Nous arrivons de ce fait en même temps que les autres et trouvons notre ancien cantonnement.

Mardi 26 septembre. Matinée de repos. Après-midi, concert à Valmy oh !!! Le beau concert !!!

Du mercredi 27 au samedi 30 septembre. Répétition. Dimanche 1er octobre. Remise de décorations. Répétition. Concert. Le soir, nous allons à une réception d’officiers russes à la maison du colonel où nous poirotons 2 heures. Après avoir joué les hymnes nationaux à leur arrivée nous retournons à notre cantonnement où nous rencontrons deux ordonnances qui viennent casser la croûte avec nous. L’un est de Kiev (Ukraine), l’autre d’Arkangelsk (port du nord de la Russie - Georges Polvé est informé de la présence de deux brigades russes sur le front de Champagne). Avec quelques paroles de français qu’ils connaissent nous arrivons non sans difficulté à nous comprendre.

Lundi 2 octobre. Répétition. Le soir, nous retournons à un lunch offert aux mêmes officiers et faisons un petit concert.

Mardi 3 octobre. Nous quittons Hans dans la soirée pour aller cantonner à Somme-Bionne.

 

(Avec l'aimable autorisation de la Société Archéologique d'Eure et Loir et sur la recommandation de Jean-Pierre LEGRAND à qui nous adressons également tous nos remerciements ; petit-fils de Maurice Legrand, soldat au 23e RIC, il est l' auteur du livre consacré à son grand-père "Votre fils qui vous aime" et édité par la même société)

 

 

DISPARU à Massiges le 02/02/1915, prisonnier à Darmstadt

Fernand BLAISE

Essarts le Roi, SEINE ET OISE

Soldat de 1ère classe du 23e RIC, 3e Bataillon, 11e Cie

En 1922

Né le 07/09/1881, fils de Blaise François (marchand de vin puis journalier) et de Marie Léonard ; classe 1901, matricule 3456.

1,69m ; cheveux et yeux châtains

Incorporé au 94e RI en 1902, soldat de 1ère classe le 04/11/1904

A épousé le 21/04/1906 aux Essarts le Roi, Georgette Lamontagne : 2 enfants naissent de cette union, Maurice et Paulette.

Rappelé à l'activité le 01/08/1914, passé au 21e RIC puis au 23e RIC le 03/09/1914

Parti aux Armées le 05/10/1914

D'Octobre à Décembre 1914, son régiment alterne avec le 23e RIC, des périodes de 4 jours d' occupation du Bois d'Hauzy (secteur de Massiges), et de cantonnement à Dommartin-sous-Hans.


"19/10/1914 : un peloton de la 5e Cie, aux ordres du Capitaine Briard, quitte la tranchée à 1h30 avec mission d'aller enlever le poste allemand qui occupe la Ferme de Melzicourt.

Le détachement, reçu par deux feux de salves, se jette en avant à la baïonnette mais n'arrive ni a franchir, ni à tourner un mur fortement organisé ; il se replie en conséquence, sur le Bois d'Hauzy où il arrive à sa tranchée vers 5 heures ayant un caporal, Gillet Charles, blessé au côté gauche.
Un détachement de la 11e Cie (Adjudant- Chef Castelli), chargé de couvrir le flanc gauche du détachement de la 5e Cie, détache à cet effet, une patrouille de liaison vers la 5e Cie. Cette patrouille rentre vers 7h30, son Chef le Sergent Marchal signale l'absence du caporal Salat, sans être en mesure de faire connaître si ce gradé a été tué, blessé, ou s'il semble simplement s'être égaré.
Le Régiment relevé dans la nuit par le 21e Colonial rentre vers 20heures au cantonnement de Dommartin-sous-Hans.

Repos au cantonnement de Dommartin-sous-Hans.

23/10/1914 : la matinée est consacrée à l'amélioration des défenses accessoires. Le Bois d'Hauzy est partagé en 3 sous secteurs qui présentent un large front de 3500m environ. Les Unités en ligne sont fortement retranchées et couvertes par des défenses accessoires, réseaux de fil de fer, abattis.

Fabrication de claies au Bois d'Hauzy

Vers 16 heures, un drachenballon s'élève au N. du bois de Ville; un tir d'artillerie allemande est aussitôt déclenché, atteignant les positions de la 9e Compagnie, sans causer de pertes.



L' occupation du Bois Hauzy se poursuit jusqu'au 31/12/1914.

Dans la nuit du 4 au 5 février 1915 : les 2e et 3e bataillons reçoivent l'ordre d'occuper et de résister sur les crêtes au nord de Massiges que l'ennemi, après une violente attaque, a enlevées en partie à l'unité que le régiment vient de relever.

05/02/1915 : après un bombardement inouï, l'ennemi tente une attaque sur les positions défendues par le régiment. Il en est rejeté ; mais le 23e subit de très lourdes pertes ; les cadres, sont mis hors de combat, les unités complètement disloquées s'accrochent au terrain presque entièrement nivelé par le bombardement qui a repris ; pas un pouce de terrain n'est cédé à l'adversaire.

Fernand BLAISE est porté disparu le 5 février 1915 à Massiges dans le secteur du Cratère (Nord de Massiges).

Des journaux publient des annonces, avec ou sans photo, qui permettent aux familles d'avoir des renseignements pour rechercher leurs disparus.

Le comité International de la Croix Rouge, entreprend des recherches :


On le cherchait à Montmédy,il est à Darmstadt...

Camp de Damrstadt

8 millions de soldats de différentes nationalités sont fait prisonniers et répartis dans 320 camps de détention sur le territoire du Reich.

Les soldats inventent de nouveaux concepts pour nommer les conséquences psychologiques : pour les français, c’ est le "cafard" ; pour les britanniques, la " barbed wire disease " ; la "Stacheldrahtkrankheit" pour les allemands (maladie du barbelé).

 Prisonniers français du Camp de Darmstadt

Tri du courrier des français par les allemands dans le camp de Darmstadt.


La censure est totale.

 À partir du 06/11/1914, l’Allemagne est soumise à un blocus économique de la part des pays de l’Entente. La pénurie alimentaire qui touche l’Allemagne dès 1915 frappe également les prisonniers.

La soupe devient le symbole de cette alimentation inconsistante : soupe de haricots, d’avoine, de pruneaux, de betteraves, de morue.

"J'ai vu l’autre jour, dans nos cuisines, des quartiers de viande frigorifiée dont l’odeur et les reflets verdâtres étaient si accusés que nos cuisiniers refusèrent de les faire cuire. Le médecin-chef allemand, appelé comme arbitre, ordonna de les faire tremper dans une solution de permanganate et, le surlendemain, cette viande ainsi désinfectée agrémentait l’ordinaire".


Distribution du repas dans le camp de Darmstadt.


Le pain est remplacé par le "pain KK" (en allemand Kleie und Kartoffeln: son et pommes de terre ou Kriegskartoffelbrot) dont la composition reste trouble: farine de pommes de terre, sciure ou sang de bœuf. La dénutrition devient le quotidien du prisonnier; après la guerre, beaucoup souffrent de graves troubles digestifs et s’habituent difficilement à un nouveau changement de régime alimentaire.

 

En 1915, plus de 600 000 prisonniers sont parqués à l’étroit dans des baraques et des tentes insuffisamment pourvues d’installations sanitaires. Des épidémies se déclarent et plus de 4000 prisonniers périssent.

Fernand est libéré le 05/12/1918, et mis en congé de démobilisation le 25/02/1919, il rejoint alors sa famille à Auffargis. À la mi-janvier 1919, tous les prisonniers français sont rapatriés.

Dès leur retour, les prisonniers furent l'objet d'un préjugé défavorable :
- Interrogatoires sur leurs conditions de capture, - Regard des veuves de guerre, des collègues de travail les suspectant de s'être sauvés par la captivité. - Lors des fêtes de la Victoire à Paris en 1919, il n'y eut pas de place pour les prisonniers de guerre ! N' étant pas considérés comme Anciens combattants, ils n'eurent pas droit, pendant longtemps, aux décorations militaires.

Après cette période difficile, Fernand Blaise reprend ses activités d'entrepreneur en couverture et plomberie."

(Jean-Pierre BLAISE, son neveu, en visite avec son épouse à la Main de Massiges)

Avec son aimable autorisation

 

 

Combats secteur de Massiges de Janvier à Avril 1916

Charles ARSANT

Voves, EURE-ET-LOIR

Caporal au 104e RI

Né le 02/01/1895, fils d'Emile et de Marie Prévosteau ; classe 1915, matricule 643 au recrutement de Chartres.

1,69m ; cheveux noirs, yeux marron foncé

Profession : marchand de volailles

Incorporé au 104e RI à compter du 15/12/1914, nommé soldat de 1ère classe le 09/03/1915

Parti aux Armées le 20/06/1915

(En haut, le plus à gauche, vêtu d'une cape noire?)

Blessé par éclat d'obus au bras gauche et évacué le 21/09/1915 sur Ambulance 7/4 à Mourmelon le Petit.

(A l'hôpital)

Rentré au dépot le 15/12/1915 ; parti aux Armées le 27/01/1916

Son régiment combat dans le secteur de Massiges de Janvier à Avril 1916 (le Cratère, Ravin des Pins, Bois Valet, Maison de Champagne)

Citation : " Très bon soldat. Dévoué et brave sur le front depuis le 20/06/1915. A été blessé le 23/09/1915 (en fait le 21) devant Aubérive s/Suippe. Très belle conduite au cours des opérations devant Verdun de septembre à décembre 1916 et juin à août 1917."

Croix de guerre avec étoiles de bronze

Nommé Caporal le 30/01/1918

Déclaré inapte 1 mois le 18/12/1918 pour "brûlure par gaz et laryngite contractée aux armées le 02/12/1918."

Charles Arsant a ramené ce briquet, magnifique objet d'artisanat de tranchée.

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur Philippe Arsant, son petit-fils, en visite à Massiges en Août 2016)

 

Ajouts de Mai 2017 :

BLESSE à TAHURE le 08/10/1915

Isidore CARIOU

Plogastel St Germain, FINISTERE

118e RI, 12e Cie

(Pendant son service au 13e régiment des Cuirassiers)

Né le 05/06/1886, fils de Marc et de Marie Louise Struilliou ; classe 1906, matricule 3310 au recrutement de Nantes.

Profession : cultivateur

1,75m ; cheveux châtain, yeux bruns

Incorporé le 02/10/1907 au 13e Cuirassiers.

Rappelé à l'activité le 03/08/1914 et affecté au 3e régiment de Dragons. Par excès de nombre, affecté au 118e ri, 12e Cie.

Pendant l'Offensive de Champagne, le régiment est engagé dans les combats de Tahure (aujourd'hui village disparu).

A l'approche du 25 septembre, les hommes se préparent : "Chaque homme emporte deux jours de vivres de réserve et un jour de vivres ordinaires......En principe tous les hommes conserveront leur sac qui constitue avec le casque un ensemble protecteur très efficace. Il sera allégé et contiendra seulement...vivres...la toile de tente servant à arrimer les vivres, 2 sacs à terre. Chaque homme portera en outre l'outil au ceinturon, 250 cartouches, un bidon de 2 litres..., le masque, les lunettes, le paquet de pansements, la calotte de campagne dans les poches de la capote, 2 grenades (4 pour les nettoyeurs) ...... Les nettoyeurs de tranchées seront armés de couteaux et de révolvers et seront munis de quelques grenades pour le nettoyage des abris qui seraient encore occupés.... Objets non emportés par les hommes, souliers, ustensiles de cantonnement, chandails ou tricots.
Ce 25 septembre, il pleut et la nuit précédente a été très froide. Au matin, les hommes sont transis.
Après trois jours de bombardement sans interruption des positions allemandes par notre artillerie, Les baïonnettes sont mises au canon.

Cette journée du 25/09/1915 a été pour le 118ème l'une des plus glorieuses. Que d'actions d'éclat individuelles ou collectives n'aurait-on pas à signaler ! Pendant toute l'action notre beau régiment à déployé une énergie, un sang-froid remarquable. Allant droit au but, sus au boche, sur l'objectif assigné, sans se soucier de danger, au mépris de la mort. Il a arraché à l'ennemi, sur une profondeur de plus de 4 kilomètres, tout un système de tranchées et de boyaux fortement organisés. Il a fait plus de 500 prisonniers, pris des canons, des mitrailleuses, des lance-bombes et un matériel considérable d'armes, de munitions, d'équipement, de dépôts de génie. Mais ce beau succès nous a coûté cher et dans la soirée, on se compte." (JMO du 118e RI)

"Tandis que des averses de pluie se succèdent, les journées du 26 et 27/09 se passent sans combats, hormis quelques échanges de tir et surtout d'intenses bombardements allemands sur les positions françaises. Le 28 septembre, il pleut encore. Les troupes se rangent en ordre de bataille dans le but d'attaquer la brosse à dent. La compagnie de mon grand-père reste à sa place. Chacun travaille à améliorer les tranchées autant que le feu ennemi le permette.
Le 29/09 la pluie n'a pratiquement pas cessé de la journée. A 16h l'attaque est déclenchée mais elle échoue, stoppée par le feu allemand. Le 30/09, une nouvelle attaque est préparée. Le 118ème attaquera par l'ouest. La journée est consacrée à la réalisation de boyau permettant d'approcher des ennemis. Les 01 et 02/10, les préparatifs se poursuivent. Dans la nuit, le bataillon de mon grand-père creuse un boyau de communication entre la première et la deuxième ligne d'attaque. Les deux journées suivantes, le bombardement allemand s'intensifie encore provoquant des pertes sérieuses.
Dans la journée du 04/10, l'artillerie française pilonne les positions allemandes de la brosse à dent. La compagnie de mon grand-père est en réserve au bord de la route de Tahure.
Ce lieu de combats très dur, a valu la création d'une chanson par les poilus :

"Te souviens-tu Titinne, des Culbutes,
Tout là-haut, tout là-haut, sur la Butte,
Sur la butte de Tahuré,
Face aux casques pointus
Sous la mitraille et les Obus.
As-tu vu Guillaume ? Guillaume est foutu !
(Philippe COËNT)


"Le 05/10 dans la matinée, le régiment évacue la tranchée pour permettre à notre artillerie de bombarder le bois où sont retranchés les allemands. Celui-ci va durer la journée entière et au soir, le régiment réoccupe la position.

Le 06/10 : grâce au brouillard les 3 Bataillons établissent leurs tranchées à 200 m au Nord de la tranchée de Constantinople.

Dans la nuit, à une heure du matin, quelques hommes sont choisis pour couper les fils de fers protégeant les positions allemandes. Les hommes désignés ne portant rien sur eux qui puisse faire du bruit et tout en restant couché, coupent les fils et font de nombreuses brèches en élevant seulement leurs bras armés de cisailles. A 4 heure du matin, il existait trois grandes brèches permettant le passage de l’attaque.

Les hommes dans un magnifique élan traversent la tranchée de Constantinople, descendent le ravin, prennent à revers les allemands qui se trouvent dans le manche de la brosse et n'écoutant que leur courage dépassent la lisière sud qui leur avait été assignée comme limite. Ils poussent jusque vers 7778 facilitant ainsi dans une très large mesure l'enlèvement par le 19ème de la tranchée nouvelle. On a beaucoup de peine à ramener ces hommes qui avaient été beaucoup trop loin." (JMO du 118e RI)

"Plus tard, mon grand-père dira à ses enfants qu'il ne pourrait raconter ce qu'il avait vécu, tant ces histoires étaient horribles".
(Philippe COËNT)

07/10/1915 : "cette journée est terrible. Le bombardement ne cesse pas. L'ennemi se sert d'obus à gaz asphyxiant. La situation est très dure.

08/10/1915 : Pour les 3 Bataillons, départ à 4h du matin avec mission de s'emparer des extrémités Est de la tranchée de Constantinople et du manche de la Brosse à dents et de s'établir sur la lisière Sud de ce dernier (...) dès 9h du matin toute la Brosse à dents était entre nos mains." (JMO du 118e RI)

Isidore Cariou est blessé par balle explosive : "plaie pénétrante de l'oeil droit."

"C'est ce jour-là, que mon grand-père a été gravement blessé. Son lieutenant voulait faire passer un message et trois estafettes venaient d’être tuées au sortir de la tranchée. Isidore s’est alors porté volontaire pour effectuer la mission. Mais là encore, au sortir de la tranchée, il reçut une balle explosive qui pénétra sous son nez et ressorti par son œil, lui arrachant une partie du visage. Un autre éclat restera planté à vie derrière son crâne, car inopérable, et il en souffrira toute sa vie.
Il entre à l'hôpital le 10/10/1915 et est évacué le 01/11/1915 vers l'hôpital ophtalmologique de Lyon. Le 08/11, il était procédé à l'énucléation de son œil droit."
(Philippe COËNT)

(Billet médical)

Réformé le 28/01/1916, Isidore est renvoyé dans ses foyers le 01/02/1916 avec une pension de guerre de 644 francs.

Citation :

Croix de guerre avec palme et Médaille Militaire


"Corentin Cariou, frère de mon grand-père meurt à l'hôtel Dieu à Paris le 28 octobre des suites des blessures reçues au combat".

(Avec l'aimable autorisation de Philippe COËNT, son petit-fils, en visite à Massiges le 20/05/2017. Il a retranscris tout le parcours de son grand-père, nous contacter)

 

 

DISPARU MPLF à MASSIGES le 21/09/1914

Paul Marie RISTORI, 30 ans

Poggio, CORSE

Adjudant au 8e RIC, 1er Bataillon, 2e Cie, 3e Section

Né le 08/06/1884, fils d'Antoine et de Grâce Marie Perfettini ; classe 1901, matricule 723 au recrutement d'Ajaccio

1,65 m ; cheveux noirs et yeux bleus

ENGAGE VOLONTAIRE incorporé au 8e RIC le 14/08/1902

Soldat de 1ère Classe le 01/09/1903, passé au 13e RIC le 10/08/1905

Campagne de Madagascar du 10/08/1905 au 26/09/1909 (rengagé pour 5 ans en 1907, passé au 6e RIC le 05/09/1909)

Nommé Caporal le 01/10/1910 puis Sergent le 01/04/1912, passé au Régiment du Gabon le 28/05/1912

Campagne d'Afrique (Régiment du Gabon) du 28/05/1912 au 09/09/1913 (rengagé pour 5 ans le 14/08/1912, passé au 8e RIC le 23/04/1913)

Blessé le 21/09/1914 au violent combat de Massiges dans l'assaut de la Côte 199 (Mont Têtu) puis porté disparu.

Nommé Adjudant le 23/09/1914

Des recherches sont engagées par la famille auprès de la Croix Rouge, en vain.

Paul Ristori ne sera officiellement déclaré décédé qu' en 1920, une fois les prisonniers de guerre rapatriés d' Allemagne.

(Avec l'aimable autorisation de Corentin Bernard, son arrière petit-fils)

 

 

MORT POUR LA FRANCE à VILLE-SUR-TOURBE le 05/10/1915

Léon TOURNEUR 7e RIC, 32 ans

Virson, CHARENTE-INFERIEURE

Le jour de son mariage

Né le 20/11/1882, fils de Gustave Tourneur et Armantine Rambaud ; classe 1902, matricule 1580 au recrutement de La Rochelle.

Cheveux et yeux châtain

Profession : cultivateur

Exempté de service militaire pour "hernie crurale"

A épousé Ophélie le 14/09/1908 : deux enfants sont nés de cette union.

Suite à l'hémorragie des premiers mois de guerre, de nombreux hommes pourtant exemptés ou réformés sont rappelés en service armé.

Classé dans le service armé le 09/12/1914, Léon Tourneur arrive au 7e RIC le 14/02/1915.

L'avis de réforme pour "albuminerie" le 22/04/1915 est annulé.

Parti au front le 05/09/1915 depuis Saint Médard en Jalles en Gironde où il a fait plusieurs mois de préparation militaire.

"Du 23 au 30 septembre, violentes attaques françaises vers Ville-sur-Tourbe et Massiges : enlèvement de la partie Est de la Main de Massiges. Puis organisation et occupation des positions conquises".

Sa dernière carte :

« 23 7bre 1915  Ma chère Ophélie,

Je voulais t’écrire dès ce matin, mais il me fut impossible vu le peu de temps que nous avons de libre. En ce moment nous faisons des tranchées et prochainement nous allons les occuper pour nous habituer. Je reçois tes lettres régulièrement et suis très satisfait de savoir mon beau père en bonne voie de guérison. Je te donnerai d’avantage de détails quand je serai libre; pour le moment nous avons la presse et demain 24, nous passons la journée sur le terrain de manœuvre. Ma santé est bonne et suis heureux de vous savoir bien portant vous aussi.

Votre soldat qui pense souvent, très souvent à sa petite famille vous embrasse bien fort. Léon »

Son ultime combat :

Extraits du JMO du 05/10/1915

Léon Tourneur est probablement l'un de ces 2 hommes tués à Ville-sur-Tourbe le 05/10/1915 lors de la grande Offensive de Champagne.

"Notre grand-mère s’était rendue au cimetière militaire de Ville sur Tourbe en 1919" avec l’intention de faire rapatrier le corps de son époux.

La loi l'interdit mais les familles en deuil sont prêtes à tout...

Le 6 août 1919, elle écrit au dos de cette carte : « Chère maman, Ce matin nous sommes allés au cimetière. Nous avons facilement trouvé la petite croix où est gravée le nom de mon pauvre Léon. Ce soir nous repartons pour Sainte Ménéhoulde. Nous reviendrons demain pour essayer de le faire mettre dans un cercueil mais en cachette. Je ne sais pas si nous pourrons réussir… je t’embrasse bien ainsi que mes deux petits. Je pense qu’ils sont bien sages. Ophélie Tourneur »

L'entreprise échoue...

Il faudra attendre 1921 pour que la douleur des familles soit enfin entendue et pour qu'elles puissent organiser le retour de leur fils ou époux.

"Léon Tourneur a été exhumé par la suite et il a maintenant sa sépulture au Gué d'alleré.

Lors du déménagement de la maison familiale, j’ai trouvé un livre intitulé « De Liège à Verdun – de la Somme au Rhin – la guerre racontée par nos généraux » sur lequel des paragraphes ont été soulignés.

Elle avait probablement cherché à connaitre les circonstances de la mort de son mari.

Veuve à 28 ans avec deux enfants en bas âge, elle a certainement eu du mal à faire son deuil. Je l’ai toujours connue amnésique et nous ne lui posions pas de question concernant son époux. Denise et Rémy, leurs deux enfants, ont été orphelins à 2 ans et 5 ans. Ils n'ont pas pu connaître leur père". (Monsieur Jean-François Torneur son petit-fils)

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur Jean-François Tourneur venu en famille à Massiges le 17/05/2017. Ils se sont retrouvés dans l'émotion autour du Calvaire dédié aux Coloniaux)

 

MORT POUR LA FRANCE à VILLE-SUR-TOURBE entre le 25 et le 29/09/1915

Commandant Henri Joseph Claude RAUDOT (d’Orbigny)

Pontaubert, YONNE

Chef de Bataillon du 3e RIC

Officier des Troupes Coloniales. Campagnes du Soudan, Sénégal, Madagascar, Comores, Indochine. Officier de la Légion d’Honneur, croix de guerre avec palmes ; plusieurs citations.

Né le 15/07/1870, fils de Georges Claude et de Suzanne Delacour ; classe 1890, matricule 1226 au recrutement d' Auxerre.

1m55, cheveux chatain-clair, yeux gris-bleus ("magnifiques, paraît-il"), front ordinaire, nez moyen, bouche moyenne, menton rond, visage ovale. "Il porta la barbe à la suite d’une balafre" (François Raudot de Châtenay, son petit-fils)


- Elève de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr (28/10/1891), Sous-lieutenant au 7è rgt d’Infanterie de Marine (01/10/1893).


- Affecté au Régiment de tirailleurs soudanais (en service au Soudan du 20/10/1894 au 03/07/1896, 1 an et 8 mois), nommé Lieutenant de 2è classe (01/10/1895). Il est en garnison à Ségou (actuel Mali).
- Affecté au 2è rgt d’Infanterie de Marine (24/06/1896).
- A la disposition du général en chef commandant à Madagascar, le général Galliéni (26/02/1898). (en service du 10/04/1898 au 12/07/1900, 2 ans et 3 mois). Affecté en mai au Régiment Colonial, 3ème Cie sénégalaise, manque se noyer en regagnant sa première affectation (le port de Benjavily, sur la côte Ouest, déjà relevé) ; finalement occupe le poste isolé de Bekopaka, par Majunga, en pays Ménabé, peuplé de Sakalaves hostiles. Nommé Lieutenant de 1ère classe (01/10/1898). Etat-Major H.C. à Madagascar (15/05/1899), officier de renseignement à Benjavily en juin (sur recommandation du Colonel Serrillon) ; participe à la colonne du Bémahara (30 juillet), mais est victime d’une tendinite (septembre). Nommé fin février 1900 à Ankadibé.
- Affecté au 6è rgt d’Infanterie de Marine (23/06/1900) ; Nommé capitaine le 01/07/1900.
- A la disposition du général en chef à Madagascar (04/12/1901) (en poste à Madagascar, du 25/12/1901 au 25/03/1904, 2 ans et 3 mois). Affecté au 3è rgt de Tirailleurs Sénégalais en janv. 1902, part en mission d’exploration (2500 km) le 25 janvier pour tracer la route de Majunga à Maevatanana, puis nommé en mars Cdt. du cercle d’Analalava (14ème Cie), en poste à Andramosamouta ( ?), en avril-mai, puis à Majunga (septembre).
- Chevalier de l’Etoile d’Anjouan (décis. pdtielle du 31/07/1903) ; - Chevalier de la Légion d’Honneur par décret du 31/05/1904. Ses services aux Comores en 1903 ne sont malheureusement pas connus.
- Affecté au 3e RIC (07/03/1904 au 25/03/1905).
- Désigné pour servir au Tonkin (24/10/1905) ; guerre du Tonkin au 4è Tonkinois (15/11/1905 au 04/02/1908, 2 ans et 2 mois) ; en garnison à la 3ème Cie à Nam Dinh (ville importante à 100 km au S-O d’Hanoï). Vers le 13/01/1906, il attrape la rage ; soigné tardivement, il est sauvé de justesse.
- Affecté au 2e RIC (01/01/1908), puis au 7e RIC (25/05/1908) ; marié le 10/02/1909 à Marie Berthe Genet de Châtenay (fille d'Alexandre, écuyer, conseiller général et député de l'Oise, et de Louise Descantons de Montblanc, baronne d'Ingelmunster), née en 1874, +e Paris (16è) le 01/01/1920. Naissance de Jacques le 31/07/1910.
- Guerre de Cochinchine, affecté au 11e RIC (du 30/11/1910 au 29/04/1913, 2 ans et 5 mois), lieu de garnison ignoré ; nous croyons qu’il fut accompagné par son épouse : pas de correspondance connue.
- puis affecté au 3e RIC (29/03/1913). Naissance de Bernard en décembre 1913.


- Embarqué pour Madagascar avec sa famille, il apprend à Aden la déclaration de guerre avec l’Allemagne, et choisit de retourner en France.
- Guerre Franco-Allemande (2 août 1914) ; promu Chef de bataillon le 23/09/1914, il est cité à l’ordre du 3e RIC le 06/03/1915.

Citations et décorations :

 

La 3e Division de l'Infanterie Coloniale est engagé dans la Grande Offensive de Septembre 1915 : elle dispose de ses deux brigades, la 3e à droite (7e et 3e RIC), la 5e à gauche (21e et 23e RIC). Carte ci-dessous.

Sur le front de la division, la première position allemande était très fortement organisée sur les deux ailes ; à la Briqueterie d'une part, contre la route de Ville sur Tourbe, et sur la côte 191 d'autre part, à l'extrémité sud de la Main de Massiges.

L'ensemble des tranchées était protégé par d'épais réseaux de fils de fer barbelés flanqués par de nombreuses mitrailleuses bien abritées. Les défenseurs, qui représentaient l'élite des troupes du Kronprinz, avaient reçu l'ordre de tenir coûte que coûte.

A la fin de la préparation d'artillerie, le Génie avait fait exploser 24 fourneaux de mine au nord de l'ouvrage Pruneau. En ce début de matin du 25 septembre, la destruction des réseaux ennemis semble plus complète sur le front de la 5e Brigade que sur le front de la 3e (7e et 3e RIC commandé par le Lieutenant Colonel CONDAMY).

Le 24 septembre au soir, le commandant POSTH (1er bataillon) réunit ses compagnies avant la mise en place dans la tranchée de départ. En quelques mots, il dit à ses hommes ce que la Patrie attend d'eux, comment et pourquoi ils vont se battre.

Puis un commandement bref : "Présentez, Armes".

Le commandant porte la main à son casque et, d'une voix haute :

"Je salue ceux d'entre vous qui mourront demain".

Le lendemain matin, le commandant POSTH, une des premières victimes du 3e Colonial, tombait frappé d'une balle au front.

Le 25 septembre à 6 heures, le 2e bataillon (Commandant RAUDOT) occupe la face Nord-Ouest de l'ouvrage Pruneau. Il reçoit comme ordre de tenir les tranchées de l'ouvrage pendant l'attaque. Il formera une troisième vague d'assaut, si besoin est.

Les 1er et 3e bataillons accolés forment les 2 premières vagues. Ils ont pour objectifs, le 1er la Justice, le 3e le petit bois de l'Oreille, au Nord-Est de 191. Ils doivent pousser ensuite, si possible, jusqu'à la Dormoise.

Dès le signal de l'attaque donné à 9h15, les hommes bondissent hors des tranchées.

D'un seul mouvement, les 120 000 hommes des IIe et IVe armées s'arrachent à la boue crayeuse et se retrouvent , presqu'au coude à coude, à découvert, sur ce terrain crevé de trous d'obus qui leur semble subitement inconnu. A perte de vue, les vagues d'assaut de nos fantassins se dirigent vers les tranchées ennemies. Un feu terrible les accueille presque au débouché de la parallèle."

"Les Français attaquaient en trois vagues et, en de nombreux points, en cinq épaisse vagues d'assaut, tous habillés de neuf en uniforme bleu clair et casque d'acier. Les officiers, en tête, parfois l'épée au clair. C'était un travail facile pour nos mitrailleuses et notre artillerie" (Historique du 80e RIR)

"Malgré la destruction très incomplète des réseaux, les vagues d'assaut du 3e RIC prennent pied dans les premières tranchées allemandes au prix de très lourds sacrifices.

Le lieutenant-Colonel CONDAMY sort avec la deuxième vague. Il a avec lui son adjoint, le Capitaine Marec, l'Adjudant Faucher et ses agents de liaison. Il arrive jusqu'à la tranchée ennemie et s'y jette au moment où une violente contre-attaque ennemie débouche sur cette position.

"Donnez moi un fusil" demande le Colonel aux soldats qui l'entourent. On lui en passe un.

Il prend place au parapet et ouvre le feu. Mais à peine a-t-il commencé à tirer qu'il reçoit une balle dans la bouche et tombe inanimé au fond de la tranchée. Le Colonel meurt dans les bras de son officier adjoint tandis que l' adjudant Faucher s'effrondre à son tour, frappé au coeur d'une balle.

Le 1er bataillon est en grande partie fauché par les tirs de mitrailleuses.

La 3ème vague (bataillon RAUDOT) renforce les restes du 1er bataillon ; elle parvient à la première tranchée allemande et s'y maintient au prix de lourds sacrifices. Le chef de bataillon RAUDOT, à son tour, est mortellement blessé.

Vers la gauche, le 3e bataillon est plus heureux ; il enlève une partie de la 2ème tranchée à l'Est de 191 et peut s'y maintenir en assurant la liaison avec le 21e RIC ;

Les Allemands, très en force, contre-attaquent à nouveau sur la droite du 3e RIC et parviennent à réoccuper leur première ligne entre l'ouvrage Pruneau et la route de Cernay".

("Les Coloniaux à l'attaque de la Main de Massiges en Septembre-Octobre 1915", Colonel RIGAL Hubert)

Tombé à la tête de son bataillon le 25/09/1915, Henri RAUDOT reçoit une citation posthume et la Croix de Guerre avec palmes.

Sa malle, restituée à son épouse

Déclaré disparu dans un premier temps, sa veuve confirme le 21/11/1915 son décès au CICR (Croix Rouge). Le 31/12/1915, son décès est fixé définitivement par jugement au 25/09/1915.

(courrier du CIDR)

Selon son vœu, le Commandant Henri Raudot a été inhumé au milieu de ses hommes. Il repose à la Nécropole militaire du Pont de Marson, tombe n° 7737, aux côtés du Commandant POSTH, Chef du 1er Bataillon, fauché au même moment.

"Sa veuve étant morte en 1920, leurs 3 enfants sont recueillis et élevés par leur tante Henriette Genêt de Châtenay, veuve du vicomte Henri de Marcé. Adoptés par jugement du tribunal d’instance d’Avallon, à la majorité de la dernière d’entre eux (avril 1936), ils prennent alors le nom de Raudot Genêt de Chatenay.
Amateur d’armes, Henri Raudot a acquis de belles panoplies sur les marchés du Sénégal et de Madagascar, et ramené des meubles du Tonkin. Auteur d’un Rapport d’Inspection générale sur le Soudan (avril 1895), il a laissé une intéressante correspondance (67 lettres) évoquant la vie coloniale, principalement du Soudan et de Madagascar, enfin du Tonkin. Il a pris également de nombreuses photographies (sur plaques de verre).

La guerre a repris 20 ans après, les deux fils du Commandant Raudot, Officiers de reconnaissance divisionnaire en 1940, se sont battus. Mon père encerclé a été fait prisonnier en combattant, lui et son peloton à court de cartouches. Après une tentative d'évasion, il est resté prisonnier 5 ans.

Son frère a été tué en combattant et criant "ils ne m'auront pas vivant", mais la famille (il n'y avait plus que des femmes) a cru qu'il s'en était sorti et qu'il était en Afrique ou en Angleterre. Sa mort n'a été connue que plus d'un an après." (François Raudot de Châtenay, son petit-fils)

Champ de bataille depuis l'emplacement Nord de l'Ouvrage Pruneau. Au loin, l'Arbre aux Vaches et la côte 191.

(Avec l'aimable autorisation de François - Officier de réserve au 13e Dragon parachutiste - et Jean Raudot de Châtenay qui ont rédigé la biographie de leur grand-père)

 

 

MORT POUR LA FRANCE à MASSIGES le 25/09/1915

Gustave BALLOIS, 33 ans

Emancé, SEINE ET OISE

23e RIC

Né le 31/01/1882, fils de Louis Ballois et de Louise Rougeault ; classe 1902, matricule 3627 au recrutement de Versailles.

Profession : journalier

1,49 m ; cheveux châtain clair, yeux verts

Rappelé au 23e RIC le 01/08/1914

Tué à l'ennemi le 25/09/1915 au combat de Massiges. Sa plaque de poignet est restituée à sa veuve.

Primo-inhumé au cimetière N°1de la Place d'Armes à Massiges, ce plan est envoyé à la famille.

Au début des années 20, une loi autorise enfin les familles qui le souhaitent à faire rapatrier le corps de leur fils ou époux. La sienne choisit de le laisser reposer auprès de ses frères d'arme.

En 1923, il est ré-inhumé à la Nécropole militaire du Pont de Marson, tombe n° 3089

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur Alain Ballois, son petit-fils en visite à Massiges avec sa femme)

 

 

DISPARU MPLF à BEAUSEJOUR (borne 16) le 17/02/1915

Elie FOURCROY,31 ans

Samer, PAS-DE-CALAIS

1er RI, 1er Bataillon, 2e Cie

Né le 13/12/1883, fils de Louis et de feue Marie Bailliet ; enfant assisté du département ; classe 1903, matricule au recrutement de St Omer.

1,61 m ; cheveux blonds, yeux gris

Profession : ouvrier cimentier

Ajourné pour faiblesse en 1904, bon pour service au 8e RI en 1905

Rappelé à l'activité au 1er RI le 01/08/1914

(Avec ses frères d'arme)

Depuis le 06/01/1915, son régiment est engagé dans les violents combats de Beauséjour.

"La Champagne - Ferme de Beauséjour" (Sa veuve avait fait faire cet agrandissement qu'elle a conservé toute sa vie)

Le 16/02 la 2e Cie arrive à 17h à la Borne 16 (Est de Beauséjour)

Elie Fourcroy disparaît le 17/02/1915, il laisse une veuve et 3 orphelins. Son décès ne sera prononcé qu'en 1921, une fois tous les prisonniers rentrés. Jusque-là sa famille ne percevra aucune aide.

(Avec l'aimable autorisation de M et Mme Jean-Paul et Jocelyne Sautiere, sa petite-fille, de visite à Massiges en Avril 2017)

 

 

MORT POUR LA FRANCE à Auve suite à la chute de son avion le 02/10/1918

Aimé AESCHBACH, 20 ans

St Etienne sur Chalaronne, AIN

Mécanicien au 2e Groupe d'Aviation, Groupe de combat 21, Escadrille 98

Né le 27/02/1898, fils de Jean Henri Otto Aeschbach et Jeanne Bady ; classe 1918, matricule 185 au recrutement de Bourg-en-Bresse.

Profession : manoeuvre à Lyon, chauffeur auto

La loi du 21/06/1907 fixe la majorité matrimoniale à 21 ans. Contre l'avis de sa famille, Aimé épouse Clotilde Monnery. De cette union naît en Août 1916 une fille.

Incorporé le 17/04/1917 au 171e RI

Classé Service Auxiliaire le 15/05/1917 pour " perte de la vision de l'oeil gauche occlusion pupillaire après irido cydite plastique" ; passé au 36e Régiment d' Artillerie (atelier de chargement de Moulin) le 02/05/1917.

Maintenu Service Auxiliaire apte à faire campagne le 20/09/1917, passé au 2e Groupe d' Aviation le 14/08/1917 à l'Escadrille 85, en subsistance.

Passé de l'Escadrille 85 à la 95 (il conserve son fusil)

(Carnet de comptabilité du 85)

 

Passé le 21/12/1917 à l'Escadrille 98 SPAD (stationnée depuis juillet 1918 à Chailly-en-Brie, 77) qui participe aux opérations de la grande offensive finale, constamment au-dessus des champs de bataille de Picardie et de Champagne.

 

Sa toute dernière permission...

 

Très grièvement blessé le 01/10/1918 suite à la chute de son avion, il meurt des suites de ses blessures reçues en service commandé le lendemain à 01h20 à l' ambulance 9/5 d' Auve (Marne).

(Carnet de comptabilité en Campagne de l'Escadrille 98)

(Billet d'hôpital)

Rejetées par la famille du soldat, sa veuve sera contrainte d' abandonner leur petite fille.

Aimé AESCHBACH est inhumé à la Nécropole Militaire du Pont de Marson, tombe n° 6892

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur François Michel Violland, son petit-fils, venu lui rendre ce magnifique hommage en avril 2017)

 

 

Blessé et fait prisonnier secteur Beauséjour-Maison de Champagne le 25/09/1915

Marcel DUPAS

Chantenay, LOIRE INFERIEURE

Caporal au 146e RI, 2e Bataillon, 5e Cie, 7e Escouade

(En captivité)

Né le 08/08/1894, fils de feu Pierre Jean et de Rose Rabu ; Classe 1914, matricule n° 2411 au recrutement de Nantes.

1,62 m ; cheveux châtain foncé, yeux marrons

Profession : entrepreneur en peinture

Incorporé au 146e RI à compter du 11/09/1914 ; nommé Caporal le 12/12/1914

" 14 bon pour le service"

Marcel Dupas tient un carnet de guerre :

"Parti de Castelnaudary pour le front le 02/02/1915"

"il n'y a pas moyen de dormir tellement il y a de poux, toutes les nuits nous faisons la chasse aux rats et aux souris qui ne veulent pas nous laisser dormir." (21/04/1915)

Evacué le 02/05/1915 pour "courbatures fébriles", Maurice Dupas est hospitalisé à l' hôpital complémentaire n°38 de Deauville jusqu'au 19/05/1915.

En permission : "le 21 j'arrive à Nantes le jour de la mort de mon frère, j'obtient une prolongation de huit jours."

"Le 4 juin, je repart de Nantes pour me rendre au dépot de Castelnaudary et j'y reste jusqu'au 7 août"

"Le 7 août je repart pour la deuxième fois sur le front"

Bivouac dans le bois d'Herpine (Marne) : "nuit bien triste il a tomber de l'eau toute la nuit un froid de loup"

Marcel Dupas (le seul qui ne regarde pas l'objectif) avec son escouade : les soldats Ramage, Dudiot, Le Gall, Mathieu, Boit, Chol, Lespourery, Olivier, Janin et Michon.

 

Le 31/08/1915 : le 2e Bataillon se rend à la borne 16 (route de Massiges à Mesnil) par Wargemoulin

"nous nous trouvons entre Beau-séjour et Massiges" (secteur K)

"Le 1er-2-3- : tranchées de 1ère ligne tournée passable"

Le 2e Bataillon est occupé à creuser des sapes (russes?) à élargir les tranchées de 1ère et 2e ligne. Les réseaux de fil de fer sont tendus dans le ruisseau du ravin du Fer de Lance (JMO)

"Le 4 : première ligne à 15 heures. nous sommes relever nous descendons derrière la crête et à 19 heures nous allons travailler entre les lignes ennemies et les nôtres de même pendant quatres nuits il n'y fait pas bon du tout pas trop de pertes".

"Le 5 : occupe abris borne 16"

"Le 8 : à 9 heures nous sommes relever, nous faisons 15 km pour arriver à Hans où nous sommes au repos pour plusieurs jours"

Le 9 : Tous les hommes sont pourvus du casque métallique. Le 146 reçoit l'ordre de construire 160 échelles de franchissement (JMO)

"Le 17 au soir nous remontons à Minaucourt en attendant l'attaque la nous sommes bombardés tous les jours le bataillon subit d'assez fortes pertes".

"Le 24 : nous nous remontons en 3e ligne à la borne 16"

Attaque du 25 septembre 1915 :

(Extrait du JMO)

Témoignage de Marcel Dupas :

"Le 25 à 3 heures du matin nous montons en première ligne attendant l'heure de l'attaque.

Il y a d'abord eu des préparations d' artillerie les pièces de tous calibres crachent démolissant les tranchées ennemies, ce n'est plus qu'un nuage de feu et de fumée qui couvre le terrain et cela pendant 72 heures nous en sommes tout abruti. Le génie fait sauter plusieurs mines les débris de toutes sortes sont projetés en l'air".

(Suite et transcription de son témoignage après les photos de son carnet)

"Une heure avant l'attaque l'artillerie cesse pendant qu'elleques minutes. tout le monde aux créneaux nous faisons des feux violents l'ennemie riposte alors l'artillerie reprend de nouveau causant des pertes à l'ennemie par ses tirs de barrages pendant ce temps chacun prépare son coin pour sortir de la tranchée. A 9h1/4 le commandemant de en avant est donné tout le monde sort de la tranchée comme un seul homme les clairons sonnent la charge et tous nous lançons à l'assaut des tranchées, sous le feu de qu'elleques mitrailleuses cachées dans le fortin que l'artillerie n'a pas complètement démoli qu'elques un des notres tombe,t . Nous prenons pied dans les premières lignes, il y a grand nombre de cadavres allemands. Dans la mêlée, je me trouve perdu de ma compagnie avec qu'elques hommes de mon escouade, nous continuons à avancer, faisant des prisonniers ; l'ennemi essaye de nous contourné mais ne réussit pas, nous poursuivons toujours quand à qu'elques kilomètres nous sommes arrêtés par les artilleurs d'une batterie qui ne veulent pas se rendrent et tirent toujours nous prenons la batterie d'assaut faisant encore des prisonniers ; je trouve le capitaine JEAN de mon régiment déjà blessé à la lèvre, il me demande si j'ai de quoi boire dans mon bidon je lui donne un 1/2 quart de vin nous continuons la marche en avant en nous déployant en tirailleurs, là le capitaine nous quitte me disant qu'il allait voir si le régiment était à notre droite,

au bout d'un instant les mitrailleuses balayent le terrain la position étant intenable en rampant je gagne un bout de boyau qui se trouvait en avant de nous mes camarades me suivent malheureusement il en reste sur le terrain, nous sommes à peut près une quinzaine. Vers les cinq heures l'ennemie contre attaque nous entendons crier sauve qui peut ceux qui veulent se replier restent allonger sur le terrain nous sommes obligés de rester nous nous défendons jusqu'au bout, l'ennemi arrive sur nous et de dessus le boyau nous tir dessus à bout portant et continuent leur chemin. Quand je me relève je me trouve au milieu de cadavres, mes camarades étaient morts les uns sur les autres dans le font du boyau un des notres blessé arrive avec deux soldats allemands ils nous emmènent dans un poste de secours où je reçois les premiers soins, j'y reste jusqu'au 27 au soir, dans ces deux jours je n'ai manger qu'une fois le dernier jour dans la nuit du 27 au 28 j' embarque dans un chariot avec des camarades et un blessé allemand, à 11 heures nous arrivons à Vouzier (s), à 10 heures du soir nous embarquons en chemin de fer, le 29 à midi nous arrivons à Sedan".

"Blessé le 25 septembre à 5h soir parti du poste de secours le 27 parti de Vouzier le 27 à 11h soir. Arrivé à Sedan le 28 à 12h matin. Parti de Sedan le 3 à 4h soir arrivé à Limburg le 29 à 9h soir à l'hopital sorti de l'hopital le 12 novembre pour le camp".

Marcel Dupas, blessé, est fait prisonnier le 25/09/1915 dans le secteur du bois de demi-lune et de Maison de Champagne.

"Limburg le 1 novembre 1915 (reçu le 25 novembre)

Chère mère

J'attends toujours de tes nouvelles j'espère bien en avoir cette semaine.

Jusqu'ici je ne te donnais pas de détails, ce n'est pas de ma faute car je ne pouvais pas écrire, mais à présent que je vais beaucoup mieux je t'en dirais plus long.

J'ai été fait prisonnier le 25/09 au soir. Comme blessures j'en avait quatres ; une balle dans le cou, une dans la main droite une dans le bras droite et une légère blessure au pied gauche je suis toujours à l'hôpital mais je suis presque guérit.

Aujourd'hui le jour de la Toussaint ; c'est un jour bien triste pour vous, mais pour moi aussi car j'aurais voulu être parmi vous et aller faire une prière sur la tombe de nos pauvres défunts aussi ce matin à la messe j'ai prier pour eux.

(...) ce que je te demanderais c'est une chemise des chaussettes et un caleçon car je n'ais plus rien. je te demanderais aussi un képi, mais pas un fantaisie car je suis tête nue.

Je te demanderais aussi un peut d'argent si tu peux sans te gêner, car au camp il y a bien des choses telle que tabac, sucre et bien des petites choses (...)

Ton fils qui t'embrasse

Marcel

P.S. J'oubliais mon chandail mais il faudra coudre un signe qu'elconque, sans quoi on y mettrais de la peinture par exemple une grande croix rouge dans le dos."

(En captivité)

Marcel Dupas tient la comptabilité des correspondances reçues :

interné à Giessen (A.0), Marcel Dupas est rapatrié le 10/12/1918

 

Les années passent...

Devant son café, Marcel DUPAS en famille, le 2e en partant de la gauche. Il tient sa fille Colette dans ses bras.

 

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur Marc DUPAS, son petit-fils, en visite avec son épouse à Massiges le 01/05/2017)

 

Ajouts d' Avril 2017 :

MPLF à MASSIGES le 27/09/1915

Raoul CAUSSE, 33 ans

Albi, TARN

Agent de liaison au 15e RI, 3e Bataillon, 10e Cie

Né le 19/03/1882, fils de Justin et de Germaine Mercier ; classe 1902, matricule 730 au recrutement d'Albi.

Profession : employé de commerce résidant à Paris

1,70 m ; cheveurs noirs, yeux gris

Ajourné pour faiblesse en 1903 ; classé service auxiliaire pour "myopie supérieure à 6 dioptries" en 1904.

Employé de chemin de fer à Conakry (Guinée française) en 1910

Suite à la mobilisation générale du 02/08/1914, Raoul Caussé est classé en service armé et affecté au 15e Régiment d'Infanterie d' Albi.

En Mai 1915, du fait de sa mauvaise condition physique, Raoul Caussé adresse ce courrier (extraits retranscris ci-après) à un Chanoine, espérant son appui pour ne plus être fantassin :


"Je m'empresse de vous remercier tout d'abord pour les félicitations que vous m'adressez à l'occasion de la naisance de ma petite fille, pour la place que vous réservez dans vos prières à ma jeune famille et pour les voeux de bon retour que vous formulez pour moi-même et qui je l'espère pourront grâce à Dieu se réaliser bientôt. J'ai remis hier votre lettre à Monsieur l' Aumonier Combès qui a été très heureux de vous lire et qui m'a assuré à nouveau de son bienveillant appui. Il a fait le nécéssaire aussitôt. Je ne connais pas encore le résultat de sa démarche. (...)
J'espère que votre recommandation et l'intervention de monsieur l'Aumonier pourront me rendre grand service (...) A cause de mes mauvaises jambes qui ne me permettent que très difficilement de suivre la compagnie dans ses déplacements, je serais heureux de pouvoir être attaché à un emploi qui me libèrerait du chargement du fantassin sans m'empêcher de rendre consciencieusement des services."

(lettre de Raoul Caussé)

En septembre 1915, le 15e RI est engagé dans la Grande Offensive de Champagne :

Principaux extraits du JMO :

Le 25/09/1915, le Régiment s'engage dans les boyaux conduisant au Promontoire (Côte 180) 1km au Nord-Ouest du Pont de Minaucourt. Il arrive vers 11h sur la Côte 180 et stationne sur les pentes Sud jusque vers 17h.

Il reçoit l'ordre de tenir le front entre le Bois demi-lune et l' Index de la Main de Massiges pour combler le vide entre le 1er Corps Colonial et le 20e Corps et participer à une attaque générale avec comme objectif le Mont Têtu.

Les 1er et 2e Bataillons tiennent les tranchées de l'Index conquises par les Coloniaux qui y avaient subi de très fortes pertes, le 3eme Bataillon est maintenu sur les pentes Sud-Ouest de l'Index.

Le 26/09/1915 : à 3h du matin, le 3e Bataillon relève un Bataillon de Coloniaux (10e Cie au Sud du Bois Valet, immédiatement derrière la 9e Cie). A 9h le 3e Bataillon est désigné pour attaquer le Mont-Têtu avec 3 Cies en 1ère ligne : la 9e Cie sur la croupe au Nord du Bois de l' Arc, la 10e sur la croupe au Sud-Est du Bois des Kamarades, et la 11e dans le Ravin et sur la pente Nord de l'Index.

Le mouvement des 9e et 10e Cies est enrayé dès le début par des feux de mitrailleuses et de mousquetterie partant du boyau de Moltke et particulièrement des points 640-641-642. A 14h30, les 9e, 10e et la 4e Cies soutenues par la 3e Cie attaquent dans la direction générale 637 et arrivent d'un bond dans le boyau de Moltke.

Octave BARRE de la 9e Cie, est porté disparu (portrait en ligne dans Régiments Infanterie 1-50e)

Les éléments avancés arrivaient au Mont Têtu et occupaient tranchées allemandes ou boyaux.

L'objectif, le Mont Têtu est atteint et on s'installe sur les positions conquises .

Le 27/09/1915, l'attaque de la Ferme Chausson devait être conduite à 14h par la 64e Brigade, 2 Bataillons du 143e ri, et le 2e Bataillon du 15e ri (en appui au Sud-Ouest du Mont Têtu).

Les 1er et 3e Bataillons de 1ère ligne du 15e ri sont en réserve de brigade, sur la pente Nord du bois des Kamarades. A 13h30 environ, ils sont remplacés par un Bataillon du 143e ri (désigné par l'attaque) et viennent occuper la tête du Ravin du Bois des Kamarades.

L'assaut bien mené coûtait des pertes assez importantes.

Le 3e Bataillon reste en réserve de Brigade au Bois des Kamarades, sous un bombardement violent. (JMO du 15e RI)

A 21h, Raoul Caussé est tué par un éclat d'obus alors qu'il portait assistance à un frère d'arme. Il est inhumé sur place par ses camarades.

Le 16 octobre 1915, le soldat Rolland témoigne de son décès :

"(...) Raoul Caussé a été tué le 27 septembre au soir par un obus au moment où il conduisait au poste de secours un de nos camarades de la liaison le maréchal des Logis Simon légèrement blessé et que ce même obus blessa une seconde fois très gravement. Prévenu 1/2 heure après je me rendis sur les lieux avec Alazard l'ami Granier caporal fourrier à la Cie des mitrailleuses de la Brigade. Caussé ne bougeait plus. Nous transportames Simon environ 400 m sur un brancard et le confiames à des brancardiers rencontrés alors. Nous retournames près de Caussé. Depuis sa blessure il n'avait d'après ce que nous dit Simon ni bougé ni crié. Il était encore dans la position où l'avait jeté l'éclatement. En le tournant il me sembla entendre un soupir et sentir de faibles pulsations. J'allai chercher des brancardiers, ils arrivèrent 5 minutes après il était mort. J'ai alors pris dans ses poches tous les papiers et les objets qu'elles contenaient et les ai remis au Capitaine Salles de l'E.Ma de la 64e Brigade qui doit les faire parvenir dans quelques temps à la famille. J'ai ensuite mis le corps sur le côté de la route pensant l'enterrer le lendemain matin. Il était impossible de lui rendre les derniers devoirs à ce moment-là à cause de la nuit noire et des obus qui tombaient à proximité. Blessé moi-même le lendemain matin tout près de l'endroit où il était tombé je n'ai pu terminer ma tâche et ne sais pas ce qui a été fait. (...) Rolland"

Courrier suivi de la lettre de l'Aumonier Combès adressé au Chanoine (tous deux cités par Raoul Caussé dans son courrier de Mai 1915) : elle illustre toute la désespérance, le sentiment d'impuissance mais aussi la force de l'engagement des aumoniers militaires au plus près des hommes dans les tranchées.

"Bois Colombes Hôpital auxiliaire N°236

Cher Monsieur le Chanoine
Je viens de recevoir à l'instant à l'hôpital où voilà dix jours que j'ai été évacué pour fatigue commontion et ébranlement nerveux le télégramme que vous m'avez envoyé. Vous comprenez donc pourquoi je n'ai pu plus tôt y repondre. Je le fais aujourd'hui le coeur brisé, car la plupart des amis officiers et soldats que j'avais à mon cher régiment sont morts. Et la peine que j'en ai eue a autant de part que les obus allemands sont mon état de souffrance. Hélas vous avez deviné ma réponse. Votre ami et le mien a été tué.
Le poste-commandement, la brigade où il se trouvait prêt à porter de ci de là des ordres pressés était furieusement bombardé. A un moment un obus blesse un de ses camarades. Il s'offre généreusement et héroiquement pour le conduire en le soutenant au poste de refuge où je me trouvais. Il fallait pour cela longer pendant deux cent mètres un ravin - le fameux ravin de l'Etang - affreusement battu par l'artillerie ennemie qui y dirigeait sans discontinuer des tirs de barrage.
Son geste était bien beau mais bien dangereux. A peine avait-il fait cinquante mètres le cher enfant qu'une rafale arrive et l'étend à côté de son camarade.
On l'a enseveli non loin de l'endroit où il est tombé. Ses parents pourront venir prier sur sa tombe. Je n'ai pu le faire moi-même comme je l'aurais voulu car le canon allemand s'acharnait à barrer la route. Mais j'ai pu l'identifier et marquer l'endroit où il repose, comme je me suis fait un devoir de dire la messe à son intention dès que le régiment a été évacué en arrière et que j'ai pu célébrer. A mon arrivée à Albi bien cher ami je vous donnerai tous les détails que ma tête endolorie ne peut aujourd'hui réussir à préciser. Croyez que mon chagrin est immense et que la famille du cher disparu peut être sûre de toute mon affectueuse et désolée sympathie.
Priez pour moi j'ai besoin de Dieu pour bien me remettre et continuer à soulager les malheureux. Permettez-moi de vous embrasser filialement
G.Combès
aumonier militaire 15eme d' Infanterie
Hôpital auxiliaire N°236 à Bois Colombes (Seine)
"

(Lettre de l' Aumonier Combès)

Un secours de 150 fr immédiat est versé à sa veuve le 01/04/1916. Elle recevra l'émouvante visite de Simon, secouru par son mari et qui a survécu à ses blessures et à la guerre.

Citation posthume de Raoul Caussé : "S'est proposé d'accompagner un camarade blessé au poste de secours sous un fieu violent d'artillerie, a été tué à ses côtés en accomplissant son devoir le 27 septembre 1915 à la Main de Massiges".

Dans ce secteur aussi bouleversé par les obus, sa sépulture perd rapidement tout marquage et tombe dans l'oubli du temps...

Très probablement relevé dans les années 50 par les agriculteurs au moment du la remise en culture des parcelles, il repose aujourd'hui dans l'un des ossuaires ou dans la tombe d'un soldat inconnu de la Nécropole Militaire du Pont de Marson à 2-3 kms à peine de sa première sépulture.

Son fils âgé de 6 ans au moment de son décès - comme nombre d'enfants de soldats - s'enfermera dans le silence ; dans les années 70, son petit-fils se rendra seul, en train, à Massiges pour tenter de retrouver le lieu d'inhumation de son grand-père. De retour chez lui, il n'a jamais raconté cette journée à son épouse et s'il a atteint Massiges, de sa déception de ne rien avoir retrouvé du champ de bataille...

Sa famille n'a jamais abandonné l'espoir de le retrouver : samedi 15 avril 2017, sa petite-fille par alliance, son arrière-petite fille accompagnée de son époux et de leur fils, se sont rendus à Massiges sur le champ de bataille, au plus près de Raoul Caussé. A cet instant, l'espace de quelques minutes, le ciel a versé des larmes de pluie...

"Raoul Caussé, agent de liaison à la 64e Brigade du 15e d'Infanterie, cité à l'ordre de l'Armée"

Croix de guerre


(Avec l' aimable autorisation de la famille Caussé-Ville)

 

 

Grand-père paternel de notre bénévole Robert BEAUFRERE : "Massiges devait occuper une place en moi, le lien avec mon Grand-Père que j'ai connu jusqu'à l'âge de mes 12 ans".

 

Victor Marie NAIL, 4e Bataillon de Chasseurs à Pied

St-Paterne, INDRE ET LOIRE

(Jour de son mariage, Octobre 1919)

Né le 07/07/1894, fils de Eugène Arthur et de Marie Christine Cormery ; classe 1910, matricule 452 au recrutement de Tours. Un de ses frères, Octave - soldat au 21e RIC - combat lui aussi à Massiges en septembre 1915 (une page lui est consacrée dans 21e-23e RIC de la Mémoire) 

Epargnés tous les 2 lors de cette terrible offensive, Octane Nail ne rentrera pas, il décède le 15/09/1918 à Krivitza en Serbie.

"Mes arrières Grands-Parents avaient 5 fils à la guerre : 2 ont été tués (Octave, et Emile Valentin MPLF à Signeulx (Belgique) le 22 août 1914), 1 fait prisonnier depuis mars 1916 (mon grand-Père Victor Marie) et 2 blessés avec des incapacités pensionnées.

1,60 m ; cheveux châtain noir, yeux marron clair

Profession : cultivateur

Incorporé au 82e RI le 06/09/1914, passé au 79e RI le 28/12/1914

Passé au 4e B.C.P le 05/01/1915, il combat en Champagne de septembre à décembre 1915 :

Le 20e Corps d'Armée a pour mission d'enlever l'ouvrage de la Défaite et d'atteindre coûte que coûte la Dormoise entre Ripont inclus et le Moulin de Ripont.

Les pertes sont lourdes sur 1405 hommes : " 29 officiers engagés,  23 tués, blessés ou disparus et 600 hommes de troupe, tués blessés ou disparus".

"Il est presque certain que tous les blessés restés dans les lignes allemandes ont été achevés."

 

"En résumé, par l'assaut du 27 septembre, 600 mètres de terrain ont été conquis par le 4e B.C.P. en avant du boyau de Posen, sans qu'il fût aidé à sa droite par le 2e B.C.P. qui n'étant pas en place n'a pu attaquer." (JMO du 4e B.C.P)

Pendant la nuit du 27-28 septembre, le Bataillon organise le terrain conquis....

Le 9 octobre, le 4e BCP en réserve, rampant du ravin de Marson à 19 heures, viendra par les boyaux C7 et C9 au Fortin de Beauséjour et au Bastion, P.C. au Fer de Lance.


Victor Marie NAIL quitte le secteur le 18/12/1915, il est fait prisonnier dans l'offensive du 26/02/1916 à Vaux-Douaumont.

 

(Avec l'aimable autorisation de Robert Beaufrère, son petit-fils)

"La persévérance, c’est ce qui rend l’impossible possible, le possible probable et le probable réalisé."

 

 

MPLF à MASSIGES le 06/10/1914
Valentin Alphonse PANIS
Saint-Michel-Labadie, TARN
Soldat de 1ère classe au 8e RIC

Né le 07/05/1886, fils de feu Antoine et de Marie Panis ; classe 1906, matricule 1280 au recrutement d'Albi.
Profession : Cultivateur
1,70m, cheveux châtain foncé, yeux bleus

Incorporé le 09/10/1907 au 15e RI, soldat de 1ère Classe le 02/11/1908
A épousé en 1913 Sylvie Félicie Feral
Rappelé sous les drapeaux au 8e RIC le 03/08/1914

Citation : "Tué à l’ennemi le 06/10/1914 à Massiges, a fait vaillamment son devoir dès les premiers combats de la campagne".
Croix de Guerre avec Etoile de Bronze

Pas de sépulture connue.
Secours immédiat de 150 fr payé à la Veuve le 23/11/1914

"Son fils Albert naît le 16/10/1914 soit 10 jours après la mort de son père : Félicie se retrouvant Veuve à 21 ans, elle a dû se placer comme servante chez le Curé du village, elle y est restée toute sa vie, c’était une personne charmante mais un peu taciturne. Elle n’a jamais parlé de son mari et nous pensons qu’il est resté dans les terres de Massiges." (Mme Panis Francine épouse du petit-fils)



Félicie Panis, sa veuve
(Avec l’autorisation de Mr et Mme Jean Claude Panis son petit-fils)

 

 

MORT POUR LA FRANCE à VILLE-SUR-TOURBE le 25/09/1915
Georges PANCOL
Villars-en-Pons, CHARENTE-INFERIEURE
Lieutenant au 3e RIC, 4e Cie

Né le 07/06/1888, fils de Jean Emile et de Alice Aurélie Verneuil ; 1 sœur Lilie et un frère Louis avec lesquels il a échangé beaucoup de courriers ainsi qu’avec ses parents.
Classe 1908, matricule 2321 au recrutement de Bordeaux
Profession : Etudiant à l’Ecole Coloniale où il sera reçu premier ; écrivain
Licencié ès Lettres en 1906, licencié en Droit en 1908
1,66m, cheveux blonds, yeux verts, nez pointu


Engagé volontaire pour 3 ans le 21/03/1905, Engagé Spécial à Bordeaux le 07/10/1907
Nommé Caporal le 11/03/1908, Elève Officier de réserve le 01/10/1908
Promu Lieutenant de réserve le 29/09/1909

Fiancé à une jeune Anglaise Winnie rencontrée en 1911 en Angleterre.

Parti pour Hanoï (Indochine) en novembre 1913
Passé au 1er Régiment de Tirailleurs Tonkinois à Hanoï le 19/02/1914


A la déclaration de la guerre, il demande de rentrer pour participer au sacrifice commun
Affecté le 08/08/1914 au 10e RIC comme Sous-Lieutenant
Nommé Lieutenant le 09/09/1914
Passé au 3e RIC par suite de la suppression du 10e RIC le 12/12/1914

3 jours avant sa mort, il écrit à Winnie :

La veille de sa mort, à un ami :


Citation : "Tué glorieusement le 25/09/1915 en entrainant sa Compagnie à l’assaut des tranchées Allemandes devant Ville-sur-Tourbe".

Primo-inhumé au Cimetière Militaire de Virginy, il est transféré en 1923 à la Nécropole Nationale
du Pont de Marson tombe n°4060


(Merci à Mr Pierre SAVIN, adhérent de l’Association)

 

 

MORT POUR LA FRANCE à VILLE-SUR-TOURBE le 25/09/1915
Gilbert Eugène FAVREAU, 32 ans
Vouillé-les-Marais, VENDEE

3e RIC

(Avec son épouse en 1912)


Né le 13/03/1883, fils de Gilbert et de Marie Angibaud ; Classe 1903, matricule 1475 au recrutement de Fontenay-le-Comte.
Profession : Propriétaire
1,79m, cheveux bruns, yeux roux

Incorporé le 16/11/1904 au 137e RI, soldat Musicien le 21/05/1905

A épousé en 1912 Ernestine Maria Priouzeau : 2 enfants, Gilbert et Eugénie.
La même année, a pris par acte en fermage la Cabane de l’Aventure appartenant à Mr le Vicomte de Pomereu.


Mobilisé au 3e RIC le 02/08/1914, Gilbert Favreau est porté disparu au combat du 25/09/1915 lors de la Grande Offensive de Septembre.

La découverte de son corps-probablement dans les mois qui suivent-permet de dresser l'acte de décès.

Inhumé à La Nécropole du Pont de Marson, tombe n°3185

(Avec l’autorisation de Mr Pierre SAVIN son petit-fils, adhérent de notre Association, en visite à Massiges en Septembre 2015)

 

DISPARU MPLF à MASSIGES le 25/09/1915
Jules Louis MENAGER
Houx, EURE ET LOIR
23e RIC, 10e Cie


Né le 20/06/1893, fils de Louis Ernest et de Rosalie Loury ; 1 frère et 2 sœurs.
Classe 1913, matricule 867 au recrutement de Dreux.
Célibataire
Profession : Charretier
1,54m, cheveux noirs, yeux châtain foncé

Incorporé le 15/12/1914 au 23e RIC
Disparu à Massiges le 25/09/1915
Citation : "Tombé glorieusement pour la France le 25/09/1915 à Massiges en faisant tout son devoir."

Croix de Guerre avec Etoile de Bronze

(Avec l’autorisation de son petit-neveu Mr Olivier Magnani)

 

 

MORT POUR LA FRANCE à VIRGINY le 25/09/1915
Gabriel Aimé BOURBON, 34 ans
Scorbé-Clairvaux, VIENNE
Sergent au 3e RIC

Né le 19/06/1881, fils de Sincère et de Alphéna Menoux ; 1 frère et 1 sœur.
Classe 1901, matricule 36 au recrutement de Chatellerault
Profession : Agriculteur
1,62m, cheveux châtains, yeux marron
Marques particulières : Tatouage sur l’avant bras gauche en avant.

Engagé Volontaire pour 3 ans le 03/04/1900 pour le 4e RIC
Passé au 3e Bataillon de marche d’Extrême Orient le 04/07/1900
Passé au 16e RI de Marine le 01/10/1900, puis au 8e RIC le 24/05/1901
Soldat de 1ère Classe le 16/07/1902
Rengagé pour 2 ans le 17/11/1902, passé au 11e RIC le 02/01/1903
Nommé Caporal le 29/04/1903
Passé au 12e RIC le 01/07/1904
Rengagé pour 1 an le 17/12/1904 et pour 5 ans le 05/09/1905
Passé au 7e RIC le 07/02/1906, puis au 16e RIC le 30/09/1909
Rengagé pour 4 ans le 26/01/1911
Nommé Sergent le 01/04/1912
Passé au 6e RIC le 01/12/1912

A épousé en 1913 Armance Ferger : pas d' enfant
Passé au Bataillon du Moyen Congo le 23/01/1914, puis au 3e RIC le 28/06/1914

Tué à l’ennemi le 25/09/1915 à Virginy
Inhumé à la Nécropole du Pont de Marson à Minaucourt tombe n°4422
Médaille Commémorative de l’Expédition de Chine 1900-1901


(avec l’aimable autorisation de Mr Christian Pouffarin, son petit-neveu)


 

MORT POUR LA FRANCE à MINAUCOURT le 20/09/1915
Josué Julien ROZAND, 34 ans
Rochefort-Samson, DROME
22e RIC

Né le 15/11/1880, fils de Frédéric Germain et de Marie Bonnardel ; un frère Ferdinand MPLF en 1918 à Sézanne.

Classe 1900, matricule 259 au recrutement de Romans.
Profession : Cultivateur
1,68m, cheveux châtains, yeux gris
Appelé à l’activité le 16/11/1901 au 8e RIC, passé le 16/12/1902 au 24e RIC

A épousé en 1905 Marie Hernulle : ils ont eu 1 fille et 2 fils

Mobilisé au 22e RIC le 01/08/1914
Blessé le 24/02/1915
Tué à l’ennemi le 20/09/1915 à Minaucourt, Josué ROZAND est inhumé dans la Nécropole du Pont de Marson tombe n° 1134.


(Avec l’aimable autorisation de son petit-fils Mr Rozand et de son épouse ; la belle-fille du soldat vit encore, elle a 93 ans)

Mme Rozand a écrit une citation du Général Charles de Gaulle : « Il n’y a qu’une fatalité, celle des peuples qui n’ont plus assez de forces pour se tenir debout et qui se couchent pour mourir.
Le destin d’une Nation se gagne chaque jour contre les causes internes et externes de destruction. »

 

 

MORT POUR LA FRANCE à MASSIGES le 04/02/1915
Marius Jean LAGARDE
Vals-les-Bains, ARDECHE
Caporal au 4e RIC, 4e Cie


Né le 19/11/1893, fils de Marius Joseph et de Blanche Baume ; 1 frère
Classe 1913, matricule 363 au recrutement de Privas
Profession : Cultivateur
1,73m, cheveux et yeux châtains

Incorporé le 26/11/1913
Nommé Caporal le 06/12/1914
Tombé au Champ d’Honneur le 04/02/1915 à Massiges-Virginy


(avec l’aimable autorisation de Mme Florence Thomas)

 

 

DISPARU MPLF à BEAUSEJOUR le 24/02/1915
François Martin CAROL, 24 ans
Prades, PYRENEES-ORIENTALES
Caporal au 22e RIC

Né le 19/03/1890, fils de feu Martin et de feue Marie Romeu (tuteur : Me Joseph Cayrol) ; 3 frères et 1 soeur.

Classe 1910, matricule 1319 au recrutement de Perpignan puis de Tananarive (Madagascar) n°7

Profession : Peintre
1,58m, cheveux et yeux noirs, front moyen, nez vexe, visage plein,
Renseignements complémentaires (!) : Teint basané, nez tordu à gauche, lèvres minces, bouche grande, menton fuyant, lobe de l’oreille non collé, oreilles peu ourlées, oreilles écartées, sourcils sous les yeux légèrement saillants, cicatrice au niveau de la 4e vertèbre à 1cm à gauche de la médiane.

Incorporé le 01/10/1911 au Bataillon de l’Infanterie Coloniale de l’Emyrne à Tananarive
Embarqué à Tamatave le 28/10/1912

Mobilisé le 04/08/1914, passé le 23/11/1914 au 22e RIC
Nommé Caporal le 23/11/1914
Disparu à Beauséjour le 24/12/1915

(avec l’aimable autorisation de Mr Michel Surre son petit-neveu)

 

 

DISPARU MPLF à MINAUCOURT le 26/09/1914
Hervé Charles GUERNIC
Scaer, FINISTERE
Sergent au 2e RIC

Né le 12/05/1889, fils de feu Jean et de Julienne Le Goff ; Soutien de famille, père décédé, 7 sœurs et 3 frères
Classe 1909, matricule 2063 au recrutement de Quimper.
Profession : Valet de chambre
1,76m, cheveux blonds, yeux bleus
Célibataire

Incorporé le 05/10/1910 au 76e RI de Paris
Nommé Caporal le 19/06/1911 puis Sergent le 20/09/1912
Mobilisé le 04/08/1914 au 2e RIC

Citation : "Tombé glorieusement pour la France dans l’accomplissement de son devoir le 26/09/1914 à Minaucourt".
Croix de Guerre avec Etoile de Bronze


(avec l’aimable autorisation de Mme Florence Goutin sa petite-nièce)

 

 

DISPARU MPLF à Suippes le 29/09/1915
Pierre dit Adrien BADET
Laluque, LANDES
3e RIC

Né le 29/12/1895, fils de Jean et de Marie Dupuy ; 1 soeur et 1 frère.
Classe 1915, matricule 1581 au recrutement de Mont de Marsan
Profession : Maçon
Célibataire
1,61m, cheveux et yeux châtains

Incorporé le 15/12/1914 au 3e RIC, Adrien BADET combat en février 1915 au Fortin de Beauséjour et à Ville-sur-Tourbe en mai.
Passé le 01/05/1915 au 2e RIC


Tué à l’ennemi à Suippes le 29/09/1915

Croix de Guerre avec Etoile de Bronze
Secours de 150 Frs accordé à Mr Badet père le 30/01/1916


(avec l’aimable autorisation de Mr Philippe Dupouy, son petit-neveu)

 

2 amis d’enfance, habitant le même village, fiches matricules 516 et 517 au recrutement de Pont st Esprit, classe 1914. Incorporés le 04/09/1914 au 10e RA à pied puis passés le 14/10/1914 au 8e RIC.

DISPARUS MPLF à MASSIGES le 04/02/1915
Marius Maurice SALEL et Léopold Joseph SAUTEL, 20 ans
Laurac, ARDECHE
8e RIC


Marius SALEL né le 01/11/1894, fils de Marius Salel et Emilie Bertrand ; 1 frère.

1,77m, cheveux châtain clair, yeux marrons
Profession : Cultivateur. Célibataire.

"Tombé glorieusement au Champ d’Honneur le 04/02/1915 à Massiges."
Croix de Guerre avec Etoile de Bronze


Léopold Joseph SAUTEL né à Rosières le 20/10/1894, fils de Jean Joseph et de Marie Sautel ; 2 soeurs.

1,70m, cheveux châtain clair, yeux marrons
Profession : Cultivateur. Célibataire.

Disparu le 04/02/1915 à Massiges


(avec l’aimable autorisation de Mr Bernard JALLES de Laurac qui recense les combattants de son village)

 

 

MORT POUR LA FRANCE secteur de MESNIL-LES-HURLUS le 01/07/1915
Louis BERTHIER
Saint-Micaud, SAONE ET LOIRE
4e RIC


Né le 05/10/1886, fils de Henri Berthier et Claudine Vittaut, 4 sœurs et 2 frères
Classe 1906, recrutement de Châlons-sur-Saône
Profession : Manœuvre
1,61m, cheveux châtains, yeux gris bleus

Incorporé le 08/10/1907 au 85e RI
Engagé volontaire le 04/11/1912 pour 2 ans au titre du 4e RIC du Maroc
Passé au 6e Bataillon Colonial le 29/12/1912 puis au 22e Bataillon Colonial le 28/10/1914
Tué à l’ennemi dans le secteur du Mesnil le 01/07/1915


(avec l’aimable autorisation de Mme et Mr Bey, ses petite-nièce et petit-neveu)

 


MORT POUR LA FRANCE à MINAUCOURT, Ferme de Confrécourt, le 26/09/1914
Chef de Bataillon, Firmin BOBO, 49 ans
Baixas, PYRENEES-ORIENTALES
24e RIC

Né le 25/09/1865, fils de Auguste et de Catherine Boher ; Classe 1885, matricule 372 au recrutement de Perpignan.
Profession : Militaire de carrière, Commandant en Chef d’Etat Major de la 2e Division d’Infanterie Coloniale,
Elève de l’Ecole de St Cyr
1,59m, cheveux et yeux châtains

Engagé volontaire pour 5 ans le 25/10/1884 à la Mairie de Perpignan
Nommé Sous Lieutenant au 2e Rég de Marine le 12/09/1886, passé au 3e Rég de Marine le 19/10/1887 puis au 1er Rég de Marche de Marine le 15/01/1888
Nommé Lieutenant le 01/07/1888, passé au 1er Rég d’Infanterie (RI) de Marine le 26/03/1890 puis au 6e RI de Marine le 05/11/1890
Nommé Lieutenant de 1ère Classe le 08/01/1892, passé au 1er Rég de Tirailleurs Tonkinois le 23/08/1892 puis au 5e RI de Marine le 10/08/1894
Nommé Capitaine au 4e RI de Marine le 06/05/1895

Epouse en 1896 Blanche Aubriot (décédée sur le Paquebot Libourne)
Désigné pour servir en Cochenchine le 29/08/1898

Passé au 11e RI de Marine le 07/06/1899 puis au 4e RIC en 1901
Citation(1902): "Capitaine d’Infanterie de Marine à l’Etat du Corps expéditionnaire, a donné le
plus bel exemple en stationnant plus d’un quart d’heure en observation sur la muraille de
ville Impériale très exposé au feu (Chine)".

Se remarie en 1902 avec Marguerite Vals (photo) : 3 fils et 2 filles naissent de cette union.
Passé en 1906 au 24e RIC
Le reste de son parcours Militaire se trouve au Service Historique de la Défense à Vincennes

Firmin BOBO est tué au cours des violents combats du 26/09/1914 à Minaucourt.

Médaille Commémorative du Tonkin
Chevalier de la Légion d’Honneur

(avec l’aimable autorisation de son petit-fils Mr Régis Bonzoms et de son arrière petite-fille Lucie)

 

 

DISPARU MORT POUR LA FRANCE à MASSIGES le 06/10/1915
Jean Hyacinthe Michel CABOT, 32 ans
Port-Vendres, PYRENEES-ORIENTALES
24e RIC

Né le 03/05/1883, fils de Jean Cabot et Catherine Olivier ; Classe 1903, matricule 1158 au recrutement de Perpignan.
Profession : Marin
1,59m, cheveux noirs, yeux châtain clair

Arrivé à Toulon le 14/05/1903, Matelot de 3e classe, Chauffeur auxiliaire le 01/11/1903
Renvoyé dans ses foyers le 11/05/1905 comme soutien indispensable de famille
Incorporé le 19/11/1914

"Tombé glorieusement au Champ d’Honneur le 06/10/1915 à Massiges en faisant vaillamment son devoir".
Croix de Guerre avec Etoile de Bronze

Epoux en 1ère noces de Marguerite Nou, puis de Merced Teresa Cruset avec qui il a eu 2 fils : Michel décédé en bas-âge, et Marcel.

Son épouse Mercedes et leur fils Marcel

"Mon père avait 2 ans lorsque son père a été porté disparu, et ma grand-mère, espérant un hypothétique retour, ne s'est pas remariée, le laissant fils unique...
Lorsqu'il parlait de cette "disparition", puisqu'il n'y avait pas corps, il énumérait toutes les possibilités qui avaient été envisagées par la famille : amnésie ? Prisonnier à l'ennemi ? Une autre famille fondée "là-bas ?... etc...
En fait je pense qu'au fond de lui, le deuil de ce père dont il n'avait aucun souvenir n'a jamais été fait.
Il a embrassé une carrière militaire, et a participé de façon très active à la seconde guerre mondiale.
Bien entendu je suis d'accord pour que mon grand-père soit cité dans le mémorial de cette terre de Champagne dans laquelle il demeure anonymement depuis un siècle.
Comme un dernier hommage au sacrifice de sa jeune vie".
(Bernadette Cabot, sa petite-fille)

Avec son aimable autorisation.

 

Ajouts de Mars 2017 :

MORT POUR LA FRANCE à MASSIGES le 25/09/1915
Capitaine au 21e RIC Louis Jean RAVIGNON, 32 ans
Arles, BOUCHES DU RHONE

Chef de Section de la 6e Cie en Février 1915 puis Commandant de la 8e Cie, 2e Bataillon Guerrier

Né le 17/11/1882, fils de Auguste Ravignon et de Ernestine Dol ; 3 frères dont 2 MPLF et 2 soeurs.
Célibataire

Classe 1902, matricule 47 au recrutement de la Seine 2e bureau
Profession : Officier, Capitaine de l’Infanterie Coloniale

Engagé volontaire pour 3 ans le 29/10/1901 à Paris 3e
Admis à l’Ecole Spéciale Militaire de St-Cyr le 29/10/1902, nommé Caporal le 03/11/1903
Nommé Sous-Lieutenant au 4e RIC le 01/10/1904
Affecté au Bataillon du Congo le 15/01/1906, nommé Lieutenant le 01/10/1906
Affecté au 5e RIC le 24/07/1907 puis au Bataillon de Chari-Tchad le 25/09/1908
Affecté au 7e RIC le 20/08/1911, affecté au 3e Régiment de Tirailleurs Tonkinois le 15/12/1912

Affecté au 21e RIC le 23/12/1912

Son régiment est engagé dans les terribles combats du 3 et 4 février 1915 (récit dans LES COMBATS DE LA MAIN).

Nommé Capitaine le 19/03/1915, il commande la 8e Cie

 

Peu avant la Grande Offensive, Louis Jean Ravignon rédige cette bouleversante lettre testament :

Le 25/09/1915 jour de la Grande Offensive, les premières vagues prennent d'assaut la Main avec comme objectif pour le 21e RIC, la Côte 191 et l' Arbre aux Vaches. Les combats font rage, mais les munitions s'épuisent, l'ennemi redouble ses attaques, le colonel voit chanceler cette poignée de braves ; il leur faut un renfort immédiat.

Deux compagnies du bataillon GUERRIER sont engagées : compagnie RAVIGNON à droite, compagnie BONNARD à gauche et la lutte reprend avec une nouvelle ardeur. Le capitaine RAVIGNON est tué en tête de sa compagnie qui, très éprouvée, oblique vers l'ouest. Le capitaine Bonnard prend le commandement du groupe et le ramène vers l'Arbre aux Vaches sous un feu d'enfer qui le décime.

Louis Ravignon est mort au combat le 25/09/1915 par blessures par arme à feu.
"Officier d’une rare énergie et d’un sang-froid absolu, tombé glorieusement le 25/09/1915 à Massiges à la tête de sa Compagnie en l’entrainant à l’assaut".
Chevalier de 1ère classe de l’Ordre du Nicham-Iftikar

Inhumé au cimetière provisoire "Propriété Varoquier" de Virginy. En 1923, il est ré-inhumé à la Nécropole militaire du Pont de Marson.

2 de ses 3 frères Officiers sont également MPLF : le 08/11/1916 à Paris pour Léon (photo), et le 21/04/1918 à Mont-Kemmel, pour Paul (Croix de guerre avec Etoile Vermeil).

(avec l’aimable autorisation de Mr Jacques RAGUET, Louis Ravignon était le cousin de sa grand-mère maternelle)

 

 

MORT POUR LA FRANCE à Souain le 25/09/1915
Georges BAUTHENEY, 28 ans
Livry-Gargan, Seine et Oise ; résidant à Stavropol (Russie)
Sous-Lieutenant au 22e RIC, passé au 42e RIC

"Suippes, le 22 septembre 1915"

Né le 14/11/1886, fils naturel de Marie Augustine Bautheney (elle ne l’a reconnu qu’après son décès en 1919) Classe 1906, matricule 1214 au recrutement de Versailles.

1,79 m ; cheveux blonds, yeux bleus
Profession : Professeur de Français (à la Cour du Tsar selon la chronique familiale)
Il habitait au moment de son recrutement en Russie à Stavropol

A épousé le 29/08/1907 Louise Gnaedinger (elle aussi professeur) née en Suisse.
2 enfants naissent à Stavropol, de cette union : Georges en 1908, et Louise Marie en 1911

Après avoir effectué son service au 6e RIC, il se retire auprès de sa famille à Stavropol en 1910.

Avec son épouse Louise, le 29 ou 30 juillet 1914

"Stavropol - Caucase, 29 Juillet 1914"

Avec ses enfants Georges et Louise "Stavropol - Caucase, 30 Juillet 1914"

 

Rappelé à l'activité le 01/08/1914, Georges quitte la Russie...à son arrivée, il est affecté au 22e RIC le 10/09/1914.
Nommé Caporal le 18/09/1914 puis Sergent le 16/10/1914
Promu Sous Lieutenant à titre temporaire le 07/01/1915, il passe au 42e RIC :




Avec ses frères d'arme
"Souain, le 25 Août 1915"

3 jours avant sa mort, Georges adresse cette très émouvante carte photo à son épouse :

Tué au champ d'honneur le jour de la Grande Offensive, Georges ne rentrera pas...

Dès le lendemain, Louise Bautheney reçoit une pension de 1.150 frs en tant que veuve d'un Sous-Lieutenant.

Chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume le 31/03/1920
"Vaillant Officier, dévoué et courageux. Glorieusement tombé pour le Salut de la Patrie le 25/09/1915
à Souain".


Croix de Guerre avec Etoile de Vermeil

Georges Bautheney est inhumé à la Nécropole de La Crouée à Souain-Pertes-lès-Hurlus carré 1E, tombe n°6153


(avec l’aimable autorisation de son arrière-arrière petit-fils Mr Steven LANDRE, "gardien" de la mémoire familiale)




MORT POUR LA FRANCE au Nord de la ferme de BEAUSEJOUR le 20/12/1914
Louis dit Abel CASTILLON, 29 ans
Herm puis Magescq, LANDES
33e RIC, 1er Bataillon, 14e Cie

Né le 22/04/1885, fils de Vincent Castillon et Marie Puyobreau ; classe 1905, matricule 1977 au recrutement de Bayonne.
Profession : Résinier
1,69m, cheveux noirs, yeus châtains

A épousé à Magescq en 1913 Marguerite Courau

Mobilisé le 03/08/1914 au 33e RIC, régiment de réserve du 3e RIC

Dès le 20/10/1914, il tient les secteurs de Virginy, Minaucourt et Massiges, où il prend une part brillante aux affaires de Minaucourt (11/11/1914), tranchée du Calvaire (20/12/1914)

La 15e Cie à laquelle appartient Alphonse BERGES vient relever la sienne...

Louis Abel CASTILLON est tué le 20/12/1914 au cours de ces terribles combats :

Probablement inhumé dans une fosse commune, il repose aujourd'hui dans l'un des ossuaires de la Nécropole Militaire du Pont de Marson.

(avec l’aimable autorisation de Mr David Cavalier)

 

 

DISPARU MPLF au Nord de la ferme de BEAUSEJOUR le 20/12/1914
Alphonse BERGEZ (BERGES), 29 ans
Magescq, LANDES
33e RIC, 1er Bataillon, 15e Cie

Né le 27/09/1885, fils de François Bergez et Catherine Prat ; un frère jumeau MPLF en 1916.

Classe 1905, matricule 2220 au recrutement de Bayonne
Profession : Scieur
1,63m, cheveux et yeux noirs

A épousé en 1910 à Magescq Marie Courteau


Rappelé au 3e RIC le 03/08/1914, soldat de 1ère classe
Passé le 07/08/1914 au 33e RIC, régiment de réserve du 3e RIC.

Dès le 20/10/1914, il tient les secteurs de Virginy, Minaucourt et Massiges, où il prend une part brillante aux affaires de Minaucourt (11/11/1914), tranchée du Calvaire (20/12/1914)

Le 20/12/1914, le régiment participe à l'attaque des tranchées allemandes au Nord de la ferme Beauséjour.

Le 1er Bataillon fait partie des troupes d'attaque.

13e et 14e Cies dans les tranchées conjuguées ; 15e et 16e Cies Ravin de Marson

A 9h15 les 13e et 14e Cies (où combat Abel Castillon) enlèvent les tranchées allemandes E et sont remplacées dans les tranchées conjuguée par les 15e et 16e Cies.

Alphonse BERGES ne rentrera pas...

(JMO du 33e RIC)

Le jugement de décès ayant été rendu en 1918 (et non à partir de 1920 pour les disparus), son corps aura été relevé et ré-inhumé dans l'un des ossuaires de la Nécropole militaire du Pont de Marson.

Son frère jumeau Cyprien meurt à son tour à Verdun le 17/05/1916



(avec l’aimable autorisation de Mr Serge Dumartin)

 

 

MORT POUR LA FRANCE à MASSIGES le 25/09/1915

Eugène ROUYER, 34 ans

Esnes, MEUSE

Adjudant au 21e RIC, Chef de section de la 10e Cie, 3e Bataillon Le Boulanger

Né le 24/07/1881, fils de Nicolas Rouyer et Amélie Nourissier ; classe 1900, matricule 1426 au recrutement de Verdun.

1,79 m ; cheveux blond foncé, yeux gris

Engagé Volontaire pour 4 ans le 04/11/1901 à la mairie de Verdun pour le 91e RI, soldat de 1ère classe le 26/09/1902, Caporal le 26/09/1903

Rengagé pour 2 ans le 09/01/1905 comme soldat de 2e classe au 8e RIC

Campagne de Cochinchine du 01/03/1905 au 11e RIC au 08/05/1908 : soldat de 1ère classe le 01/05/1906, se rengage à Saigon pour 5 ans à compter du 04/11/1907.

Passé au 21e RIC le 10/04/1908, Caporal le 01/01/1910, Sergent le 01/07/1911

Afrique Occidentale française du 30/07/1911 au 17/10/1911 puis Territoire du Niger en guerre du 18/10/1911 au 09/11/1913 : passé au 1er sénégalais n°5 le 18/10/1912, rengagé pour 4 ans le 12/06/1912.

Parti en campagne avec le 41e RIC le 08/08/1914

Evacué le 23/09/1914 pour "bronchite aigue", rentré au dépot le 10/10/1914, reparti rejoindre le 21e RIC en campagne le 14/11/1914.

Nommé Adjudant le 24/02/1915

Son régiment est engagé à Massiges dans la 2ème grande Offensive de Champagne : Eugène ROUYER est Chef de section :

Dans la nuit du 24 au 25/09/1915 le régiment est mis en place. A 4 heures, son dispositif d'attaque est complètement réalisé. Il a pour mission de conquérir la portion de la position de Massiges formée par la côte 191 et la caponnière de l'Arbre aux Vaches. Un jour gris et pluvieux se lève. Les premiers coups de canon se font entendre, puis leur voix s'enfle et s'étend. C'est la préparation d'artillerie qui reprend, précise, condensée et puissante.

9 h.15. — Bloc homogène, véritable schéma du dispositif offensif, la première vague d'assaut bondit en avant.

Le bataillon LE BOULANGER est à droite, le bataillon Ducrot à gauche, leurs chefs en tête. Dans un ordre impressionnant les vagues successives surgissent et déferlent.

Mais l'œuvre du canon est restée incomplète ; l'ennemi est encore là.

La lutte s'engage, âpre et farouche de part et d'autre. De tous côtés les balles sifflent, les mitrailleuses crépitent, fauchant nos rangs. Sur la droite, devant les rafales meurtrières, il y a un moment d'hésitation ; les éléments de tête se plaquent au sol. « En avant, mes amis » crie le capitaine Charlemagne qui tombe quelques pas plus loin, mortellement frappé. Électrisé par l'exemple, la ligne toute entière se rue à nouveau, franchit les réseaux restés intacts et court à la deuxième tranchée dont elle s'empare après un combat forcené au cours duquel les capitaines Moutot et CHAPUIS tombent à leur tour. Le barrage d'artillerie s'intensifie, les feux de mitrailleuses se resserrent et se précisent, partant de blockhaus inexpugnables.

Tandis que le 1er Bataillon a pu aborder 191 par des brêches suffisamment larges dans les réseaux de fil de fer le Bataillon de droite - 3e Bataillon, Commandant Le Boulanger - se trouve en présence de terribles difficultés. La 3e Vague du Bataillon le Boulanger dont la marche déjà ralentie par les pertes subies du fait des mitrailleuses et de l'artillerie de Servon, a son élan également brisé ; elle s'arrête à la tranchée de la Caponnière.

(JMO du 21e RIC)

Réduit à 170 hommes, le bataillon Le Boulanger occupe la tranchée de Lissa conquise de haute lutte et s'y maintient opiniâtrement en dépit des tentatives acharnées de l'ennemi pour y reprendre pied.Ce combat à la grenade est resté légendaire au régiment.

Le jour tombe, la bataille s'apaise. Tranchée de Lissa, fortin de la Caponnière, Arbre aux Vaches, formidable position de la cote 191, muets témoins de tant d'actes de sublime héroïsme qui resteront à jamais inconnus, vous êtes nôtres, mais votre conquête, admirable fait d'armes qui semblait impossible, a coûté au régiment des pertes sans précédent : 35 officiers et 1.608 hommes hors de combat sont la lourde rançon de cette journée de victoire. Le canon s'est tu, et le silence de la nuit n'est plus troublé que par les plaintes des mourants et les gémissements des blessés dont l'évacuation se poursuit.

C'est là que le soldat Vercher, amené au poste de secours, meurt en disant au médecin qui le réconforte : "Ça va bien. C'est pour le pays... Vive la France !" (Historique du 21e RIC)

 

Mort au champ d'honneur, Eugène ROUYER est primo-inhumé au cimetière provisoire "Propriété Varoquier" de Virginy. En 1923, il est ré-inhumé à la Nécropole militire du Pont de Marson, tombe 4244

(Photo à venir)

Monument Aux Morts d'Esnes-en-Argonne où son nom est gravé

IN MEMORIAM :

A tous les Marsouins qui,

De leur vie, de leur sang ou de leurs efforts

Les ont écrites,

Ces pages sont dédiées.

(Historique du 21e RIC)

(Nous remercions Mr Serge Thierion, Président de l'association "les Amis de Vauquois", qui nous a confié cette magnifique plaque de cimetière conservée par la famille du soldat)

 

 

Blessé aux Mamelles, MPLF à PERTHES-LES-HURLUS le 27/09/1915

Clément POISSON au 137e RI, 35 ans

Legé, LOIRE-INFERIEURE

Né le 22/07/1880, fils de feu Jean Baptiste et de feue Marise Parois ; classe 1900, matricule 1396 au recrutement de Nantes.

1,60 m ; cheveux et yeux châtain

Profession : domestique

En sursis d'appel comme homme d'équipe à Aigrefeuille (chemin de fer de Nantes-Legé) du 2 au 17/08/1914.

Rappelé au 65 de ligne le 05/09/1914, passé au 137e ri (détachement de renfort du 08/11/1914)

Son régiment est engagé dans la Grande Offensive de Septembre 1915.

Le 25/09/1915, à 09h15, attaque générale

Son ultime combat :

(Extrait du JMO)

"Le capitaine Charrier enfant du pays l'a vu blessé dans un bois : mon aïeul aurait déclaré "pour moi la guerre est finie". (Mr Michel Legrand, son petit-fils)

Transporté au poste de secours puis probablement à l'ambulance de Perthes-les-Hurlus - quelques kms à l'arrière - son évacuation est décidée avec une affectation (fiche ci-dessous) dans un train sanitaire qui doit le transporter vers un Hôpital d' évacuation.

Fiche d'évacuation attachée sur un bouton de son vêtement.

"Sur sa fiche, une décision importante : Injection de sérum antitétanique à pratiquer le plus tôt possible, preuve qu'il était bien vivant au moment où cette fiche est attachée sur un bouton de son vêtement." (Robert Beaufrère, bénévole)

Clément Poisson n'arrivera malheureusement jamais à destination...

Probablement décédé au tout début de cet éprouvant voyage (lieu de décès établi à Perthes-les-Hurlus), son corps aura été débarqué à La croix en Champagne où l’inventaire a été fait, comme mentionné sur sa fiche.

Sa fiche est renvoyée à la famille avec, au verso, la liste des effets restitués (billets, porte-monnaie, alliance et livret militaire).

Mort le 27/09/1915 des suites d'une blessure pénétrante au dos probablement infligée la veille dans l'attaque vers les mamelles depuis le ravin de la goutte, Clément Poisson aura été inhumé dans un des cimetières provisoires de La Croix-en-Champagne puis ré-inhumé en 1922 dans l'un des ossuaires de la Nécropole de Saint-Jean-sur-Tourbe.

Monument Aux Morts de Legé sur lequel son nom est inscrit

(Avec l'aimable autorisation de Michel Legrand, son petit-fils, sur les pas de son grand-père en septembre 2016)

 

DISPARU MPLF au Calvaire de BEAUSEJOUR le 20/12/1914

Louis ASSEMAT au 22e RIC, 1ère Cie, 33 ans

Lamontélarié, TARN

Né le 21/10/1881, fils de feu Augustin Assemat et Philippine Cauquil ; classe 1901, matricule 1502 au recrutement de Carcassonne.

Profession : cultivateur

1,64 m ; cheveux bruns, yeux gris, menton à fossette

A épousé Justine Bourdié le 26/10/1913 : enceinte depuis Juin 1914, elle donnera naissance le 17/03/1915 à leur unique enfant, un garçon prénommé Gemain,Louis (prénom usuel).
Louis Assémat Junior classe 1935 au 5 e G.R.D.J a fait la Sarre,la Belgique,la Hollande, a été pris à Bray le 28/05/1940 soit au total 7 ans.

 

Rappelé à l'activité le 01/08/1914, passé au 22e RIC

En décembre, son régiment est engagé au Nord de la ferme de Beauséjour.

Le 20/12/1914, Louis Assémat livre son dernier combat :

(Extraits du JMO)

Les pertes éprouvées pour cette seule journée, sont de 27 tués (38 au final), 151 blessés et 119 DISPARUS, dont 117 pour sa seule Cie !!!

La disparition de ce peloton de la 1ere Cie a fait l'objet d'un rapport spécial...relatant un "incident" dû au désir de faire des prisonniers (donc on ne supprime pas d'ennemi)...et à l' excès de confiance dans la parole des allemands souhaitant se rendre (...)
"Il faut en déduire que les disparus sont des prisonniers.
Il est probable que la situation se soit retournée contre la 1e Cie lors d'une contre-attaque et que celle-ci ait, à son tour, été faite prisonnière".
(Robert Beaufrère, bénévole chargé de recherches)

Quel a été le destin de Louis Assémat ? Son nom n'apparaît sur aucune liste de prisonniers.

Mortellement blessé, a t'il été relevé sans avoir pu être identifié (en début de guerre, 1 seule plaque d'identité) et inhumé sur place par ses frères d'arme ou par les allemands ?

Aujourd'hui sur terrain militaire, les terres de Beauséjour n'ont jamais été remises en culture.

Elles demeurent le tombeau de nombreux hommes...

(Avec l'aimable autorisation de Mr et Mme Fourgassié Marie-Odile - née Assémat - sa petite-fille et fille unique de Louis Assémat junior)

 

 

MORT POUR LA FRANCE à MASSIGES le 25/09/1915

Pierre-Antoine DEGLI-INNOCENTI au 8e RIC, 27 ans

Corbara, HAUTE-CORSE

(Son portrait peint par Carl Theodor Prötzen, interné au couvent de Corbara. Artiste allemand de renom, il a laissé beaucoup de toiles en Corse avant de faire, de retour en Allemagne, une belle carrière d'artiste)

Né le 15/09/1888, fils d' Antoine Joseph Degli-Innocenti et Marie Anne Orsini ; classe 1908, matricule 2524 au recrutement d' Ajaccio.

1,71 m ; cheveux roux, yeux gris

Profession : maçon

Incorporé au 8e RIC à compter du 19/02/1915

"Contrairement à son beau-frère, mon grand-père, qui n'a jamais douté qu'il reviendrait et qui, en effet, est revenu, Pierre-Antoine, lui, connaissait son destin adverse.

Arrivé au Calvaire du village, il est revenu sur ses pas, et a dit à ses soeurs : « embrassez -moi une dernière fois, vous ne me reverrez plus. »  

 

Parti en détachement le 05/06/1915 rejoignant le Corps Colonial

Pierre-Antoine Degli Innocenti est tué à l'ennemi le 25/09/1915 à la Main de Massiges dans l’attaque de la Côte 191.

(Historique du 8e RIC)

Probablement inhumé dans le cimetière provisoire de la pointe du Promontoire, son corps a été transféré en 1923 à la Nécropole du Pont de Marson en ossuaire ou dans l'une des nombreuses tombes qui abrite un soldat inconnu...

En effet, lors de la translation des corps, de nombreux corps ont malheureusement perdu tout élément d' identification (fragile bouteille-renfermant leur identité-disparue ; grande confusion autour du relevage des corps par les troupes indochinoises etc...)

"Ses soeurs n'avaient pas même su le lieu précis de sa mort (...) Quand mes parents étaient vivants, ils avaient bien cherché à retrouver sa tombe mais à l'époque l'acte de décès indiquait sobrement Champagne...quelques années plus tard, Marne a été ajouté, et ce n'est que depuis peu que je connais le lieu exact de sépulture de Pierre Antoine Innocenti."

Bouleversantes, "les dernières phrases léguées par Pierre-Antoine à ses soeurs représenteront, finalement, une belle revanche sur son mince destin et sa brève vie. Son prénom a été donné à plusieurs enfants de la génération suivante (ma mère, par exemple, s'appelait Pierrine Antoinette en son honneur)."

(Monique Amigues, sa petite-nièce, avec son aimable autorisation)

 

 

MORT POUR LA FRANCE à VIRGINY le 15/11/1915

Sapeur Rose Théophile DEUIL au 1er GENIE

Quincy-Voisins, SEINE ET MARNE

(Photo remise à son fils à sa majorité par la DDASS)

Né le 03/10/1887, fils de feu David Deuil et Augustine Gaillardon ; classe 1907, matricule 685 au recrutement de Coulommiers.

1,68 m ; cheveux châtains, yeux bleu foncé

Profession : carrier

Tué le 15/11/1915 devant Virginy, Rose Deuil est primo-inhumé au cimetière provisoire "Propriété Varoquier" puis en 1923, ré-inhumé à la Nécropole militaire du Pont de Marson, tombe 3965.

 

 

Son fils Bayard, orphelin à 3 ans, est placé à la DDASS dans la Nièvre.

Rose Théophile Deuil et son fils

Bayard Deuil à la BA 112 à Reims en Avril 1935

(Avec l'aimable autorisation de Mme Viviane Deuil épouse Doudeau, petite-fille de Rose, et fille de Bayard. Elle s'est rendue à Massiges en 2013 et a écrit :"Ce que la guerre a détruit est immense dans les coeurs ..." )

 

DISPARU MPLF à MASSIGES (Côte 191) le 15/09/1914

Jules AUGER au 4e RIC, 32 ans

Castres, TARN

Né le 06/08/1882, fils de Joseph Auger et Rosalie Gasc ; classe 1902, matricule 830 au recrutement de Carcassonne.

1,64 m ; cheveux et yeux châtains

Profession : cultivateur à Saix

A épousé Victorine Solomiac le 09/04/1910

Arrivé au 8e RIC le 12/08/1914

Carte postale de Jules Auger écrite de Toulon quelques jours avant le départ vers le front.

Passé au 4e RIC le 30/08/1914

Le 14 septembre 1914, son régiment cantonne à Virginy.

Le 15 septembre, la Division marche à l’attaque de la côte 191 : 3 tués, 16 blessés par le feu d’artillerie (En réalité, plus de 15 morts enregistrés à cette date après le conflit)

Jules Auger ne rentrera pas...Porté disparu, son acte de décès ne sera dressé que le 22/10/1920, une fois les prisonniers de guerre rentrés. Jusqu'à cette date, sa veuve ne percevra aucune aide de l'Etat.

Avec une moyenne de 4000 morts par jour d’août à septembre 1914, de nombreuses fosses communes ont été creusées. Elles accueillent jusqu'à 100 corps de soldats, identifiés comme non-identifiés. Avec une seule plaque d'identité en début de guerre, celle de Jules Auger a probablement été arrachée ou désintégrée au moment de sa mort. Il repose très probablement avec François Arnaud, dans l'un des ossuaires de la Nécropole du Pont de Marson.

Médaille Militaire posthume

Jules Auger laisse une veuve et une enfant, Maria âgée de 18 mois (décédée le 18/07/2005)
Victorine ne se remariera jamais.

Victorine Auger, sa veuve à droite et sa mère Louise (belle-mère de Jules) à gauche

De gauche à droite, Bastien Pagès son arrière-arrière petit-fils, Marie Pagès son arrière petite-fille et Rémi Puget son petit-fils, photographiés devant la métairie de Jules Auger située sur la commune de Navès.
Bastien Pagès et Laurent Pagès, de visite à Massiges en août 2015.

(Avec l'aimable autorisation de Mr et Mme Laurent et Marie Pagès, son arrière petite-fille)

 

De villages voisins, ces 2 soldats se connaissaient !

 

DISPARU MPLF à MASSIGES le 16/09/1914

François ARNAUD au 4e RIC, 32 ans

Pont-de-Larn, TARN

Né le 11/05/1882, fils de Jean (François) et de Marie Nègre ; classe 1902, matricule 1131 au recrutement de Carcassonne.

1,56 m ; cheveux châtains et yeux bruns

Profession : cultivateur à Labruguière où il se marie le 22/04/1909 avec Léonie Guilhot : un fils Alfred (François) né le 20/01/1910 et une fille Maria (Emilie) née le 03/02/1913.

Soldat de 1ère Classe le 11/05/1906

Rappelé au 8e R.I.C le 02/08/1914, passé au 4e R.I.C. le 30/08/1914

Extraits du JMO :

François Arnaud est probablement l'un d'eux, tombé au champ d'honneur le 16/09/1914 à Massiges.

Avec l'hécatombe du début de guerre, le Général Joffre donne des consignes pour les inhumations en fosses communes, jusqu'à 100 corps.

Comme de nombreux camarades disparus en début de guerre, son corps non-identifié aura été relevé dans les jours ou les années qui ont suivis, et il repose avec Jules Auger, dans l'un des ossuaires de la Nécropole du Pont de Marson.

"Mon arrière grand-mère Léonie, veuve en 1914, ne s'est jamais remariée (elle est décédée en 1980); elle ne s'est jamais rendue à Massiges".

(Avec l'aimable autorisation de Guy-Noël Dupré, son arrière petit-fils en visite à Massiges le 11/11/2016)

 


MORT POUR LA FRANCE à PERTHES-LES-HURLUS le 15/10/1915

Capitaine Constant LALLEMAND, 31 ans

Commandant la 8e Batterie du 17e Régiment d' Artillerie de Campagne (RAC)

Né le 13/05/1884, à Blamont, Meurthe et Moselle 
fils de Gustave Lallemand et Célestine Huin  
classe 1904, matricule 1260, recrutement de Nancy
Saint-Cyrien promotion "Sud-Oranais"
Sous-Lieutenant au 3e Tirailleurs
Médaille du Maroc
Officier d'infanterie passé dans l'artillerie au 17e RAC
Croix de guerre, 4 palmes

Chevalier de la Légion d’Honneur

A partir d’août 1914, le Capitaine Lallemand fait campagne avec son régiment, mis à la disposition de la 3è D.I., dans la Marne et la Meuse (Argonne, Woëvre et Hauts de Meuse).

A la fin de septembre 1915, une vaste offensive est lancée en Champagne.

"Le 24 septembre 1915, par deux jours de marche forcée, la 3e Division d’Infanterie se porte à Perthes dans la Marne. Engagés dès leur arrivée, les groupes du 17e RA prennent position devant la butte et le village de Tahure, qui fûrent enlevés le 6 octobre.
Dès la mise en batterie et pendant tout le mois d’octobre, un bombardement intense, souvent par obus à gaz, creusa des vides quotidiens. Plusieurs des meilleurs officiers payèrent de leur vie ce succès partiel. Le Capitaine Lallemand, commandant la 8è batterie,(est) tué à son poste de commandement. »
(Extrait de l’historique du 17è RAC)
Le Capitaine Lallemand est mortellement atteint par un obus aveugle à son poste d’observation habituel du Bois du Paon, en direction de la butte de Tahure alors reprise par l’ennemi, à Perthes les Hurlus, le 15 octobre 1915.

Dernière de ses 5 citations :

« Officier d’une activité et d’une valeur exceptionnelles, ayant commandé brillamment sa batterie depuis le début de la campagne et rendu les plus grands services au corps d’armée. Plusieurs fois cité à l’Ordre de l’Armée pour sa grande bravoure. Tué à un observatoire très exposé alors qu’il réglait le tir de ses pièces, le 15 octobre 1915. »

"En observation dans la tranchée. Capitaine Lallemand et Carré"

"Le capitaine Lallemand en observation dans la tranchée de Sonvaux" (les Eparges)


Extrait du Tableau d'Honneur de l'Illustration 14-18

(Avec l’aimable autorisation de MM. François, Philippe et Yves Toffin, petits-fils de Constant Lallemand. Nous remercions M. Yves Toffin pour son don)

 

 

Combats de TAHURE d' Octobre 1917 à Mars 1918

Lieutenant-Colonel Louis de VERDELON

Marcolès, CANTAL

Chef d'Escouade au 49e Régiment d'Infanterie (RI)

Né le 7 janvier 1868, fils de Georges de Verdelon (notaire et Maire) et Marie Cécile Perrin ; classe 1898, matricule 1308.

1,68 m ; cheveux bruns, yeux bleus

Marié le 12/06/1895 à Marguerite Blot

Engagé volontaire pour 3 ans à la Mairie d' Aurillac, incorporé au 9e Hussards le 14/10/1889

Saint-Cyr Promotion 1890-1892 de Cronstad

Promu Sous-Lieutenant en 1892, puis Lieutenant en 1894 au 13e Chasseurs

Passé au 10e Chasseurs en 1895 ; Capitaine adjoint au Colonel le 01/07/1913

Promu Chef d'Escadron le 03/09/1915, affecté au 10e Hussards le 09/09/1915

Chevalier de la Légion d'Honneur le 16/01/1915

Croix de Guerre, 2 étoiles

Affecté au 49e RI comme adjoint au Chef de Corps le 21/03/1916

Citations :

- "chef d'escadron adjoint au chef de corps. Au front depuis le début de la campagne. a participé à de nombreuses affaires. s'est toujours fait remarquer par sa belle attitude au feu en particulier le 25 mai 1916 en dirigeant sous un violent bombardement l'aménagement de la zone de 1ère ligne".

- "a fait oeuvre de chef en menant avec brio et audace l'avant-garde d'une division de cavalerie du 16 au 19 Octobre 1918 (à Tahure). a saisi avec une grande décision le premier indice de repli d'un ennemi fortement organisé pour lancer ses troupes en avant. accueilli par des feux croisés de mitrailleuses et un violent tir d'interdiction d'obus explosifs. a su habilement conserver le terrain conquis en évitant des pertes inutiles".

TAHURE de Janvier à Mars 1918 :

Groupe d'officiers, mon arrière grand-père Louis de Verdelon est dans l'abri tenant une canne.

"Hiver 1918

Poste de Commandement du Colonel de France commandant le 49e RI 36e Division du 18e Corps au point dit "Les Perdreaux en Champagne" 2 Mil ouest de la Main de Massiges, 3 ou 4 km nord de Perthes les Hurlus.

De droite à gauche : Aumonier Blazy, Commandant de Verdelon, Capitaine Mocquillon, Colonel de France, Lieutenant x, Lieutenant y, Médecin major (assis) Lieutenant z, Lieutenant"

Emplacement du PC des Perdreaux juste en dessous du Bois des Perdreaux

Passé au 12e Dragons le 13/06/1918

Officier de la Légion d'Honneur le 28/09/1924

"La terrible ironie de l'existence de mon arrière grand-père est qu'il ait réussi a survivre à toute la première guerre mondiale alors que ses deux fils, tous deux Saint Cyriens comme lui sont morts pendant la seconde à savoir Capitaine Marc de Verdelon (né le 25 mars 1904) mort au champ d'honneur le 12 mai 1940 à Rochefort (Belgique) et Capitaine Paul de Verdelon (né le 7 janvier 1902) mort pour la France le 16 septembre 1942 à Thiès au Sénégal de la fièvre bilieuse hématurique en tant que commandant d’un escadron motos et side-cars de 12ème G.A.C.A. (Groupe Autonome du 1er régiment de Chasseurs d’Afrique). Ce dernier était mon grand père maternel".

Louis de Verdelon est décédé le 20 décembre 1951 , à l’âge de 83 ans


(Avec l'aimable autorisation de Monsieur Ghyslain Brochant de Villiers, son arrière petit-fils)

 

 

"Les soldats victorieux et las rentreront chez eux.

Mais vous, vous ne rentrerez jamais."

(Roland Dorgelès,les croix de bois, 1919)

 

 

Des familles toujours plus nombreuses entreprennent ce bien émouvant voyage de mémoire. Aujourd'hui encore, cette mémoire reste vive, parfois douloureuse en l'absence de lieu de sépulture : pour ces familles de disparus, combien de deuils impossibles laissés en héritage, transmis de génération en génération?

Nous dédions cet espace aux familles qui souhaitent continuer de faire vivre la mémoire de leur proche : ultime hommage à ces hommes qui s'en furent sur le chemin parfois sans retour qui montait vers l'Histoire.

Un soldat sur trois des classes 14 et 15 n’est jamais rentré !

"C'est toute une génération qui est "montée en ligne" comme à l'autel du sacrifice.

"Là-haut". (Michel De Jaeghere, le Figaro 2006)

Merci de nous aider à sauvegarder cette inestimable mémoire en nous adressant vos documents par mail ou par courrier (coordonnées dans Association et Adhésion).

 


Mardi, 15 juin 1915

Chers parents bien aimés,

Puisque vous recevez cette lettre, c'est que je ne suis plus de ce monde. En effet nous attaquons aujourd'hui et croyez, Chers Parents, que j'y vais avec courage. D'ailleurs il y en aura assez pour vous dire ce qui s'est passé. Soyez persuadés, mes bien aimés parents, que ma dernière pensée va à vous et ç celle que j'aime. Ne me pleurez pas, je n'en vaux pas la peine et je tombe en faisant mon devoir.

Adieu et Vive la France ! Auguste Chiffe

 

 

DISPARU MPLF à VIRGINY le 06/11/1914

Charles François GAVACH, 32 ans

Maraussan, HERAULT

4e RIC, 2e Bataillon, 7e Cie

Né le 30/09/1882, fils de Charles et de Marie Cougnenc ; Classe 1902, matricule n°600 au recrutement de Béziers.

Profession : Propriétaire viticulteur

1,70m, cheveux blonds, yeux bleus

Charles a épousé le 09/06/1908 à Cazouls, Rose Barthes : une fille Simone née en 1912, décédée en 2016 à l'âge de 103 ans.

Soldat de 1ère classe au 17e RI le 12/08/1904

Rappelé à la Mobilisation générale le 02/08/1914 au 4e RIC

Toulon le 12 août 1914

Chère Rose,

Me voici enfin rendu à Toulon depuis ce matin 7 heure. Le coup d’œil est magnifique dans le port, garni de bâtiments de guerre et de commerce.

Je suis logé dans une école à proximité du port, d’autres sont logés au Mourillon ou dans de grands vaisseaux déclassés et amarrés à bord.

Le début dans la coloniale s’annonce bien. Je me suis présenté au cantonnement à 8h et à 9h j’en ressortais pour aller diner en ville. J’ai jusqu’à 2h pour rentrer. Il parait que l’on n’est pas pressé pour nous habiller, preuve que l’on n’a pas grand besoin de nous.

 

Toulon le 14 août 1914

Chère Rose,

Tout continue à très bien marcher. Nous sommes réunis en compagnie des Cazoulins, Blanc, Gibaudan, Coste, Donnadieu et Alfred Guiraud : de notre côté, du côté des Maraussain nous sommes trois, Balamon, Blanc et moi.

Nous sortons et mangeons ensemble de ce côté tout va bien.

Je couche en ville en compagnie de Norbert Coste, nous couchons dans le même lit. C’est le seul moyen d’être tranquilles car à l’école on est la Compagnie et la place manque.

Avez-vous reçu mes lettres des jours précédents ? J’ai écrit tous les jours et pendant le voyage

Embrasse Simone bien fort

Ch. Gavach

 

Toulon le 14 août 1914

Chère Rose,

Je t’écris deux fois aujourd’hui, d’abord parce que je suis désœuvré, ensuite parce qu’en écrivant plus souvent il y a beaucoup plus de chances que tu reçoives de mes nouvelles. Tout continue à très bien marcher, et mon plus grand désir est qu’à Maraussan vous ne soyez pas inquiets sur mon sort. Je ne sais pas ce que réserve l’avenir mais le présent va bien.

Embrasse bien fort Simone.

 

Toulon le 21 août 1914 (10 heures matin)

Chère Rose,

Balamon te remettra une lettre d’hier en même temps que celle-ci. Ce matin je lui ai donné mon ballot d’effets civils : veste pantalon et casquette. De cette façon je suis sûr que vous le recevrez.

Depuis mon arrivée à Toulon je n’ai rien fait, pas même une seconde d’exercice. Etant logé dans une école (plutôt entassés que logés) j’étais libre toute la journée. Il n’y a pas d’appel, c’est chose impossible car nous sommes trop nombreux.

Les premiers jours j’ai couché en ville avec Norbert Coste ce n’est que depuis trois ou quatre nuits que je couche à l’école sur un matelas.

Afin de dégager les réserves hier on a pris la décision de renvoyer les deux classes 1900 et 1901 chez eux où elles attendront une nouvelle convocation.

Le restant (dont je suis) a été habillé et équipé. Il parait que nous devons partir. Toujours pour faire de la place, en prévision de l’appel possible de la classe de 20 ans.

Où irons-nous ? Personne n’en sait rien. Les bruits les plus contradictoires circulent mais personne n’est renseigné pas même les Officiers.

Il en est même qui disent que quoique prêts nous ne partirons pas de longtemps.

En tout cas je m’arrangerai toujours pour vous donner de mes nouvelles.

Jusqu’à maintenant rien ne cloche. Je suis très bien portant et dans les circonstances que nous traversons c’est le point essentiel.

Vous pouvez donc vous tranquillisez à ce sujet.

Du train dont vont les choses je ne crois pas que la guerre dure longtemps. La première grande bataille décidera de tout. Elle est du reste engagée depuis quelques jours et les rares nouvelles qui parviennent sont favorables.

Nous sommes de la plus ancienne classe maintenant, par conséquent en supposant que nous partions d’ici, nous n’irons jamais en première ligne. L’essentiel pour moi, sera donc de n’être pas malade.

De ce côté je me sens assez robuste pour résister à bien des choses. J’ai encore suffisamment d’argent.

Quand les fonds seront en baisse (sans attendre qu’ils soient épuisés) je vous enverrai un télégramme.(...)

De votre côté vous m’enverrez de l’argent par mandat télégraphique. (...)

Chère Rose je termine ma lettre en t’adressant mes meilleurs et plus tendres sentiments. Embrasse bien Simone et soigne la bien.

Sois courageuse et recommande à mes parents de l’être aussi. Je ne veux pas qu’ils soient inquiets car ils auraient tort de l’être : le fait d’être absent de la mais on ne signifie rien. Je reviendrai bien portant c’est mon ultime conviction. Dans ce cas à quoi vous servirait-il d’être inquiets.

Sois l’interprète de mes meilleurs sentiments auprès de tes parents de Cazouls.

Courage donc et surtout confiance.

Je t’embrasse

Ch. Gavach

 

Le 26 septembre 1914

Chère Rose,

C’est toujours la même chose, je vais très bien et j’espère que vous allez tous bien aussi

Où en êtes-vous des vendanges ? En avez-vous rentré beaucoup ? A cette il ne doit plus rester dehors que les raisins abandonnés.

Le temps a-t-il été favorable ?

Et Simone que fait-elle ! Pense t’elle à son papa ? Embrasse la bien fort.(...)

Ton Ch. Gavach

 

Le 02 octobre 1914

Chère Rose,

Je vais toujours très bien. Je suis toujours aussi bien portant qu’à mon départ. C’est là l’essentiel. On s’habitue à tout même à la guerre. Je commence à y être habitué. J’ai bon espoir quant au résultat final. Les Prussiens qui au début nous débordaient sont refoulés sur toute la ligne. Nous leur infligeons de temps à autre de cruelles leçons. La victoire nous encourage et c’est presque avec joie que nous frappons. J’espère que

nous en serons débarrassés sous peu. Ce jour là marquera la fin d’un cauchemar sanglant et nous aurons assuré la paix. Ma plus grande fierté sera d’y avoir contribué.

Embrasse Simone bien fort et soigne la bien. Je vous embrasse à tous de tout cœur.

Ch. Gavach

 

 

 

Le 6 octobre 1914

Chère Rose,

(...) Je ne m’étends pas sur les incidents relatifs à la guerre, je te déclare seulement que j’ai confiance. Les Allemands sont tenus en échec partout, et repoussés à certains endroits. Nous faisons presque une guerre de forteresse. Nos positions sont très fortes et surtout

bien armés. Avec cela et du courage il n’est pas douteux que nous les battions. C’est mon espoir et c’est l’espoir de tous les Français. (...)

Donne de mes nouvelles à tes parents de Cazouls. Excuse moi auprès d’eux de ne pas leur écrire trop souvent : Il m’est très difficile de me procurer du papier et des enveloppes.

 

Le 10 octobre 1914

Je continue à être très bien portant. Le ravitaillement est très bien fait et nous mangeons bien et à volonté. En guerre c’est un des points essentiels. A ce sujet tout va bien.

Embrasse Simone bien fort et soigne-la bien. Est-elle toujours espiègle ? A-t-elle fait des progrès au point de vue du langage ?

 

Le 12 octobre 1914

(...)

Dans tes lettres, ne crains pas de t’étendre. Donne-moi des nouvelles de là-bas, beaucoup de nouvelles.

Beaucoup reçoivent de petits colis postaux. Alfred Guiraud de Cazouls qui est dans ma section en a reçu un.

Tu pourrais m’en adresser un de temps à autre : Chaussettes de laine, petit tricot, paquet de tabac bleu, mèche à briquet. Enfin bref de menues choses presque indispensables et qu’il est très difficile de se procurer.

 

Le 14 octobre 1914

Chère Rose,

Je mets à profit un repos de quelques jours accordé au 4e Régt pour te communiquer

mes impressions d’une façon moins brève que je n’ai fait jusqu’à aujourd’hui. Parti de Toulon le 21 août, je suis arrivée à Sedan après 56 heures de chemin de fer.

J’ajoute à titre documentaire que j’ai eu la chance d’être dans un wagon de 1ère classe. Après quelques jours de recherches le détachement dont je faisais parti a rejoint le 4e Régt le 26 août dans un bois entre Stenay et Beaumont. C’est là le moment précis où commence l’entrée en danse, c'est-à-dire l’entrée en guerre de façon effective.

La nuit du 26 au 27 août a été une terrible veillée d’armes. Dès l’aube nous avons foncé en lignes de Tirailleurs sur les Allemands. L’affaire a été chaude et très meurtrière de part et d’autre. Les ennemis ont été finalement bousculés et rejetés dans la Meuse.

Malgré notre avantage de par les nécessités de la tactique nous avons battu en retraite poursuivis de près par les Allemands. Au cours de cette manœuvre l’engagement le plus sérieux  a eu lieu à Vitry-le-François. Cette bataille a été pour ainsi dire le Chant du Cygne pour les Allemands. En effet après trois jours d’arrêt aux environs de Valmy l’ennemi a été refoulé sur toute la ligne.

Le changement de décors a été aussi complet que subit. En trois jours nous avons avancé de plus de 80 kilomètres.

Le 16 novembre le contact avec les Allemands a été repris au Nord de la Marne. L’affaire a été acharnée avec un léger avantage pour nous. Finalement des deux côtés on a creusé des tranchées des casemates et remplacé la guerre en rase campagne par une guerre de forteresse.

Nous sommes restés ainsi 25 jours. Le duel a eu lieu principalement entre Artilleries. Sur certains points ont eu lieu des attaques isolées.

Toutes facilement repoussées d’ailleurs. Le Haut commandement nous a fait remplacer le 11 courant et nous voici actuellement en arrière pour quelques jours. Comme tu vois ce repos est bien gagné.

Je ne suis pas du tout ébranlé au moral aussi bien qu’au physique, je conserve suffisamment d’espoir et d’énergie pour lutter jusqu’au bout. Ma grande joie sera la victoire finale. J’ai confiance et j’ai une foi entière à notre succès.

Voilà chère Rose, rapidement résumées les étapes de la campagne qu’il m’a été donné de vivre.

Prie Dieu pour qu’il m’accorde jusqu’à la fin la même protection.

Embrasse Simone bien fort.

Ton image et la sienne sont toujours présentes à mes yeux. Vous êtes mes deux bonnes fées et je n’aspire qu’à un seul bonheur : Vous revoir.

Je vous embrasse de tout cœur à tous.

Ch. Gavach

Le 15 octobre 1914

Chère Rose,

Hier je t’ai adressé une longue lettre dans laquelle j’ai résumé mon odyssée depuis mon départ de Toulon.

Aujourd’hui j’ai une grande joie. J’ai reçu ta première lettre datée du 6 octobre. C’est avec émotion que

je l’ai ouverte. En la lisant mon bonheur a été bien grand. Je n’insiste pas Chère Rose, ce bonheur est

très compréhensible. Le service postal n’étant pas parfait je n’avais rien reçu de personne. Tes nombreuses

lettres y compris les deux recommandées sont restées en route. J’avais heureusement de temps à autre

des nouvelles de Maraussan par Blanc et de Cazouls par Guiraud. Blanc se porte aussi bien que moi.

Etant au repos je le vois souvent et avant-hier j’ai lu toute la correspondance que lui a envoyé sa charmante

femme.

Je suis très content de savoir que les vendanges sont terminées et qu’elles ne vous ont pas trop donné de peine.

Dans une prochaine lettre tu me diras si nous avons été riches et si les cours sont fermes.

Ma plus grande émotion en lisant ta bonne lettre m’a été occasionnée par le passage relatif à Simone. Elle pense à moi et me réclame souvent dis-tu. Je reconnais là, Chère Rose un trait charmant de sa délicatesse.

Je t’en remercie de tout cœur. Continue à me rappeler à Simone. Soigne la bien et embrasse la bien fort à ma place. (...)

 

 

Le 16 octobre 1914

Hier le Colonel du Régiment nous a conduit en promenade militaire au monument commémoratif de la bataille de Valmy.

Ce pèlerinage a été émouvant et les paroles hautement patriotiques du Colonel ont pris une ampleur insoupçonnée grâce à l’image en bronze de Kellermann. Le Régiment formait le carré autour du monument drapeau déployé. Le spectacle était grandiose et terrible à la fois. Nous étions tous émus et fiers d’être Français. Il n’est rien de tel au milieu des tourmentes de la guerre pour retremper les hommes qu’un pareil spectacle dans un pareil décor.

 

Le 17 octobre 1914

(...)

J’ai constaté avec joie les progrès de Simone pour l’écriture. C’est un grand réconfort pour moi de savoir qu’elle pense et parle souvent de son papa. Continue chère Rose à bien la soigner et à bien l’élever à ton image.

Tu pourrais me donner des détails sur les cours des vins, l’état du marché, et la marche de la Coopérative.

Combien avons-nous de vin à Maraussan et à Béziers? (...)

 

Le 19 octobre 1914

Chère Rose,

Je suis très content car maintenant je reçois de tes nouvelles. Hier soir j’ai reçu une carte datée du 5 et

une lettre datée du 11.

Tu me dis que la municipalité a acheté de la laine, c’est très bien. Tu pourras m’envoyer des gants.

Il ne fait pas encore bien froid mais cela ne va pas tarder et dans ce pays-ci il ne doit pas être agréable d’être

démuni d’effets. Si tu m’envoies un tricot choisis si possible un tricot bleu ou noir, genre tricot cycliste avec

un col.

J’éprouve un agréable plaisir à voir que Simone a grandi et qu’elle continue à être espiègle. Ses jeux et ses

cris doivent sûrement remplir la maison. C’est un grand bonheur car de cette façon elle doit vous donner

beaucoup d’occupation et beaucoup de joie.

Sur ta lettre tu me dis avoir eu de mes nouvelles par Alfred Guiraud de Cazouls ou plutôt par une de ses

tantes. C’est exact car nous sommes dans la même section ainsi qu’un autre habitant de Cazouls, Azéma domestique

à Savignac chez une veuve.

Au sujet de mes amitiés nées de cette guerre je puis te dire quelques mots. Je suis très lié avec quelques

gars de là-bas, tous réservistes comme moi : Vidal de Tourbes, Gauze de Florensac, Guiraud de Pézenas,

mon camarade de combat et mon excellent ami est un parisien natif du Cantal nommé Chappe, c’est un très

bon garçon et nous faisons cause commune. Il est établi Hôtelier à Paris Rue Bisson n°47. Nous sommes

ensemble depuis Toulon, côte à côte dans la même escouade, coude à coude partout, dans les combats,

au bivouac et à la soupe. Ainsi chère Rose tu peux comprendre quel genre d’amitié me lie à ce garçon.

Le train de vie est toujours pareil nous avons repris notre service des retranchements. Nous partons 24 heures dans les tranchées et 24 heures en arrière dans un cantonnement.

Je suis toujours très bien portant, l’état sanitaire est en général bon. Le ravitaillement se fait de façon régulière et les vivres sont très suffisants.

Voilà chère Rose fidèlement résumés quelques points de ma vie de campagne.

J’oubliais de te dire que l’on nous a distribué des couvrepieds et des toiles de tente. La Croix Rouge nous fait de temps à autre quelques cadeaux. J’ai eu de cette façon une paire de chaussettes, une chemise et une flanelle.

 

Le 21 octobre 1914

Chère Rose,

 

As-tu aussi reçu les lettres te recommandant de m’adresser un colis de linge chaud en prévision du mauvais temps ?

Tu vois à peu près ce qu’il me faut : peu à cause du poids et chaud à cause du froid.

Si tu m’adresses un tricot achète le si possible genre tricot cycliste, bleu ou noir avec col.

Tu pourras en sus du colis de linge m’adresser de temps à autre quelques colis de menues provisions de bouche :

chocolat, tabac bleu, mèche et pierres à briquet. Bref ce qu’il te plaira et que tu jugeras utile.

N’oublie pas aussi d’y mettre quelque peu de papier à lettre avec enveloppes et quelques papiers à cigarettes.

 

 

Extrait de lettre de Rose [adressée au père de Charles auquel elle envoyait toutes les lettres de celui-ci] :

A la maison nous allons bien. Simone est toujours insupportable, lundi j’ai fait partir un autre colis à Charles

avec son tricot de coton, une paire de chaussettes, deux boites de foie gras et du chocolat.

J’espère que vous êtes en bonne santé.

Le bonjour de tous, une caresse de Simone

Rose Gavach

Le 23 octobre 1914

(...) Ceci dit pourrais-tu mes donner des nouvelles des copains Maraussanais qui ont été mobilisés dans d’autres corps que le mien. Que font par exemple Bourdel, Carcenac, Balaman etc. qui doivent être versés au 34e Colonial et que je n’ai vu nulle part.

Renseigne moi aussi sur les cours du vin et l’état du marché. Comment marche la Coopérative ?

A-t-on apporté des raisins à la cave ? Les expéditions se font elles ? La Société donne t’elle facilement des accomptes.

Vous a-t-elle payé le solde de la dernière récolte ?

Toutes ces choses là me feront plaisir et je saurais ainsi comment vont les affaires et comment va la vie à Maraussan.

Laisse moi maintenant te parler de Simonette, c’est encore là le plus grand bonheur que j’éprouve. Je suis très content

de voir qu’elle fait des progrès à tous les points de vue. Avec sa grande amie Lucile elle doit avoir un bon professeur de

gamineries. Vous devez passer des moments de douce joie.(...)

 

 

 

Le 27 octobre 1914

Chère Rose,

(...) Tu peux m’adresser un colis de petit linge et de temps à autre un colis de provisions de bouche, Chocolat, tabac bleu, mèche à briquet, papier à lettres etc. etc.

Je suis très heureux de voir que Simone est toujours démon, je vois d’ici les scènes qu’elle doit avoir avec grand-père.

Je suis dans la même section que Guiraud de Cazouls ainsi qu’un nommé Azéma domestique à Savignac chez la veuve Chabbert. Ils vont bien. Nous parlons souvent du pays.

Renseigne-moi un peu sur l’état du marché et les cours des vins. Sur la marche de la Coopérative aussi.

Mille baisers à Simone et à toi.

 

Le 29 octobre 1914

Chère Rose,

C’est avec un plaisir très vif que je viens de recevoir les deux colis que tu m’as envoyé.

Je les ai reçus en même temps. Je ne saurais trop te remercier, le linge, tricot, caleçons, bas, cache-nez, gants me seront très utiles. Le saucisson, le chocolat vont être pour moi des gourmandises, car les Allemands ayant tout pillé, il n’en reste plus dans le pays. Les deux paquets de tabac, la mèche, les papiers à cigarettes et le papier à lettres seront pour moi choses très agréables.

Dans un de tes billets tu me parles d’une veste caoutchoutée. C’est une excellente idée : Tu peux m’en envoyer une à la première occasion. Le pays est très humide et le soleil se montre rarement. Elle me sera très utile surtout si tu la choisis bien imperméable. Je te recommande maintenant de ne plus m’envoyer du linge de corps que pour le rechange quand celui que j’ai sera sale. Tous les vingt jours à peu près. Chaussettes, tricot sur la chair et caleçons. Quelques mouchoirs de temps à autre.

Tu peux d’autre part toutes les semaines m’envoyer des provisions de bouche et du tabac/

Je ne saurais trop te remercier de tes envois. Mon bonheur est très grand de vous savoir tous bien portants.

De mon côté au point de vue santé rien ne cloche.

Simone est toujours espiègle et me réclame souvent. Elle a pris ma place au dodo et vous priez ensemble à mon

intention. Je vous en suis reconnaissant à toutes deux et j’ai une foi entière dans l’efficacité de vos prières.

Le seul bonheur qui remplisse mes rêves est de vous savoir en communion d’idées avec moi. Le rêve supprime la distance et je vous vois prier. J’espère fermement passer du rêve à la réalité. Ce jour là sera un jour béni et notre bonheur sera immense.

Bien des choses à tes parents.

Bonne chance à ton frère. (Le frère de Rose sera tué à son tour en 1916)

 

Virginy Marne le 30 octobre

Chère Rose,

(...). Le 4e Colonial a lutté le 16 septembre au nord du village de Virginy, et gagné du terrain au prix de gros sacrifices.

Malgré les contre attaques nous avons conservé nos positions en les fortifiant.

Depuis le 16 septembre nous en sommes là, excepté les 6 jours de repos passés en arrière à Hans. Nous prenons le

service dans les tranchées et nous sommes relevés toutes les 24 heures. Les tranchées ennemies parallèles aux nôtres

sont à 5 ou 600 mètres. Cette nuit nous avons été relevés par un autre régiment et nous voici à Hans au repos pour 3

ou 4 jours.

Fait saillant à te signaler : à l’affaire de Vitry le François ne pouvant tenir sous le feu terrible de l’artillerie allemande

ma section a été obligé de se replier avec pertes sur un terrain découvert battu par les schrapnels. J’ai traversé debout

presque seul ce terrain (800 mètres au moins) et avant d’arriver à un talus très haut dominant la Marne, j’ai rencontré

l’Adjudant Chef de ma section blessé d’un éclat à la hanche, et sur sa prière désespérée, je l’ai aidé à se trainer

jusqu’à l’abri. Une fois là et après l’avoir déshabillé j’ai réussi à l’amener le long de la marne jusqu’à la grande route

distante de 500 mètres. Notre artillerie (canons de 75) très éprouvée se repliait juste à ce moment en désordre.

J’avise une pièce et par cris et par gestes, l’Adjudant blessé à mon bras, je réussis à la faire arrêter. J’installe vivement

mon blessé à l’affût entre les quatre roues et je monte à califourchon derrière lui pour le soutenir. Sur le siège se trouvaient

aussi deux artilleurs blessés.

Ainsi installés la pièce repart au galop à travers Vitry le François. Une ambulance se trouve là, on descend, j’enlève mon

Adjudant devenu très faible par la perte du sang et je le fais panser. De là on l’a conduit sur un petit charriot directement

à l’hôpital. J’ai le souvenir toujours vivant des remerciements que ce pauvre garçon du nom d’Albertini m’a adressé en me

quittant. Chère Rose, une bonne action n’est jamais perdue. Je suis heureux d’avoir fait mon devoir et d’avoir rendu un

bien grand service à un camarade. Sans superstition aucune je suis convaincu que ce fait m’a porté chance car après

cela j’en ai vu bien d’autres et suis toujours bien portant et j’ai surtout la conscience tranquille.

Je n’y ai pas tout perdu car j’ai hérité de la musette d’Albertini garnie de pain et de jambon : Choses très utiles en campagne

et propres à calmer les émotions d’un si rude combat. A toute chose malheur est bon.

 

Le 31 octobre 1914 [lettre adressée à ses beaux-parents au sujet de leur fils Hervé, frère de Rose)]

Chers Parents,

(...)

Je me permets ici en qualité de vieux de la vieille habitué aux sifflements des balles et au fracas du canon, de formuler des

vœux pour qu’Hervé puisse affronter tous les périls avec le même bonheur qui m’a protégé jusqu’à ce jour.

Je crois du reste que le plus dur est fait, et j’espère pour sa sauvegarde qu’il n’assistera qu’aux derniers coups de cette

guerre.

Ch. Gavach

P.S. Dans ma section j’ai la chance d’avoir deux Cazoulins : Alfred Guiraud et Assémat domestique à Savignac chez

Mme Veuve Chabbert. Tous deux vont très bien. Nous parlons souvent du pays. Sitôt que l’un d’entre nous reçoit des

nouvelles il les communique et nous discutons à  perte de vue sur la situation.

Hier Guiraud a reçu un colis contenant entre autres choses des berlingots de Carpentras. Il m’en a offert et nous les

avons croqués de compagnie.

On fait ce que l’on peut en campagne on croque ce que l’on peut bien aisé d’en avoir.

Bien des choses aux parents de ces deux camarades.

Ch. Gavach

Le 31 octobre 1914

Chère Rose,

(...)

Le commerce n’achète pas, c’est tout naturel, s’il achète c’est à bas prix. Je vous recommande de n’être pas pressés et d’attendre. Si la guerre se termine bientôt, le vin se vendra à nouveau un bon prix. Dans ce pays-ci c’est une rareté : les commerçants n’en ont plus en cave.

Je me rappelle dans notre mouvement offensif de la Marne avoir vu dans tous les endroits traversés les caves vidées, les maisons pillées, les granges incendiées par les Allemands.

Ces vandales n’ont pas laissé une goutte de vin. Durant 80 kilomètres la route suivie par eux était pavée de bouteilles.

Le pays est très riche ici et surement qu’après la guerre, les habitants ne seront pas longs à relever leurs ruines.

Ils sont bons amateurs de vin, surement ils referont leurs provisions. La seule chose qui pourrait enrayer la hausse ne serait pas à mon avis le fait du consommateur, ce serait plutôt imputable aux commerçants dont la guerre aurait ruiné le crédit.

Avant de finir laisse moi parler de Simone. C’est encore là mon plus grand bonheur.

Essaye de l’envoyer à l’école, tu me diras ses impressions.

Je la vois partir avec ses amies et son petit panier. Pourvu qu’elle ne mange pas son goûter en route !

Embrasse la bien fort.(...)

 

 

 

le 3 novembre 1914

(...) La température nous est clémente. Jusqu’à présent nous n’avons pas trop souffert du froid. Le temps est couvert depuis bientôt un mois sansgrande pluie toutefois. (...)

 

Le 5 novembre 1914 (sa dernière lettre)

Chère Rose,

Je reçois à l’instant ta lettre du 28 octobre ainsi que le colis contenant 1 tricot 1 paire de chaussettes, deux boites de foie gras, chocolat et sucre.

(...)

Tu me parles d’argent. Je n’en ai pas du tout besoin car nous n’avons que de rares occasions d’en dépenser. D’ailleurs je n’attendrai pas d’être à sec pour vous en demander.

Au sujet du linge quand tu m’auras envoyé la chemise et la veste caoutchouc arrête toi car j’en ai déjà trop. Envoie moi simplement à longs intervalles le nécessaire pour changer.

Tu peux continuer à m’envoyer à intervalles plus rapprochés des provisions de bouche et du tabac bleu. Tu pourras dans ta première lettre mettre dans l’enveloppe une ou deux pierres à briquet. Tu les trouveras dans un des deux verres du service tête à tête qui est sur la commode. Elles sont dans une petite enveloppe. Penses y bien car j’en aurais bientôt besoin, celle que j’ai étant usée.

Je suis content de voir que vous pouvez encaisser les coupons à la recette et que la Coopérative paie en partie le vin de l’année dernière.

Je vois d’ici la joie qu’a dû causer à Simone la poupée que ta mère lui a apportée de Mende. Sitôt que tu auras sa photo envoie la moi.

Embrasse la bien fort (...)

 

Charles meurt des suites de ses blessures de guerre le 06/11/1914 à Virginy (Marne)

 

Primo-inhumé dans l'un des cimetières provisoires de Massiges-Virginy, il repose très probablement dans l'un des ossuaires de la Nécropole du Pont de Marson.

Rose se remarie en 1931.

 

(Avec l’aimable autorisation de son arrière-petite-fille Mme Françoise Baron venue avec sa famille en mai 2018 à Massiges et Virginy)

« Ce voyage a été en tout cas extrêmement fort et émouvant pour toute la famille de 84 à 14 ans. Nous sommes plus que jamais très fiers de notre aïeul. »

)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- le 6 octobre 1915, nos soldats ont battus en retraite étant donné que nos 75 leurs tirés dessus, sur 200 hommes d'une compagnie qui ont menés l'attaque , sans avoir pratiquement pas subi de pertes durant l'assaut, 25 seulement sont redescendus sains et saufs.